L'INTRODUCTION DES MÉRINOS
Êxiste-t-il quelqu'un qui ignore toutes les les difficultésqu'arencontréesl'introduciion des mérinos en France? L'illustre Daubenton, un des plus modestes bienfaiteurs de l'humanité, mais aussi l'un des plus réels, gémissait le voir la France payer tribut à l'Espagne pour ses laines, et encourir constamment le danger de se voir privée de cette substance indispensable au bien-être de ses habitants. Il eut l'idée de doter la France d'un troupeau de mérinos espagnols. Le premier troupeau qui traversa les Pyrénées périt tout entier, moulons et bergers, en peu de temps. Le philanthrope ne se tint pas pour battu, il revint à la charge. Le nouveau troupeau eut à traverser non seulement les Pyrénées, — car il y en a toujours, — mais encore la Révolution française. Ce troupeau fut hébergé à l'hôtel de Rambouillet, et il passa dans cet asile les plus mauvais jours de la Terreur, sans s'en ressentir d'une manière ap-
préciable. Enfin, après avoir entouré ces bons moutons de tous les soins que prescrivait le vif désir de les acclimater, les mérinos ont pris pied en France, s'y portent bien, et la bine française vaut celle de Ségovie.
La Savoie ne voulait pas rester privée de cet avantage que la France avait payé si cher, mais c'est à l'administration française qu'elle est redevable d'avoir pu le réaliser à son profit. Inscrivons en gros caractères le nom de M. Grand, conseiller de préfecture et membre de la Société d'agricul'ure de Chambéry qui, le premier, introduisit les mérinos dans notre contrée. Ils firent leur entrée triomphante dans la bergerie de Choisel le 21 juin {802. Les expériences de M. Grand ont été suivies de celles de MM. de Saint-Sulpice et Bonne de Savardin. Toutes ont parfaitement réussi et ont démontré que la brebis espagnole prospère merveilleusement dans notre climat. Les innovateurs dévoués ont porté un défi à la routine, et la routine en est restée abasourdie. Il est vrai qu'elle prend sa revanche ailleurs.