LGS ENVAHISSEMENTS DE LA MER
Au temps jadis, il y avail entre Cezambre et Saint-Malo, une ville qu'on appelait du nom d'Is. Une digue la protegeait contre les envahissements de la mer qui baignait le pays od est maintenant le bourg de Corseul ; elle longeait la for6t de Siscey dans presque toute sa longueur, puis tournail un peu k gauche pour aller aboutir dans le pays de Corseul. Entre la for^l de Siscey el la digue, il y avail un bras de mer, qui formail comme un canal assez large : ceux des habitants de Corseul qui se rendaient k Is ou ceux des habitants d'ls qui allaienl k Corseul n'avaienl rien k craindre en passant sur celte digue, bord^e de chaque c6t6 par la mer, qui la mettait bien en sdrete des b^tes feroces qui peuplaient alors la for^t.
Les habitants de Corseul et ceux d'ls ^laienl Ir^s amis. Les premiers etaient gouvern6s par un chef qui 6tail soumis au roi dls. Mais un jour les * gens de Corseul se r^volterent contre ce roi, et leur chef, qui 6tail Tauteur de celte r6volle, se mil k leur tele. Le roi dls envoya dire k ses su jets que si dans cinq jours Tordre n'etait pas r^tabli, il envahirail leur pays et metlrail lout k feu el k sang. Les Corseulois massacrferent les envoy es du roi et ne tinrent aucun compte de leurs menaces.
Le roi d'ls, ne voyant pas revenir ses envoyes, se doula qu'ils avaienl 616 lues et il r^solut de les venger. 11 rassembla ses troupes et s'appr6ta k
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marcher sur Corseul. Quand les habitants de cette ville surent que le roi venait chez eux pour lespunir, ils resolurent de Temp^cher en coupant la digue, et ils y firent une trouee. Aussit6t la mer s'engouffra daus ceiie oi&veriiBe, eiiTaikii la fosH de Siseey et ne tarda pas ^ emporter la digue. La ville d'ls fut submergee et presque tous ses habitants perirent ; laforet futaussi compl^tement detruite ; mais comme la mer en Tenvahissant gagna d'un c6te, elle fut obligee de perdre de Tautre, el c'est depuis cette 6poque que Corseul n'est plus baigne par I'eau de la mer, qui ne va plus aujourd'hui que jusqu'au Guildo et k Lancieux. Au large des Ebihens et de Tile Agot on voit, dit-on, quand I'eau estclaire, les ruines de la digue de Corseul.
De nombreux, debris, bien connus des archeologues, attestent qu'une ville importante s'61evait non loin de Templacement actuel de Corseul ; le bourg est k 80 metres au-dessus du niveau de la mer, et les cotes les plus basses de cette commune sont superieures k 30 metres : Corseul port de mer ne pent appartenir qu'^ la legende ; pour la cit6 entre Saint-Malo et C6zambre, son existence est moins probl^matique, surtout si Ton admet, avec quelques auteurs, qu'k Tile Harbour se trouvait le havre d'Aleth. II est vraisemblable que le nom d'ls donn6 k cette ville est tout moderne, et qui lui a et6 arbitrairement atlribue par
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des marins qui avaient entendu parler de la capitale l^gendaire du roi Grallon, si populaire dans le Finist^re, et qui a ete, en ce si^cle, celebree en prose, en vers, et en musique.
Quant au r^cil qui suit, bien que son <5pisode final rappelle la trahison de Dahut, je ue pense pas qu'il en derive, et je crois plutot quHl s'agit d'une l^gende parallele, analogue a celle qui raconte qu'une ville situee entre la pointe de Castelli k rembouchure de la Vilaine et Tile Du Met, fut engloutie, dans des circonstances analogues k la cit^ d'Is.
Les p^cheurs de Cancale disent que quand la mer est belle et claire, on voit entre le Mont Saint- Michel et les iles Chausey des debris de murailles. Ce sont les restes d'une ville disparue ; d'apr^s les vieux marins de Saint-Malo, elle s'appelait Chausey, et elle etait bMie sur Irois cents collines, devenues trois cents recifs ; toutefois, aux jours de maree d'^quinoxe, on pent apercevoir, en regardant sous I'eau, les toits de ses maisons et les clochers de ^s eglises. Voici, suivant les Cancalais, comment elle fut submergee :
Au temps jadis la Manche n'etait pas si grande que maintenant; Ton pouvait aller k Jersey sans rencontrer d'autre obstacle qu'un ruisseau qui n'elait pas tr^s large. Pourtant il y avait une anse qui s'avan9ait dans les terres du c6te de Granville.
