‹ Légendes et traditions populaires de la SavoieChapitre 41 sur 94 · MIOLANS AUTREFOIS ET NAGUÈRE · texte numérisé non relu

MIOLANS AUTREFOIS ET NAGUÈRE

Un château était confié à la garde d'une femme; cette femme était veuve et avait un fils le dix-sept ans et quelques économies. Un misérable s'éprit de la mère, et résolut de se lébarrasser du fils, pour n'avoir à partager avec personne son pécule et son affection. Il pénétra lans le château, se fit accompagner par le jeune homme qui remplissait ordinairement les fonctions de cicérone dans ce monument visité par de nombreux étrangers. Quand le visiteur et son guide furent arrivés dans la salle dite des oubliettes, l'un tombe sur l'autre à bras raccourci, une lutte s'engage, le guide résiste avec vigueur, et tout cela dura assez longtemps pour permettre l'arrivée de quelqu'un qui mit le holà. Le guide, assez dangereusement blessé, reçut aussitôt les secours nécessaires et le visi-

leur fut emmené eu prison, d'où il n'est sorti j que pour retourner aux galères.

Vous pensez que celte histoire date de trois siècles au moins. Eh bien, cela est arrivé il y a trois années au plus, et le château dont il s'agit, c'est le château de Miolans.

Il faudrait un volume pour décrire le monument, et combien en faudrait-il encore pour écrire son histoire? Nous n'entreprendrons n l'un ni l'autre. Mais nous ne pouvons résister au devoir de signaler les principaux prisonniers qui séjournèrent dans cette prison d'Etat, car, le château de Miolans fut une sorte de Bastille pour les comtes et les ducs de Savoie et même;! pour les rois de Sardaigne.

Dans une longue liste des prisonniers de, marqueoncite notamment l'héroïque Jacqueline' de Montbel, comtesse d'Entrcmont, veuve de l'amiral Coligny; le courageux Père Monod, je- ; suite, victime de la haine du cardinal Richelieu j et de la faiblesse de la princesse Christine de j Savoie; le révérend Meynier, chanoine de la Sairite-Chapelle de Chambéry, dont nous avons

consigné le crime dans la légende que nous ivons consacrée aux dames du Betton ; le noble îistorien Pietro Giannone et son fils, poursui- /is par la sainte Inquisition; le fameux faussaire Lavini, complice du président de commerce de Turin et qui, par l'habileté de sa plume, était parvenu à contrefaire utilement es signatures les plus accréditées; l'infâme marquis de Sade, etc.

Ce château, vendu par le gouvernement sarde avec la condition imposée par le vendeur à tout acheteur à venir, que le château ne serait pas détruit, a appartenu depuis à plusieurs propriétaires, parmi lesquels M. Barjaud, ancien notaire, banquier, qui se proposait de le restaurer; M. Sorbon, fabricant de gants à Chambéry et qui s'est distingué pendant la guerre de 1870 en sa qualité de capitaine de mobiles; et enfin M. Guiter, le premier préfet républicain de Chambéry, mort à Paris en 1872. Il est demeuré aux mains des fils de ce dernier, qui ont donné tous les ordres nécessaires pour que le visiteur y soit constamment bien accueilli.

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