L'INCENDIE DE LA MENSE D'AILLON
Nous avons toujoursadmiré l<* choix heureux, de remplacement des Chartreuses. Elles se trouvent généralement dans une situation sauvage et sublime, d'où la perspective est vaste, immense, solennelle. Si elle est resserrée, elle a quelque chose de sombre, de Irgubre, d'escarpé, de profond qui impressionne encore plus que l'étendue. La Chartreuse de la Part-Dieu, près de Bulle, est environnée de ravins, de pics et de prairies. Ripaille jouissait d'une vue splendide sur le plus beau des lacs du monde. Pomiers, qui est adossé à des monts élevée, étend vers l'occident son point de vue sur un large et fertile pays que limite le Jura. La Chartreuse d'Aillon était en tous points aussi bien située que ses sœurs.
Mais vint pour Aillon ie 1793 comme pour tous les monastères. Plus tard, la partie des propriétés des Chartreux qui avait échappé aux déprédations révolutionnaires fut concédée à la mense épiscopalc de Chambéry, pour aider les jeunes lévites non favorisés de la fortune et secourir les ministres du sanctuaire qui auraient gagné leurs cheveux blancs et des infirmités dans l'exercice de leur s^int et souvent bien pénible ministère. Une ferme ecclésiastique fui établie, un fermier y fut installé, et celui-ci avait à rendre compte à i£r Martinet, archevêque de Chambéry.
C'était grande fêle au village ; M^r était venu donner la confirmation dans la paroisse d'Aiilonle-Jeune, car alors déjà Aillon constituait deux paroisses, mais ce n'est qu'à dater de 1863 que les Aillon forment deux communes sous les noms d'Aillon-le-Vieux et d'Aillon-Ie-Jeune.
Les vallons et les montagnes répétaient les chants d'allégresse dont la piété des fidèles faisait retentir les voûtes de l'église, quand un sinistre feu de joie vint changer la gaieté univer-
selle en un profond désespoir. Une main étrangère avait préparé toutes choses, et, pendant que les fermiers étaient à Téglise, un incendie violent éclata tout à coup dans les bâtiments delà ferme qui, en un instant, furent dévorés par les flammes.
L'infortuné fermier va porter à son maîlre la nouvelle du désastre. Il s'attend à une réception sévère, il redoute d'être accusé d'incurie, d'imprudence ; au lieu de la froideur à laquelle il s'était préparé à faire face, il ne trouve chez le prélat que la plus douce bienveillance. Au lieu de reproches, il remporte dans sa famille des pièces d'or et la défense expresse de faire une enquête contre l'auteur de l'incendie. L'évêque laisse ainsi le coupable a la honte de sa lâcheté et au sappliee de subir un magnanime pardon.