LES CLOCHES DU LAC DE SAINTE-HÉLÈNE
On a appelé la Suisse le pays des lacs ; c'était bien plutôt de la Savoie qu'on pouvait parler de 4a sorte. Les lacs de la Suisse lui sont pour la plupart disputés par les nations voisines ; il n'est guère que les étangs réunis sous le nom de Lac des Quatre-Cantons, et la jolie pièce d'eau qui baigne les petits pieds de Pétfgante Zurich, qui «oient des lacs véritablement suisses. Quant au tec de Genève, la France en a sa part et ne la donnerait pas pourun troisième empire, et l'Allemagne n'est pas encore si mal dans ses affaires qu'elle fasse si bon marché de ce qui lui appartient du lac de Constance.
Si nos lacs de Savoie sont petits, il ne faut en accuser que leur antiquité. Les lacs se comblent, et celui-là qui est le plus comblé peut se
vanter de posséder le plus de lustres. Le lac du Bourget avait primitivement une autre étendue. On en peut dire autant du lac d'Aiguebelette, et quelle antiquité n'attribuera-t-on pas au lae de Sainte-Hélène? Le siège de Saint-Jean-d'Acre est d'hier, le siège de Troie d'avant-hier, si l'on juge de l'antiquité du lac de Sainte-Hélène d'après ses rives. Son origine remonte bien audelà du Diluvium, ce déluge qui précéda d'ua nombre incalculable d'années celui dont Noë fut le héros.
Le lac de Saint-Hélène est formé, ou alimenté, si l'on veut, par une infinité de sources imperceptibles qui forment de petits ruisseaux ; et les petits ruisseaux ne se bornent pas à faire de grandes rivières, ils font aussi des lacs. Il est vrai que le Goisin vient à leur aide. Le Coisin ressort du lac pour aller se perdre dans l'Isère, après avoir répandu la fertilité sur son passage.
Il va sans dire que, depuis la découverte des -lacustres, le lac de Sainte-Hélène a été exploré à son tour. On l'a fouillé dans tous les sens, et l'on a trouvé que là aussi une génération vivait
qui se servait d'an couteau de bronze pour couper son pain el d'une lame de silex pour se faire ja barbe. La tradition en savait déjà bien plus long que les savants n'en ont découvert. Elle cous apprend que cette génération préhistorique avait des cloches, et cela suppose un clocher. Du reste, en cela, rien d'extraordinaire, car la cloche est de bronze, et nous serions plus éton né de la trouvaille en ces lieux d'un petit couteau de Saint-Claude.
Or, les cloches sont babillardes de leur nature. Mais si elles ont été réduites au silence pour expier quelque méfait dont les détails ne sont pas parvenus jusqu'à nous, le souverain justicier qui punit sait aussi alléger la peine du criminel, quand celui-ci se montre digne d'une telle faveur. Il paraît que ces cloches coupables se sont amendées au gré du Seigneur, car il leur permet de temps en temps de reprendre leur conversation au point où elle avait été interrompue. Promenez-vous au bord du lac un jour de fête solennelle, prêtez l'oreille, et vous entendrez un carillon qui vous charmera.
L'heure la plus favorable pour assister au phénomène, c'est au lever du soleil. Mais, hélas t il n'y a que les gens vertueux qui aiment à voir lever l'aurore.