LES ILOTS ET LES ILES
avoir pour lui quelque affection ; on dit, vers Tembouchure de la Ranee que ce sont d*anciens marinsdenos c6tes qui out peri dans des naufrages, et qui, sous cetle forme, reviennent aux lieux qui leur sonl familiers. ]i en est m^me que leurs parents ou leurs amis ontexpress^ment reconnus. lis ne quittent guere d'ailleurs les parages oh ils exerc^rent jadis leur profession ; chaque bande a son chef, que Ton designe par le nom du rocher qu'il prefere ; il y a la Bete k Bizeux, dans la Ranee, la Bele au D^coUe, la Bete aux Ebihens. S'ils jouent parfois des tours aux pecheurs, ils ne deviennenl mechants que quand on leur fait du mal. On raconle la punition exemplaire d'un p^cheur de Saint-Enogat, qui d'un eoup d'aviron avail ereve Toeil Stun chef marsouin ; le lendemain, il ne vit plus son bateau k Tendroit ou il Favait amarr6 la veille : il ne le relrouva que huit jours apr^s, completement brise, dans une crique de la Ranee ; une autre barque qu'il avail achetee fut, un jour d'orage, entouree de milliers de marsouins qui la pousserent sur un rocher de Saint Enogat, pres de la Goule-aux-fees, od elle fut mise en miettes ; et le marin se sauva k grand'peine.
Les iles du littoral de la Haute-Brelagne, aussi bien sur la Manehe que sur TOcean, ne sont pas considerables ; k vrai dire, elles ne m^ritent gu^reque le nom d'ilots: deux ou trois seulement
sont habitees, et parun petit nombre de personaes. On leur assigns en general des origines analogues k celles des rochers isoles que ne recouvre aucune vegetation.
Comme beaucoup de ceux-ci, le petit B6 et le grand B6, Tile Agot, qui est au large de Saint Briac, ont 6t6 vomis par Gargan^ua au cours de ses voyages : on dit m^me que cette derni^re lui servit de projectile pour tuer des bernaches. II retira de son Soulier la petite lie de Verdelet que Ton voit aupres de Pleneuf. 11 s'y rattache loutefois une legende plus gracieuse: une f6e qui Iraversait la mer pour se rendre de Jersey au Val-Andr6, avait trop pr6sum6 de ses forces, et un peu avant d'atteindre le but de son voyage, elle n'en pouvait presque plus : elle sentit alors dans son Soulier une pierrequi la geuait: elle sedechaussa pour Ten 6ler, et la pierre tomba dansla mer : aussitOt elle grossit et forma I'ilot de Verdelet, sur lequel la fee s*assit pour se reposer avant de continuer sa route.
Non loin de 1^ se voit, pres d'Erquy, I'ilot Saint- Michel sur lequel s'el^ve une chapelle dediee k Tarchange ; jadis il tenait au littoral. Dans ce temps-1^ le diable voyageait sur terre et saint Michel voulait Ten empecher. Le diable r6solut d'emporter le saint, et k la t^le de tons ses demons il se mit h sa poursuite. L'archange se dirigea du c6te 4e