‹ Légendes et traditions populaires de la SavoieChapitre 59 sur 94 · L'ANNEAU DE SAINT-MAURICE · texte numérisé non relu

L'ANNEAU DE SAINT-MAURICE

A une époque d'analyse comme la nôtre, où l'on conteste l'identité de Guillaume Tell, où l'on se permet de supposer qu'Homère n'est autre qu'une pléiade de poètes qui ont concouru séparément à l'édification de ce monument éternel qui porte le nom d'Illiade ; à une époque enfin où l'on croit bien faire en démolissant tout ce qui fut édifié par nos aïeux, sans trop s'inquiéter de ce qu'on pourrait élever sur les ruines, il n'est pas étonnant qu'on en soit venu à discuter l'origine saxonne de la maison de Savoie, et à tailler aux rois d'Italie une généalogie un peu moins tudesque. Mais supposons -nous encore au beau temps où l'on croyait que Humbert-aux-blanches-mains, premier comte de Savoie dont l'histoire ait quelque

certitude, était fils de Berold de Saxe et celui-c beau-neveu de l'empereur.

Or il advint un jour que l'empereur, allant visiter les villes situées sur le Rhin, oublia sou^ le coussin de son lit l'anneau de saint Maurice, reliqae qui lui était plus chère que tout au monde. Alors il manda Berold et lui dit : « Beauneveu, va chercher mes reliques, que j'ai oubliées sous le coussin de mon lit. » Berold monte à cheval, fait toute diligence, arrive au palais de l'empereur au milieu de la nuit, pénètre dans la chambre à coucher, s'approche à tàton du lit impérial, et croyait mettre la main sur

l'oreiller, la pose sur la barbe d'un homme

Grand étonnement, cela va sans dire. Aussi, s'adressant à l'impératrice : « Dame, dit-il, qui gîte ici avec vous ? » Et l'impératrice toute ébahie de répondre avec une assurance simulée I « C'est une de mes femmes. — Au nom de i Dieu, dit Berold, je ne vis jamais femme aussi

ressemblante à un sapeur » Et là-dessus,

tirant son épée du foureau, il en frappa mortellement l'impératrice et son amani, dont l'his-

toire n'a pas cru utile de nous transmettre le nom.

Cette histoire se renouvelle, dit-on, de temps en temps chez les bourgeois comme chez les pria ces, et Ton en conserve le souvenir afin de démontrer que ceux-ci et ceux-là sont pétris du même limon. Gela ne relève pas les uns, mais cela rabaisse les autres, et l'égalité y trouve son affaire.

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