LES DEUX ÉBOULEMENTS DE BRIDES
Le livre de Job est une admirable complainte. C'est le plus ancien monument littéraire qui soit dans la main des hommes, si l'on en croit certains théologiens; mais c'est encore une histoire tellement vraie qu'on la voit se renouveler tous les jours. Quel est le fond de l'histoire du bonhomme si ce n'est cet aphorisme : celui qui donne peut reprendre, et celui qui, après avoir reçu, se trouve un beau jour Gros- Jean comme devant-, n'a pas le droit de se plaindre.
Or, en mathématique, la réciproque d'une proposition vraie est également vraie. Ce doit être ici. le même cas. Celui qui dépouille sait restituer, et Dieu ne se fait pas faute d'user de toutes ses prérogatives.
Le village de Brides possédait jadis une source dont il ignorait la valeur intrinsèque. Cette source, mécontente sans doute du peu de cas qu'on faisait d'elle, profita d'un éboulement de mentagne pour se perdre et disparaître. Il y avait longtemps qu'on ne songeait plus à elle quand, en 1809, un glacier qui se prolongeait au fond des gorges supérieures de Champagny, entraîna dans sa chute tant de débris de toute sorte, qu'il en résulta un barrage puissant qui retint les eaux du courant. Celles-ci, refoulées sur elles-mêmes, se rassemblèrent à Brides et formèrent comme un petit lac. En 1818, l'effet delà pression produite par cette masse liquide, rompit le barrage, une débâcle impétueuse survint et toute la vallée fut ravagée de fond ea comble. Le cours du Doron se vit déplacé et sa direction nouvelle, entraînant l'ancien éboulement qui, depuis plusieurs siècles, recouvrait la source précieuse, la Gt s@urdre de nouveau, à la grande joie des habitants qui, alors, lui ont fait l'accueil qu'elle mérite.
Après le premier éboulement, Brides étail
pauvre comme Job seconde manière; mais après le second éboulement, Brides prend le chemin d'être comme Job aux plus beaux jours de sa splendeur.