LES MALDONNE DE DE VIRY
C'était un dimanche, le 23 juillet 1514. Plusieurs seigneurs se trouvaient réunis auprès du duc de Savoie, Charles M, en la grande salle du château de Chambéry. Pour passer le temps, ld duc entreprit une partie de cartes avec les nobles de Viry et de Chaffardon. Le jeu à la mode alors était appelé le flux. On ne sait plus bien eu quoi il consistait , on ne sait que par ce qui va suivre que chaque joueur devait recevoir trois cartes. Cette partie engagée par Charles III donna heu à un débat que M. le marquis Cosla de Beauregard a cité dans un mémoire historique, et que M. Timoléon Chapperon raconte ainsi :
« De Viry ayant distribué les cartes, de Chaffardon dit : Tinvite^ et déposa quatre écus sur
ses cartes. De Viry déclara tenir l'enjeu et déposa une somme égale sur ses propres cartes. Mais de Chaffardon ajouta de l'argent en disant : J'invite pour tout votre reste. De Viry accepta et déposa tout ce qui lui restait d'argent devant lui Aussitôt de Chaffardon mit la main sur les enjeux en s'écriant : J'ai gagné et vous avez perdu, car voilà quatre cartes, et qui mal donne perd la partie. Et en même temps il étalait la preuve de la maldonne. De Viry se fâcha et s'oublia jusqu'à dire : Par le sang Dieu, c'est méchamment fait a vous. De son côté, de Chaffardon s'emporta et répondit en tirant son bonnet par respect pour le duc : Saulve V honneur et la présence de monseigneur, vous en avez menti. A ces mots, de Viry le saisit par les cheveux, de Chaffardon le saisit également. Pendant ce temps, le duc, voulant faire cesser cette scène, criait: 0 là t 6 là! De Viry, loin de se calmer, tira son poignard et chercha à frapper son adversaire. Le duc, se précipite sur lui, s'empare du poignard avec lequel il se blessa légèrement à la main. Les assistants s'interposèrent aussitôt
et séparèrent les combattants. Mais il y en avai assez, on le comprend, pour donner naissance à une grosse affaire, il s'en suivit tout naturel- Jament une instruction criminelle. On fit entendre les témoins de cette scène fâcheuse. Lt récit des témoins et des parties n'offre que peu de variantes, et se résume dans les détails qu: précèdent. Tous déplorent hautement ce scandale. De Viry déclare qu'il consentirait volontiers à vivre un an au pain et à l'eau pour que cet événement n'eût pas eu lieu. Enfin, le souverain, après avoir pris conseil des jurisconsultes, se détermina pour la clémence. Il bannit de Chaffardon de sa présence et exila de Viry de ses Etals. De Viry, pour se conformer à la sentence, passa à l'étranger et se distingua au service de François 1er. Il mourut en 1528, k Page de 54 ans, et en lui s'éteignit la branche des de Viry-Carraz. *