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LE PATRONAGE DE SAINT LÉGER

La tenue des registres de Fétat civil est bien propre à révéler à l'observateur combien l'homme lient à lui-même, et à justifier cette définition pittoresque dont est accusée MlU0 de Staël : L'amour paternel c'est de l'égoïsme prolongé.

En effet, le père qui vient déclarer Tavénement en ce monde d'un nouveau citoyen, est lier de revêtir le nouveau venu du nom patronymique que le déclarant fient de son père; mais sa vanilé n'est complètement satisfaite que s'il peut joindre à ce nom patronymique son nom de baptême par-dessus le marché. L'enfant serait ainsi la réincarnation préventive de celui de qui il tient l'honneur de pénétrer en cette vallée de larmes et de misères.

Delà il résulte un embarras constant quand

il s'agit de faire des recherches dans les filiations. Les officiers publics font d'inutiles efforts pour s'opposer à cette manie qui n'est pas sans influence sur le désordre des généalogies bourgeoises. Les uns, usant d'un pouvoir qu'ils s'attribuent et qu'aucune loi ne leur confère, allouent à l'enfant présenté un nom de baptême qu'ils puisent dans leur fantaisie; d'autres ajoutent un second prénom, voire môme tin troisième à celui qui est indiqué ; d'autres enfin, dans un bat de conciliation entre legoïsme eu déclarant et l'arbitraire du fonctionnaire, ont pris le parti de donner pour patron à l'enfant le saint dont c'est la fête le jour de sa naissance. Cette détermination a produit de singuliers effets; c'est à cela qu'il faut faire remonter les Loup et les Ours qui se promènent en paletot, en blouse ou en vareuse sur la surface de notre belle France.

Les mêmes difficultés se présentaient à l'occasion de la dédicace des églises. Chique marguillier aurait voulu en faire Phonnear à son saint, et les marguilliers ae sont pas gens

faciles à accommoder. Pour ne satisfaire person ne aux dépens des autres, on en vint à choisir pour patron de l'église à laquelle il s'agissait de donner un vocable, le saint le plus nouvellement canonisé, ou du moins celui qui pour le moment faisait le plus parler de lui. Voilà ce qui explique comment il s'est fait qu'une des églises de Chambéry avait été déJiée à un évê- ! qued'Autun.

Saint Léger, évoque d'Autun, avait était martyrisé en 680, et c'est au commencement duxve siècle qu'il a été placé au rang des saints. La canonisation de ce confesseur martyr coïncide avec l'époque où l'église qui porta son nom fut construite. Le choix qui fut fait de saint Léger pour patron de la nouvelle église eut pour effet principal de mettre à néant les prétentions de tous les membres du conseil de fabrique de l'époque, qui se désistèrent sans difficulté d'un de leurs attributs en faveur de l'ami de Dieu le plus récent et, à ce litre, le plus en faveur.

Tout cela n'explique pas pourquoi la rue Saint-Léger s'appelle place Saint-Léger.

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