LA SURFACE ET LE FOND DE LA HER
couteau et finit par le couper et par le meltre dans sa poche. Aussit6t la queue de la sirene se transforma en deux jambes, ses nageoires tomb^rent et devinrent de belles robes, que la sirene, redevenue femme, se h^ta de rev^tir, pendant que le pecheur, epouvante de ce prodige, lui tournait le dos. La sirene lui dit : « Brave homme, ne crains rien ; tu viens de faire une bonne action ; maish&te-toi de quitter ce banc pour me conduire k terre ; j'ai bien envie de me petrouver sur le plancher des vaches, car voili bien longtemps que je suis dans la mer. Si tun'avais pas coupe Tanneau qui m'enserrait la queue, je serais mortesans revoirle monde des vivants. Je suis une princesse qu*une mechante fee a metamorphos6e en sirene et elle m'a apportee ici pour me jeter dans la mer, le seul 616ment oil je pouvais vivre. Elle me retenait prisonni^re dans un palais sous les eaux, oCi un dragon me tenait toujours enchain^e ; il n' y a que peu de jours qu'il m'a laissee libre de venir parfois prendre Fair au-dessus des vagues. 11 salt d€}k que je suis d^livree, et desorinais il fera trembler la mer en cet endroit, surtout lorsqu'il sentira qu'un bateau s*en approche. A partir d'aujourd'hui jamais il ne fera calme ici. »
(Legende recueillie a S^-Cast, par M. Francois Marquer).
Certains hauts-fonds sont quelquefois le theatre des 6bats de Nicole, lutin proteiforme qui s'amuse k soulever les ancres des bateaux, a les entralner en derive, k couper leurs amarres, k embrouiiler si bien les lignes, qu'on ne peut les d^m^ler. II se monire le plus habituellemenl sous la forme d*un gros poisson ; parfois, il s'^leve au-dessus des flols pour se meltre k rire de ses tours, et il parie comme une personne ; les p^cheurs incredules disent que c'est un marsouin qui,, en poursuivant les petits poissons, enl^ve les grapins ou brouille les lignes ; pour beaucoup c'est une ^me en peine, un ancien garde-p^che Irop dur aux pauvres gens, et qui les tourmenle encore apr^s sa mort; d autres le regardent comme le diable lui-m^me : c'est en cette qualite qu'il fut exorcist par le recleur de Saint-Cast, qui monta sur son dos, et ne le laissa aller qu'apres lui avoir fait signer un parchemin bien en r^gle, par lequel il s'engageait k ne plus tourmenter ses'paroissiens * .
On cite aussi des rochers qui, ordinairement au fond de la mer, remontent parfois lout expr^s, et se placent entre deux eaux, pour que les bateaux viennentsans defiance se dechirersurleurs pointes.
i . Sur les tours de Nicole, cf. Revue des Traditions populaires^ t. XII, p. 265 ; Paul Si&billot, Traditions^ t. I, p. 136. Contes desmarins^ Palerme, 1891, p. 51,