LE PRIX D'UN PERMIS DE CHASSE
Le massif des Bauges est dispos» de telle sorte que les bêtes féroces en ont fait la leur (de bauge) pendant des siècles, sans qu'il fût possible de les déterminer à déserter une position aussi avantageuse. Qu'on ne croie pas cependant que ce plateau, limité d'une part par le canton de Saint-Pierre d'Albigny, de l'autre par celui d'Aix-les-Bains, tire son nom de ce mot, qui signifia repaire de sanglier. On le fait venir de Bos, et les magnifiques troupeaux, qui paissent les gras pâturages de la contrée, justifient suffisamment cette étymologie.
Il n'en subsiste pas moins que les Bauges étaient désolées par la présence des loups, des ours et des renards dont les dégâts étaient continuels. C'est à telle enseigne que les seigneurs,
si jaloux du droit de chasse, s'en départirent en faveur de tous les habitants. Tous les Baujus avaient l'autorisation de porter des armes et de chasser la bête fauve. Mais un seigneur ne concède pas un semblable privilège sans aucun correspectif. 11 fallait nécessairement témoigner que, ce privilège, on le tenait à bien plaire ; il fallait en rendre hommage à certain jour, et donner un gage de vasselage qui en établît l'origine. Ce gage fut bientôt trouvé. Il fut arrêté que tout paysan qui voudrait courre la bête fauve y serait autorisé sans autre, à charge à chaque chasseur de faire hommage au seigneur du Châtelard, tous les ans, d'une paire de souliers, s'il était cordonnier, et de la moitié d'une culotte s'il était tailleur. Il est à présumer que les tailleurs se mettaient à deux pour produire une œuvre complète, à moins que le seigneur du Châtelard fût en ceci comme en cela une réduction du roi de Sardaigne, son suzerain, qui au moins avait une culotte toute entière, s'il est vrai qu'il n'en possédât qu'une.