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L'ENNUI DE MADAME DE BRANDIS

Henri IV avait mis le siège devant Montmôlian, cette place imprenable qui était comme la €lé de Pllalie, mais qui a été prise tout de môme. Sully commandait les opérations du cota des assiégeants, et le comte de Brandis commandait le fort pour le compte de Charles-Emmanuel Ier. Les ennemis étaient en présence, on s'envoyait quelques boulets de temps en temps. Brandis poursuivait son plan comme un autre, mais tout cela n'aboutissait à rien.

C'est une chose bien ennuyeuse qu'un siège, et plus encore pour les assiégés que pour les assiégeants. Or, on l'a dit, l'ennui est le pire des conseillers; la faim ne saurait attiendre le même degré de perfidie.

Si Quelqu'un gémissait de l'ennui résultant

■de l'obligation de rester chez soi, c'était Mme la comtesse de Brandis. Elle avait bien recours à quelques-uns de ces talents de société qui aident à passer le temps, mais cela ne lui suffisait pas pour lui rendre le bonheur. Elle s'amusait à faire des colifichets en verre. Elle savait ouvrer cette fragile substance au moyen d'un chalumeau et en faisait des pendants d'oreilles, des colliers et autres objets de parure.

Or, Mme de Sully avait accompagné son mari à l'armée; Mme de Brandis songea que, puisque les petits présents entretiennent l'amitié, ils peuvent aussi bien faire de deux ennemies une paire d'amies. Elle dépêcha un parlementaire au camp des assiégeants. Ce parlementaire était chargé de la délicate mission d'offrir des brimborions à Mine de Sully de la part de la gouvernante du fort assiégé. Mme de Sully, trop Française pour manquer d'égards, accepta avec empressement les présents qui lui étaient offerts et renvoya à son tour à Mme de Brandis une bourriche assortie, contenant les pièces de gibier les plus rares et les plus recher-

chées, avec un petit mot écrit sur le papier vergé de l'époque, dans lequel il était question des ennuis du siège et des moyens qu'on pourrait prendre pour les dissiper. Ces prévenances de Mnie de Sully furent bien accueillies par •Mme de Brandis. Dès lors, il s'établit entre ces deux dames un va-et-vient de petits billets parfumés, ensuite, des échanges de visites, et Je tout finit par une capitulation dont Mm* de Sully dicta les conditions, etqueMmede Brandis accepta et fit accepter par son mari. Mme de Sully avait soin de prendre les instructions du sien quand elle devait rencontrer Mme de Brandis. Mais celle-ci n'y voyait pas malice; elle s'ennuyait, il s'agissait de porter remède à cet ennui, son crime ne va pas plus loin.

Mais les conséquences en furent désastreuses. Brandis dut lui-même présenter au roi de France, dans le couvent des dominicains de Montmélian, la reddition de la place sans que eelle-ci eût souffert le moindre dommage dans ses défenses. Le 9 novembre 1600, les Français firent leur entrée dans la ville et s'emparèrent

de toutes les munitions qui s'y trouvaient. Sully en demeura confondu. Quanta M. le comte de Brandis, il alla cacher sa honte et sa lâcheté dans la Suisse, sa patrie, et son nom demeurera attaché à l'histoire des grandes trahisons.

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