‹ Légendes et traditions populaires de la SavoieChapitre 18 sur 94 · LE SAUT DU TRUISON · texte numérisé non relu

LE SAUT DU TRUISON

Ce n'est pas une légende ni une tradition, c'est une coutume, un usage. Or, les coutumes et les usages sont menacés non seulement de disparaître, mais encore de ne laisser aucune trace dans les souvenirs. Nous croyons bien faire que de leur offrir un refuge au milieu de tout ce qui s'en va comme eux.

Le charmant vallon du Truison, entre Saint- GenixelChampagneux, monte verdoyant et bien arrosé jusqu'au col de la Crusille, ouvert entre les rochers de Montbel et le mont Tournier et livrant passage à la nouvelle route de Novalaise, tracée sur un vieux chemin qui avait succédé à une voie romaine. Ce vallon contient de nombreux hameaux présentant tous l'aspect de l'aisance et de l'activité. Sa population masculine paraît vigoureuse, et les femmes qu'on y rencontre paraissent toutes belles, quand même

les travaux auxquels elles se livrent ne leur permettent pas de se livrer tous les jours à la coquetterie du dimanche.

Dans le vallon du Truison, il existait naguère encore une vieille coutume dont l'origine paraît se perdre dans la nuit des temps. A la veille de se marier, les jeunes filles venaient mystérieusement, en compagnie d'une, ou de deux au plus, de leurs amies les plus discrètes, en un endroit consacré à cet usage, sur le bord du ruisseau qui parcourt la vallée. Là, après avoir mesuré du regard la profondeur du ruisseau et la distance de Fautre rive, la fiancée s'élançait de l'un à l'autre bord. De la manière dont s'effectuait cet exercice, on tirait les pronostics de son sort à venir. Si la jeune fille parvenait sans accident sur la rive opposée, elle devenait maîtresse au logis, et, comme Ton dit, elle portait la culotte. Si, au contraire, elle tombait dans l'eau ou bien faisait un faux pas en posant le pied sur l'autre rive, adieu à son rêve ambitieux ; elle devait se résigner au rôle de très humble seivante de son époux.

Page 1