‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 22 sur 69 · LES F^GS DBS HOULES · texte numérisé non relu

LES F^GS DBS HOULES

A rexlr6mil6 de la commune de Saint-Suliac, k Tenlr^e de I'anse de la Couaille, est une grolte que Ton appelle Tantre de la F6e du Bee du Puy.

Cette excavation est 61cv6e de quelques pieds au'dessus.du sol. Souveot au coucher ou au lever du soleil, on voit sortir une vapeur blanche, bleue, rose, verte, qui s'^l^ve, s'abaisse, grandit, s'evapore et laisse enfin voir une femme divinemenl belle. On Tappelle dans le pays la Fee ou la Dame du Puy. Souvent elle se prom^ne sur les graves. Ses v^tements brillent de toutes les couleurs de Tarc-en-ciel et les 6toiles p^lissent devant les diamantsquicouronnent son front. Elle s'assied parfois sur le gazon des falaises, et effeuille en revaut les pelales des blanches marguerites. Elle passe, 16gere comme Toiseau, sur les hautes tiges des landes ; elle ne parle a personne, et fuit k la vue de Thomme. Autrefois elle etait souveraine en ces lieux ; aujourd'hui elle pleure sur les rochers deserts sa puissance d6truite.

A sa voix jadis, les vents soufllaient moins fort, les flots se calmaient; et la mer devenait tranquille et transparente comme un lac de cristal. Aussi voyail-on chaque marin, en partant pour lapeche, venir sur la gr^ve sacr6e, offrir ses hommages a lai belle d^esse, qui lui rendait le vent favorable et la p^che aboodante. Les femmes, les soeurs, les

filles, les amantes des absents, venaient deposer de nprabreuses guirlandes de fleurs sauvages h Tentr^e de son impenetrable grotle, gardee par une meute de chiens invisibles, toujours aboyanls et pr^ts h devorer Timprudent qui se hasardait k en forcer Tenlree.

Depuis que le fils de Marie a d^truit le culte des idoles, la grotte de la F6e ne la voit plus si souvent, et, comme elle n*a pas vu sans regret son cuUe an^anti, quand elle se montre dans ses anciens domaines, sa vue n'annonce rien de bon^ et elle laisse souvent sur la greve des traces sanglantes de son passage ; au lieu de prot^ger les humains, elle cherche k leur nuire, et rit de leurs larmes.

On dit qu'un jour, il y a de cela bien longtennps, des bergers revenant des pfliturages trouv^rent k la tonnb^e du jour, k Tentr^e de la grotte, une jeune fille expirante ; ils la questionn^rent, et, avec bien de la peine, ils en obtinrent ce court r6cit :

« Depuis longtemps je venais k cette place atlendre mon fianc6, qui demeure de I'autre c6te de Teau, pres de la Landriais ; il n'avait encore jamais manque au rendez-vous, quand, il y a trois jours de cela, je vis la Fee. Depuis, je I'attends vainement ; le vent et la mer ont 6t6 contre nous, et cependant, je conserverais de Tespoir, si la Fee ne m'etait de nouveau apparue. Hier soir, au lever

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