LA SURFACE ET LE FOND DE LA HER S
celeste apparition, le long des vaisseaux ennemis pour leur voiler les Frangais embusques dans les dunes. Ge n'est toutefois qu'une tradition isolee ; dans les memes parages, les « Sentes de sainte Blanche, » ainsi qu'on les nomme plus ordinairement, indiquent la route que suivit cette bienheureuse, ou sa statue, alors qu'6chappant aux Anglais qui Tavaient enlevee, elle revint miraculeusement k son village favori. Le « Sillon de saint Germain, » le « Chemin de saint Jean, » dans la baie de la Fresnaye,sont Tobjet derecits analogues, de m^me que le « Chemin de saint Jacques • rouleau d'^cume que Ton voit par certains vents, vers Tembouchure de la Vilaine.
Des « Seraines » se montraient jadis k peu de distance de nos c6tes, le plus souvent dans les bales. Elies avaient une chevelure d'or, dont li^s longues boucles denouees flottaient au gr6 de la brise sur leurs 6paules nues ; jusque vers la ceinture, leur corps 6tait gracieux comme celui d'une jeune fille, puis il se couvrait d ecailles et dcvenait semblable k la queue d*un gros poisson.
Quelques-unesparaissaient avoir une predilection si marquee pour certains endroits du rivage, que ceux qui racontaient leurs gestes les designaient par le nom de leur lieu prefere. La sirene de la Fresnaye se plaisait tout particuliferement dans cette baie, et ^Tembouchure d'une petite riviere qui
se jette dans un<^ de s€S anses. C'est 1^ qa'elle faisait entendre son chant m61odieux lorsque, k mer montante, elle glissait sur les flots ; partout oCi elle avail pass6, elle laissait une trainee lumineuse qui brillait comme un rayon de soleil. Prise par un sabotier un jour que, bercee sur les vagues, elle s*etail endormie et que la mar^e Tavait porl^e loul pr6s du bord, elle le comble de ses dons, parcequ'il a consenti k la remeltre dans son element naturel, et quand elle quitte la Bretagne pour aller dans I'lnde, elle fait present k ses enfants d'une bourse inepuisable.
Cette sirenen'avait jamais fait de mal a personne, et on ne lui attribue que des actes charitables ; mais dans la m^me baie, vers la rive oppos6e, la serainedu Fort-la-Latteetaitredoutee desp^cheurs, et, s'ils aimaient k ecouter sa chanson pendant le jour, lis craignaient de I'enlendre la nuit, car c'etait alors un signe de temp^te ou de mort. On racontait d'ailleurs qu'elle avail enleve beaucoup de jeunes gens : ceux qu'elle parvenait h toucher seulement du bout du doigt elaient forces de la suivre dans le palais oil elle demeuraife sous les flots, entre la pointe de Saint-Cast et celle de la Latte.
D'autres sir^nes, ou bien des fees, avaient aussi leur residence au-dessous des eaux, dans un monde fantastique, d'une nature tres-particuli^re ; la mer, rendue solide par une puissance magique,