LE BOULET DES CALOUDES
Qu'on dise tout ce que Ton voudra, cela vous fait de l'effet tout de même un boulet de canon qui vous passe sur la tête en sifflant, ou qui ricoche à côté de vous en vous envoyant toutes sortes d'éciaboussares. Junot se contenta d'essayer sa manche, Henri IV alla plus loin.
Le château de Montmélian passait pour être imprenable, et quoiqu'il se fût déjà rendu maître d'une grande partie de la Savoie, le roï vert-galant désespérait de prendre Montmélian. C'était en 1600, sous le règne de Charles-Emmanuel Ier. Sully, alors grand maître de l'artillerie de France, à qui tout paraissait possible, ayant examiné attentivement ce fort, proposa son plan d'attaque. Sur sa proposition, le siège fut résolu, malgré l'avis
contraire de la plupart des généraux. Il fit conduire six pièces de canon sur la montagne qui domine la forteresse au nord-ouest, et Ton peut se rendre compte des difficultés qu'il rencontra dans l'exécution de cette audacieuse entreprise. Après des efforts surhumains, il parvint à établir sa batterie sur un plateau qui est au-dessus du vignoble des Calloudes. Henri IV,, étonné de ce succès, s'y transporta avec ses généraux, tant pour examiner la batterie elle-même que pour voir ce qui se passait dans la place assiégée. Mais à peine la garnison de Montmélian eût-elle aperçu le fameux panache blanc* qu'une décharge de la grosse artillerie se chargea d'apprendre au roi qu'il est imprudent d'être curieux outre mesure. Le roi fut littéralement couvert de terre et d'une grêle de cailloux. Son premier mouvement fut de faire le signe delà croix. Et Sully de lui dire aussitôt de cet air malin qui lui convenait si bien : — Pour cette fois, Sire, je reconnais que Votre Majesté est réellement bon catholique.