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L'ARRESTATION DE MANDRIN

Le souvenir du contrebandier Mandrin, dont les gens mal informés font un voleur de grand chemin, un brigand de grande route, est encore plein de vie sur les frontières tant du Dauphiné que de la Savoie. Résidant tour à tour dans Tune ou dans l'autre, il avait des affidés dans tous les villages de ces deux provinces. Ses excursions n'étaient pas limitées à cet étroit territoire, mais c'e>t néanmoins dans cette région qu'il opérait le plus souvent. On sait qu'il écumait les caisses publiques, rançonnait les douaniers et donnait la chasse aux agents des gabelles et aux cavaliers de la maréchaussée. Le gouvernement français envoyait à sa poursuite toutes les troupes dont il pouvait disposer, et l'habile contrebandier, mettant à profit les

grandes qualités d'énergie morale et physique qu'il possédait, trouvait moyen d'échapper à toutes les embûches qui lui étaient dressées et à toutes les attaques à main armée dont il était l'objet. La maréchaussée était sur les dents. La tête de Mandrin était mise à prix, et il y allait de l'honneur des régiments de s'emparer de sa personne.

En 1756, cent dragons du régiment de la Merlière, en résidence au Pont-de-Beauvoisiny passèrent le Guiers dans la nuit du 10 au 11 mai, sous les ordres du capitaine de Casse. Une des nombreuses maîtresses de Mandrin, poussée par une jalousie que les infidélités quotidiennes de son amant ne sauraient justifier, avait révélé que cet implacable ennemi du fisc était caché dans le château de Rochefort. Les dragons cernent le château ; on pénètre de vive force dans son enceinte, mais Mandrin avait eu le temps de s'échapper. Il s'était réfugié dans la grange du curé du village. Munis de torches enflammées, les soldats entrent dans la grange; ils se disposaientà y mettre le feu, quand ils trouvèrent

Mandrin blotti sous un tas de fagots, avec son lieutenant Roqueyrolle et plusieurs de ses affidés. On le garotta, on le ramena en France ; mais la sympathie qu'avaient inspirée ces contrebandiers aux habitants de la frontière était telle, que lorsque le détachement d'escorte arriva au pont de Saint-Genix, il trouva ce pont barricadé. Les paysans firent tous leurs efforts pour arracher les captifs aux mains des soldats, et ceux-ci furent obligés de faire usage de leurs armes.

Mais, pour s'emparer de ce redoutable contrebandier, on avait violé le territoire sarde. Cette circonstance faillit devenir un casus belti centre les deux Etats. Il y eut échange de notes diplomatiques, puis la Cour de France Ot présenter à la Cour de Turin par le duc de Noailles des excuses solennelles accompagnées de l'offre de payer une indemnité convenable et de relâcher les sujets savoyards arrêtés avec Mandrin. L'affaire s'arrangea, la France paya quelque chose comme 35 mille livres pour les dégâts commis, soit au château de Rochefort, soit à la grange du curé.

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