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Le roi de ce pays avail fait construire une digue qui en barrait le fond, et son chateau s*abritait derri^re elle. Cette digue etait fermee par une porle qui donnait dans le chateau lui-m^me, et le roi en gardait soigneusement la cl6. II avait une filie mariee k un seigneur du voisinage, et celui-ci voulait detr6ner son beau-p6re. 11 engagea sa femme k prendre les cl6s, afin que la mer noy^t le chateau et le roi, et ils avaient pr6par6 une barque pour s'echapper au moment de Tirruption des eaux. La princesse fit boire k son pere une infusion d'herbes narcotiques, et, k minuit, elle et son mari ouvrirent la porte. Alors les flots entrerent ; mais leur fureur 6lait si grande qu'ils noyerent le seigneur et sa femrae et submerg^rent le pays environnant.
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Dans les l^gendes qui vont suivre, il ne s'agit plus de ruptures volontaires de digues ou d'ouvertures d'6cluses qui laiss'ent pen^trer la mer : une simple malediction suffit pour que le ciel irrit6 souleve une temp^te quifranchit tous les obstacles et fail disparaitre sous les flots la cit6 coupable ou la for^t maudite.
Ce theme, qui rappelle si bien la punilion de Sodome et Gomorrhe, 6tait connu sur nos coles d^s le moyen Age ; il est probable qu'il prit, sous
LES CXVAniSSEMEXtS DE LA HER ^o
rinfluence des souveoirs de la Bible, sa forme legendaire k une epoque assez rapprochee des derniers engloutissemeats de la foret de Scissey, ou des cit6s des rivages voisios. Un passage du Roman d'Aquin, doai la composition primitive paralt remonter au XIV* siecle, parte d'uae ville submergee k la suite d'une malediction, et qui se trouvail pr^cisement aux environs de Saint- Malo, non loin de la mare de Saint-Goulman, dont il sera question plus loin.
Gardayoe la mirable cit^ Qui est assise sur un fleuve desrive.
Bidan a nom ceile (esve) en ceul r6gn6 ; J us te la villa avoit ung grant fous6, Jusqu'a la mer est fait et compass^, Pius de XX piez et la dousve de \€ Et bien LX de hautour et d'estd, Ly roys a moult Damme Dieu reclame, Par moult grand ire a maudit la cite.
Tantost fist (il) un si (tres) grant ore De vent, de pluye, et de (grant) tempests ; Ly air espart, moult forment a Irouve, A mosnuit, quand le coq a chante, De maintenant tribucha la cite, • Les fortelessez, le mer et le fous6 ; La mer sal6e essaut par le r6gn6, Et est issue de son mestre chan^ Jusqu'au Terren, bien six leuez de 16, Et deux de long, ce dit (len) de vert6.
A Erquy, oil se trouve k peu pr^s le point extreme k Touest des envahissements de la mer, on dit
que la rade actuelle occupe une partie de I'empla-
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cement de la grande for^t ; on y parle au&i d'une cite engloutie k la suile d'une mai^dictioa. Elle s'appelaitNasado ; toules les jeunes filles y etaient Ires belles, mais surtout Irois d'entre elles qui habilaient le chateau de Nasado, sur les ruines duquel a ^te coDstruite la maison qui porte aujourd'hui ce nom ; elles avaient la peau si fine que quand elles buvaient du vin^ on le voyait descendre dans leur gorge : cVAait alors une ville de garnison et tous les olRciers leur faisaientla cour ; les soldats avaient aussi leurs amoureuses, et le soir les trois quarts du regiment manquaient k Tappel. Les g^n^racrx; nojant qu'ils ne pouvaient maintenir le bon ordre, maoikirent la viile, et elle fut engloutie par les eaux. D'apr^s otteautre l^gende, Gargantua y vint en personne avec son anaee ; alors on appelail les femmes de Nasado les Mies peaux, k cause de la finesse de leur peau qui les (IfsUDguait toutes, et qui etait si grande que Ton voyait h Imvers le vin descendre dans leur gosier. Les soldats se plurent tant dans ce lieu de delices qu'ils ne voulaient plus en partir. Le g^ant sortit de la ville et se mit k les appeler ; comme ils restaient sourds ^,ses ordres, il maudit Nasado, et la mer la submergea. Un troisieme recit, qui ressemble k la tradition qu'Habasque a simplement notee, dit seulement que les habitants de la ville etaient riches et tres corrompus, et que le ciel, lass6 de