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LE PRIEURE DE MATTACENE

Notre infatigable archéologue, M. Mailland, qui s'est imposé la tâche d'écrire l'histoire du Bordeau, duMont-du-Chat, du Bourget-du-Lac et du lac du Bourget, tout ensemble, vous dira, dans son ouvrage qui est sous presse, l'origine du mot Mattacène ou Matassine, qui est encore' celui d'un hameau de la commune du Bourget, et qui était autrefois celui d'un prieuré d'une grande importance. L'histoire a son homme, la légende réclame le sien.

Au-dessus du village qui donne son nom à ce lac que Lamartine appelait le sien, on trouve un grand nombre de vestiges anciens qui portent le caractère des œuvres des Romains. Un ; acqueduc souterrain, qu'on nomme la Golette des Fayes (le trou des fées), est un de ces tra-

vaux auxquels les soldais de César consacraient leurs loisirs. Tous ces vestiges de l'antiquité se rencontrent dans le voisinage du hameau qui porte le nom de Matassine. En effet, ce hameau était autrefois le plus important et en même temps le plus redoutable de la contrée. Comme importance, il a cédé le pas au Bourget, et en fait de terreur il a perdu depuis longtemps tout prestige.

Vers Tan 1030, Oddon, abbé de Cluny, revenait d'Italie. Accablé de fatigae et atteint d'une mauvaise fièvre, il s'arrête au village de Matassine, chez un vertueux prêtre qui desservait l'église paroissiale. Dans un de ces accès de fièvre où Ton croyait qu'il allait rendre fâme, il vit en songe saint Maurice tenant en main une croix lumineuse, et le comte Amédée de Savoie qui aidait le saint à dresser cette croix sur la colline de Saint-Jean, proche de Matassine. Cette opération terminée, saint Maurice s'approcha du malade et, par un simple attouchement, le guérit aussitôt.

Le lendemain Odilon se mit en marche pour

Aix, où se trouvaient alors le comte Humbert aux-B!anches-mains et son fils Amédée, celui-1; môme qu'il avait vu en songe. Après l'explica tion qu'Oddon lui fit de sa vision miraculeuse le prince Amédée, reconnaissant la manifestation de la volonté de Dieu, fit ériger un prieuré sur la colline de Saint-Jean et en fit donation à l'abbé, avec adjonction d'un petit domaine.

Au pied de la colline de Saint-Jean vinrent se grouper quelques habitations de pêcheurs ; elles devinrent môme bientôt si nombreuses que leur ensemble constitua un hameau plus important que celui de Matassine. Or, il était d'usage alors déjà que le plus grand nombre, imposât sa volonté au plus petit. Dès lors le Bourget exigea que le prieuré fût transporté dans son sein, et le prieuré obéit. Les matériaux du prieuré de Matassine descendirent au Bourget, ils se groupèrent à peu près dans le même ordre qui leur avait été imposé sur la colline de Saint-Jean. Le bâtiment ne fit que changer de place et que se rapprocher du niveau de la mer en s'approchant des rives du lac.

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