LES SERPENTS DE NOTRE-DAME DE BRIANÇON
Les seigneurs de Briançon se sont fait une telle renommée dans l'histoire, qu'il est des étymologistes de bon sens et de bonne foi capables d'émettre l'idée que l'expression de brigand dérive tout naturellement du nom de Castrum Brigantium, donné au château de ces nobles dévaliseurs de grands chemins. Ce château passa aux mains des Montmayeur, qui ne S valaient guère mieux, et finit par arriver au duc de Savoie, qui utilisa la forte position qu'il occupait à la défense de l'Etat. Il n'en fut pas moins canonné par Câlinât, qui le ruina complètement.
On parvient au château de Briançon par des chemins qui seraient assez peu praticables si
l'administration départementale n'y avait donné tous ses soins depuis plusieurs années. Néanmoins, l'endroit paraît désolé. L'Isère, dont les eaux sont grises et le lit hérissé de rochers nus, ajoute à la tristesse de la contrée, et l'antiquité du pont romain qui enjambe l'Isère pour aboutir au pied du château, n'est pas de nature à égayer le paysage. Vis-à-vis de l'escalier du château se trouve la chapelle de Notre-Dame de Briançon.
Cette chapelle, plusieurs fois détruite et rebâtie, mais nouvellement restaurée, remonte à une haute antiquité. Les serpents infestaient la vallée; les habitants qui, on le comprend, désiraient vivement voir disparaître ces hôtes incommodes et dangereux, ont recours à un religieux qui jouissait d'une grande réputation de sainteté dans la contrée. Le saint personnage se met en oraison ; puis, après avoir prié avec ferveur, il se lève et ordonne aux reptiles de comparaître. Les serpents obéissent. Quand il les voit réunis, le pieux abbé prend un bàton^ avec lequel il trace le chemin qu'il leur prescrit
de suivre. Ce chemin conduisait à une solitude lointaine où se trouvait une caverne. Les serpents entrent dans ce repaire, d'où ils ne sortirent plus. C'est en commémoration de ce miracle que fut fondée la chapelle de Notre-Dame de Briançon.
LE CHÊNE DEGILLY
On rencontre fréquemment en Savoie des traces profondes de la religion des Druides, qu'on pourrait aussi appeler la religion de nos pères. Chacun sait que le chêne jouait un rôle important dans les cérémonies religieuses de nos aïeux. Or, Ton retrouve encore des chênes qui sont l'objet d'un véritable culte. 11 en existait un naguère à Gilly qui était entouré de prestige. Autour du tronc de ce chêne plusieurs fois séculaire, se trouvaient plusieurs biocs de granit formant comme une sorte de cromlech, où les Druides célébraient les mystères de leur religion. Tel était le respect superstitieux qui entourait cet arbre, que son propriétaire ne pouvait trouver aucun ouvrier qui voulût consentir à Pébrancher. Il était
obligé de saisir au passage quelque indigent, étranger au pays, qui s'acquittât de cet office. C'est que la tradition rendait cette opération redoutable. Elle disait que, de chaque ramure tombant sous la cognée, jaillissait du sang sur l'audacieux qui osait porter la main sur l'arbre druidique. Dernièrement, le chêne de Gilly a ! été abattu ; encore une tradition qui va disparaître avec l'objet auquel elle était attachée !
Pour accomplir cette œuvre, qui a quelques rapports avec le sacrilège, le propriétaire du chêne sacré employa la main d'un sourd-muet qui traversait la contrée en demandant l'aumône. Son oreille ne lui révélait pas les mystères du passé, dont la connaissance aurait paralysé son bras, et sa bouche ne confessera jamais le crime dont sa cognée s'est rendue coupable.
LE POMPIER DE VILLARLURtN
Villarlurin est un gracieux village dont les habitations sont groupées en rang serré autour d'une église presque neuve, et dont le clocher est plus jeune encore, en admettant qu'il soit terminé. Une des chapelles de l'église est consacrée à Notre-Dame-de-Compassion. Cette cha-.j pelle est célèbre dans toute la contrée environnante. La tradition affirme, en effet, que, lorsl d'un incendie qui menaçait de détruire tout le: village, parce que l'eau faisait défaut, un bon. vieillard, pénétré de cette foi antique dont les temps modernes fournissent si peu d'exemples, foi sincère et partant efficace, se prosterna devant l'autel vénéré. Bientôt survint une pluie abondante; un ruisseau se forme, et, grâce à J'eau qu'on y puisait, on réussit à maîtriser le feu. Ce fait est attesté par un ex-voto qu'on peut voir dans la chapelle, et qui rappelle ce fait merveilleux arrivé en 1630.