L'ERMITAGE DE SAINT-SATURNIN
A une heure environ de distance de Lémenc, le chemin qui domine le cours de la Leysse s'engage dans une gorge étroite, entre des rochers arides, et aboutit en une sorte de détroit où se trouve une chapelle consacrée à saint Saturnin. Cette chapelle est le but de fréquents pèlerinages, mais plus encore celui de nombreuses promenades excursionnelles de la part des habitants de Chambéry.
Ce petit monument est situé au milieu même du défilé ; il est adossé à une roche qui surplombe et forme une espèce de grotte. La nature en est le principal architecte, l'art s'est borné à clore l'entrée de la grotte et à y élever un porche soutenu par deux colonnes. Sur le fronton du
porche on lit ces quatre vers, dont la facture laisse quelque chose à désirer, mais dont saint Saturnin n'aurait pas trop droit de se plaindre :
Fidèle de tout âge, infirme ou pèlerin, Recours avec confiance au grand saint Saturnin. Conduit dans ee saint lieu par la divine flamme, On obtient guérison et du corps et de Pâme.
La preuve de cette assertion, c'est que Fauteur a été guéri de la maladie de faire des vers.
En face de la chapelle, une chétive maisonnette servit d'habitation pendant longtemps aux ermites qui s'y succédaient et prenaient soin de l'oratoire.
Autrefois le défilé était fermé par une muraille dont il existe encore quelques assises, et qui, selon les uns, était destinée à défendre les abords de Lémenc, et selon d'autres, était une barrière que ne devaient pas franchir les voyageurs venant à Charnbéry des pays voisins où sévissait la peste. Quelques écrivains voient dans cette muraille un ouvrage des Romains. Quoi qu'il en ait été dans les temps anciens, c'est
dans ce lieu qu'au moyen-âge se dressaient les fourches patibulaires de l'antique seigneurie de la Croix.
En 1814, les Autrichiens, ayant évacué Chambéry, se barricadèrent derrière les restes de la muraille de Saint-Saturnin ; mais les soldats français les délogèrent bientôt en emportant le retranchement au pas de course.
Mais qu'était-ce que saint Saturnin, dont le nom plane sur ces parages? Il ne manquera pas de bollandiste pour lui faire son histoire ; mais il est de la dernière évidence que saint Saturnin n'est pas autre chose que l'incarnation chrétienne du dieu Saturne, auquel les Romains avaient élevé un temple en ce lieu, temple dont les ruines ont fourni les matériaux de la chapelle. Ce n'est plus un vieux dieu qui reçoit des offrandes, mais un jeune saint qui reçoit des iiommages.