L'AURORE DES POMPIERS
,e l'eu n'est point une invention moderne, il faut en convenir, mais les pompiers ne sont pas venus au monda en môme temps que leur adversaire. On a beau dire que la divine providence a toujours soin de placer le remède à côté du mal, il y avait bon temps que les incendies en faisaient des leurs qu'il n'était encore question d'autres pompes que des pompes de Satan. Pauvres pompes de Satan 1 elles s'en sont allées avec ses œuvres. Il ne subsiste plus que les œuvres de Dieu.
Aujourd'hui que nous voyons, au premier cri d'alarme, une fournée de pompiers tout équipés sortir de dessous tous les pavés, nous aurions peine à croire qu'il fut un temps où il n'y avait pas plus de pompier à Chambéry que
sur la main. El cependant, c'est encore à un prince de Savoie que nous devons l'initiative de cette institution aussi utile que glorieuse. Les budgets municipaux aidant, l'institution a pris des développements formidables. Voilà même que, depuis quelque temps, il ne suffisait plus à notre bataillon de Chambéry de faire ses affaires sur une grande échelle, il lui faut une échelle qui n'en Unisse pas. Félicitons en passant uo? ('dites d'avoir eu le bon esprit d'enrichir l'arsenal pyrofuge de la fameuse échelle... qui est certainennnt une des plus ingénieuses inventions dv s temps modernes.
Mais cela ne nous dit pas de quand datent les pompiers. Amédée VII, le comte llouge, dit Grillet, pour accélérer la construction des murs de Chambéry entreprise par le comte Vert, son père, en chargea les syndics et bourgeois de cette ville. Dans cette vue,, il les exempta de tailles, de subsides, de toute contribution et logement de soldats, et leur accorda, en outre, l'octroi du vin dans l'étendue des paroisses de Lémenc, de Saint-Léger et de Saint-Pierre*de-
Mâché. Une incendie ayant causé de grands ravages dans celte viilïî fui statué par un règlement (du 8 janvier 1383J, que les syndics feraient faire douze grandes échelles et douze grands crocs en fer, que Ton tiendrait à la disposition du public sous la rue couverte; que chaque bourgeois serait tenu de faire faire, à ses frais, un seau de cuir, sur lequel serait son nom, et qu'on placerait ces seaux à couvert le long des murs de l'église de Saint-Léger.-
Voilà le point de départ : le matériel a devancé le personnel, mais ce qu'il y a de pénible dans lecoup d'œi! que nous venons de jeter sur une époque déjà bien éloigné de nous, c'est que l'octroi sur le vin en faveur des villes ait devancé la création de l'arsenal des pompiers. Il faudra donc modifier le principe que nous avons rappelé tout à l'heure : Ne disons plus le mal est à côté du bien, mais que le mal précède le bien.