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LE CHATEAU DE LA CHERNIA

Ce mot la Chernia sent le cadavre. 11 doit être cousin du mot charnier, et, comme ce dernier, il doit se rapporter aux lieux témoins de quelque éclatante boucherie humaine.

La Chernia est le nom d'un ruisseau, d'un nant, comme on dit dans toutes les langues qui procèdent du celtique; mais il est encore celui d'un château dont il n'existe plus que des ruines, et qui était situé sur le bord du ruisseau du même nom. C'est encore un des innombrables monuments que le régime féodal a laissés dans les Bauges. Les seigneurs se battaient entre eux comme s'il ne se fût jamais agi de la vie de leurs vassaux, et pourtant ceux-ci n'avaient consenti au vasselage qu'à la condition d'être protégés. II est vrai de dire que la meilleure protection

qu'on puisse invoquer, c'est celle qu'on ne doit qu'à soi-même. Les alliances politiques sont œuvres modernes; il n'est que les temps actuels où la force de répulsion l'emporte sur la vieille puissance découverte par Newton, pour faire des Romains des Oreste, et des Carthaginois des Pilade, suivant qu'il se présente un troisième compère dont il est utile de se débarrasser.

Le château de Ghernia commandait l'entrée des deux combes: celle de Leschaux, sur la rive droite du nant, et celle d'Aillon sur la rive gauche. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un amas de débris gisant sur un mamelon rocheux appuyé à de vastes forêts au-dessus des torrents. On attribue sa destruction à la garnison du Châtelard. Le seigneur de la Ghernia, qui n'était pas béni dans la contrée, n'en fréquentait pas moins assidûment les offices divins. L'église de Bellecombe était sa favorite. Pendant qu'il se livrait à ses dévotions, la garnison du Châtelard se porta à l'improvisle sur son manoir et, le trouvant sans défense, elle le livra aux flammes.

Mais rien ne justifie jusqu'ici la signification

que nous avons attribuée au nom de ce château. 11 faudra donc remonter plus haut dans l'histoire pour appuyer nos dires. Les Sarrasins ne sont-ils pas là pour nous tirer d'affaire? En effet, les sectateurs de Mahomet, après la défaite d'Abderrame,sesont disséminés dans toutes les directions, et les Bauges leur ont paru présenter de certaines garanties de sécurité. Ils s'y réfugièrent en grand nombre, au grand mécontentement des indigènes, qui, de temps en temps, en faisaient d'affreux massacres. Néanmoins, le sang sarrasin domine dans les Bauges, et c'est à cette circonstance que les Baujus doivent leur réputation de duplicité qu'ils ne méritent que dans une mesure très restreinte.

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