LA COUSEUSE DE MOTZ
Motz fait partie de cet ancien pagus qu'on appelait la Chautagne; elle en occupe la partie la plus étranglée, et se termine sur une falaise très ardue, qui forme un promontoire à la jonction du Fier et du Rhône.
Or, il existe dans toute la Chautagne un usage assez singulier et qui ne semble pas près de tomber en désuétude. Dans cette contrée, quand une personne est à l'agonie, tous ses proches se retirent et l'abandonnent pour la laisser mourir en paix On mande le couseur ou la couseusef suivant les sexes, et ces pauvres gens, dont l'office est rétribué par le droit d'emporter la dépouille du mort, se mettent aussitôt en devoir de remplir leurs tristes fonctions. Le couseur s'approche du lit de l'agonisant; il tient d'une
main une lampe funéraire et de l'autre un rameau trempé dans Peau bénite; sur son épaule il porte le linceul et les autres objets nécessaires à son lugubre ministère. Mais il est toujours seul avec le mourant et reste seul encore auprès du mort.
Il peut arriver facilement que le mourant soit pris pour un mort et traité comme tel. On raconte en effet qu'en 1803, une couseuse, trompée par son impatience, à l'égard d'une jeune fille de dix-huit ans, n'attendit pas le dernier soupir de celle-ci pour procéder à son opération. La jeune fille se réveilla sous la douleur que lui causa la piqûre de l'aiguille de la couseuse, qui s'enfuit à toutes jambes. La ressuscitée survécut quelques jours seulement à la fatale précipitation de la couseuse, mais nous ne pensons pas que la commune de Motz ait renoncé pour cela à l'usage déplorable que nous venons de signaler.