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LES DESTINS DE LA BOISSE

Les eaux aussi ont leurs destins. Telle station minérale qui fut pendant un temps le rendezvous de la cour, telle autre que la médecine a entourée de tout un appareil de guérisons miraculeuses, sont devenues des ermitages ou simplement depauvres nymphes qui vous offrent ce charitable verre d'eau que Dieu récompensera par un verre de vin.

Celles dont on peut dire comme d'une femme sur le retour et qui fut jolie, qu'elles se sont vues deux fois, sont en général des eau& qui ne possèdent d'autres principes médicinaux élémentaires que du fer. Aujourd'hui qu'on tient une infusion de vieux gonds de portes, une dissolution de serrures en retrait d'emploi comme autant de succédanées de ce trop vul-

gaire ingrédient, les pauvres sources ferrugineuses, qui ne sont que cela, ont considérablement perdu de leur importance. Telles sont Peau de Marclaz et celle d'Amphion, qui sont en quelque sorte les accolytes de l'eau de la Versoie nouvellement découverte près de Thonon, et qui depuis bien longtemps sont déchues des plus brillantes splendeurs.

Telle est aussi l'eau de la Boisse près de Chambéry. Et cependant, nos grands-pères ont encore souvenir de la foule qui5 le malin, fréquentait cette modeste fontaine, si modeste qu'elle n'a même jamais su se mettre à la hauteur de la vogue dont elle était l'objet, n'eûtelle fait pour cela qu'une toilette du matin.

Elle sourd d'une anfractuosité de rocher et se perd sur un gravier fin qui rougit de voir ainsi couler en pure perte une onde dont chaque gouttelette peut se métamorphoser en un gobule de sang, quand son absorption est opérée daus de bonnes conditions. Le chemin de fer passe tout à côté, et cela suffit pour lui enlever son dernier prestige, la solitude qui avait suc-

cédé à la foule. Une longue roule uniforme et fastidieuse, semée ça et là de bancs de pierre semblables à des monuments fuaéraires, court à deux pas plus loin, et le passage à niveau ménagé par l'administration du Victor-Emmanuel, tout étroit qu'il est, suffît amplement au passage des quelques jeunes filles altérées qui croient à la puissance de ce spécifique et boivent de l'eau.

Néanmoins, la Boisse eut ses beaux jours, et quand elle était au pinacle, on ne parlait guère alors de Vichy ni d'Evian. Aix même n'arrivait pas à sa hauteur. Une petite brochure publiée en 1782, qui nous tombe sous la main, nous est garant des succès qu'elle recueillait à cette époque. M. Lyonne fils, chirurgien-major au régiment de Maurienne, écrivait alors que ce qui prouvait le mérite de l'eau de la Boisse, c'est qu'elle avait eu et avait encore ses détracteurs. Cette preuve éminemment philosophique est appuyée sur de sérieuses observations médicales et sur une profonde érudition.

Mais vous vous perdez en conjectures stériles

sur l'étymologie du nom de la Boisse. Nous allons vous renseigner au plus court. La source de laBo^seet le terrain qui l'entoure étaient autrefois la propriété de M. Boisset, qui mit son eau en lumière après en avoir fait l'analyse en chimiste consciencieux autant qu'en habile propriétaire... Vous voyez sans peine que la filiation est facile à établir et nous ne ferons pas à nos lecteurs l'injure d'insister à cet égard.

Mais nous conseillons à l'eau de la Boisse de se munir de quelque sel à la mode ; cela pourrait l'y ramener.

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