LA MER
fL soffilde Jeter un coup d'oeil sur une carte de la Haule-Bretagne pour ^e rendre compte du rdle considerable que joue la mer dans la vie de ce pays ; baigD6 au nord par ia Manche, oii des marges presque saas rivales au mondo decouvrent ou cachent lour & tour de si vasles espaces, il est liaiite au sud par I'Oc^an, dans lequel un des plus grands fleuves de France a samajeslueuse embouchure, aussi large qu'un golTe. M6me lorsque les cartes sont 4 petite 6chelle, on veil que le rivage est trfes decoup(5, et que ces cOtes qui, differentes les unes des autres, s'^tendenL sur deux mers, doiveot presenter tous les accidents de terrain, toules les circonstances particulieres que peut
2 LlfeGENDES LOCALES DE La HAUTE-BRETAGNE
comporter un littoral marin. Ceux qui I'ont visits en detail ont pu constater qu'il tient, et au deld^ ce que parait promeltre sa vue d'ensemble, et que ses aspects, lour k tour aimables ou terribles, sont biea fails pour frapper ['imagination et se prater au merveiileux.
Une exploration deplusieursann6es,pourlaquelle j'ai eu la bonne fortune d'avoir des collaborateurs devoues et intelligenls, a prouv6 que les legendes y sont en effet eu grand nombre, parfois tr^s bien conservees, et Ton pent dire sans exageralion qu'^ ce point de vue la Manche brelonne tient inconteslablement le premier rang dans le folk-lore international. Quelques-unes sont d'un ordre general : elles visent rorigine de la salaison de la mer, les causes de la maree et celles des ph^nomenes atmosph^riques qui ont une influence sur la vie du marin ou du p^cheur. D'autres, au contraire, ont un caractfere local, outoulau moins localise : elles expliquent les particularites physiques inflniment varices que Ton remarque sur les divers points de nos c6tes, et qui ont assez excite I'elonnement des riverains pour qu'ils les attribuent k des circonslances et k des interventions surnaturelles.
J*ai parle des premieres, en meme temps que de celles de bien d'autres con trees, dansmes Legendes de la Mer^ oCi mes recherches ont porte sur tout le monde marin ; ici je m'occuperai unique-
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ment de celles que les r6cits traditionnels localisent netteraeat en Haute-Bretagne. Comme une partie se trouve dejk dans le livre cite plus haul, ou dans quelques autres de mes ouvrages, je me contenterai, toutes les fois que cela sera possible, d*eii d^a^jffip les lignes principales ; mais je donnerai ^ peu pr§s en eolier leslegendes qui sont vraiment caraclerisliques. et dont us rteini^ affaiblirait Tinter^t et la portee;
La Surface et le fond de la Mer
^J^ ORSQu'iL fait calme, et que la mar^e est ^ peu ^SSl\ preshauteon remarque,surtoutdansles bales, des rubans dont Tazur plus clair se detache, avec une sorle de ton argents, sur le bleu d'alentour ; c*est comme la voie lact^e de la mer, et, de m^me que celle de la voAte celeste, elle a tout naturellement 6veille Tid^e d'un chemio merveilleux, trac6 par les pas de divinit^s ou de saints qui, en personne ou en efligie, avaient le privilege de marcher sur les eaux.
Aux environs de Saint-Malo, ces taches, surtout lorsqu'on les voit apr^s du gros temps, soiTt appelees les « Senles de la Vierge » ; c'est la marque que laisse la m^re de Dieu quand elle descend sur les flots en furie, et qu'elle passe un peu partout pour les calmer. Une legende rattache b. la bataille de 1758 les longues trainees blanches qui se croisent et se d6roulent dans la baie de Saint-Cast et dans son voisinage : c'est rineffagable sillage de la robe de la Sainte Vierge qui glissa, comme une