AMÉDÉE ET SA QUEUE
Dans un temps où les chefs de partis n'ont pas vergogne de rentrer en possession de leur liberté quand leurs camarades continuent a gémir dons l'exil, je ne puis m'empêcher de penser que les comtes dp Savoie ne se chauffaient pas de ce bois-là.
L'empereur se rendait à Rome dans le but de se faire sacrer par le Saint-Père. Il fit halte à Vérone avec toute sa cour et s'y reposa pendant quelques jours. Le comte de Savoie ne pouvait décemment laisser passer son suzerain à quelques pas de son domaine sans lui présenter ses hommages. Il convoqua ses pricipaux gentilshommes, et, tous ensemble, ils passent les Alpes, traversent la Lombardie et arrivent dans la ville qui possédait l'empereur. Le comte et tout son cortège se présente à la porte de la chambre où l'empereur se trouvait, entouré de son conseil. Il heurte, la porte s'ouvre devant sa personne, mais l'huissier invite le comte à
faire retirer cette grande troupe qui était à sa queue. Le comte refuse d'oplempérer à cette invitation qui lui parut tout au moins singulière; Phuissier persiste, le comte tient bon. L'huissier s'entête, et on y alla si bon train que l'empereur lui-môme entendit le tapage et s'aperçut de la querelle qui avait lieu à sa porte. Sa Majesté s'enquit de la cause de ce bruit étrange; l'huissier signale les prétentions du £omle de Savoie qui, ne se trouvant pas assez honoré d'être admis pour sa personne auprès de l'empereur, voulait encore faire partager cet honneur à toute sa queue, une queue innombrable. L'empereur ne put que rire d'une telle €ause de conflit, et permit au comte de Savoie de lui présenter tout son monde.
Qu'eût dit l'homme à la Lanterne, s'il eût été comte de Savoie, quand il lui fut donné dédire adieu aux rivages de la Nouvelle-Calédonie? « Si ma queue n'en sort avec moi, je n'en sortirai pas, etfy reste. » Mais il n'était pas le comte de Savoie, et il a dit : Zut t