LES ENYAHISSEMENTS DE LA HER
vre mainlenant la mer : parfois, surlout aux grandes marees d'6quinoxe, on en rencontre des vestiges dans les sables qu*elles mettent k decouvert.
A la Chapelle en Saint-Briac on racontait que \e Juif-Errant y etait passe naguere. Comme on lui offrait de s*asseoir, il repoodit qa'il devait marcher toujours sans s*arreter. Cette contr^e est bien chang^e, ajoula-t-il ; j'y suis venu il y a plus de miile ans, et elle etait alors couverte d'une immense foret dont je ne trouve plus trace.
A Ch^teauneuf, sur Tautre rive de la Ranee, M. Decombe recneillit une legende assez analogue a celle qu*on lui avait dite quelques ftnnees auparavant a Saint-Briac: un jeune garcon lui parla aussi d'une visite recente du Juif-Errant. Celui-ci disait que le pays etait bien different de ce qu'ilelait k son dernier voyage, plus de mille ans auparavant. On y voyait alors une grande foret. Mais elle etait remplie d'animaux feroces et de brigands qui pillaient et desolaient tous les environs. Les habitants, ne sachant comment s'en debarrasser, allerent se plaindre k la justice de ce temps-la: elle fit couper une grande digue qui bordait la foret du c6te de la mer ; i'eau arriva si vite que les brigands et les betes n'eurent pas le temps de se sauver, et ils furent tous engloutis avec la grande foret.
Plusieurs autres legendes, quelques-unes assez
circonslanci^es, et qui sont populaires en divers endroits du littoral assez eloign^s lesunsdesautres^ attribuent aussi k des ruptures de digues cet envahissement de la mer. On raconte k Lancieux qu'il y bien longlemps, tout Tespace compris entre les Ebihens et Tile Agot vers le nord, et les miellesde Lancieux vers le sud. etait occupy par une for^t qui s'appelait le Bois-Talard, et qui s*etendait jusques dans les mielles. Le sol en ^tait plus bas que le niveau de la mer ; mais il y avail, des Ebihens k Tile Agot, une bande de terrain plus 6levee qui formait comme une digue naturelle.
La for6t 6tatt remplie de gros loups, de lopards (leopards) et d'autres b^tes f^roces qui ravageaient tout, et Ton nesavait comment s'en d6barasser. On fit une coupure dans la digue, k Tendroit oCi est maintenant la Passe Charlemagne. La mers'y precipita, inonda le pays, et noya presque toutes les betes feroces. Mais on essaya en vain de fermer le passage qu'on avait ouvert. L'eau conlinua d'aller et de venir, agrandissant I'ouverture et rongeant la terre et les rochers. C'est alors qu'elle forma les Ebihens, les rochers des Portes, I'lslet de Sainl- Briac et celui de Lancieux.
Cette legencje ne parle que d'un^ for^t; dans celle qui suit, il est question d'une ville, situee un pen plus k Test, vers Tembouchure actuelle de la Ranee.