‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 23 sur 69 · LES F^ES DES BOULES · texte numérisé non relu

LES F^ES DES BOULES

de la lune, j*enlendis derrifere moi un bruit leger comme un petit battement d'ailes. Je me levai promptement, pensant que j'allais revoir celuique j*attendais, et doot la presence avait sans doute effray^ la mouette cachee dans les joncs ; mais je me trouvai en face de la Dame du Puy ; je voulus fuir ; les forces me manquant, je tombai an^antie ^ la place oil vous me voyez encore. Mes jours sout comptes ; allez me chercher un pr^tre ; la F6e m'a dit des choses qui ne me laissent aucun doute sur ma fin prochaine. Mon fianc^n'estplus ! Queferaije iei-bas? Allez, mes amis, h&tez-vous, le temps presse, et mes forces m'abandonnent ».

Les bergers, ne doutant plus de la fatale rencontre, la port^rent sur leurs epaules jusqu'au bourg.

Elle appela son confesseur, r^petatoutcequ'elle avait dit prec^demment, et ayant 6t6 administr^e, elle expira sous les yeux de ses amis.

Le cur6 de Saint-Suliac, suivi d'un nombreux cortege, croix et banniere en t^te, se rendit k la grotte, oil il somma la F6e de comparaltre. Ayant rep6te trois fois sa sommation et n'en ayant pas obtenu de resultat, il Texorcisa et lui ordonna de la part de Dieu de ne plus apparaftre en ces lieux. On ne vit rien, mais on entendit un cri de douleur sortir de la montague, et des imprecations qui glac6rent tons les coeurs furent rep6t6es par les 6chos des vallons de la Ranee. Nul ne mit en doute

que, sans ia presence du pasteur, le troupeau ne serait pas rentre sain et sauf au bercail.

Depuis ce jour, on la voit bien quelquefois se promener au clair de la lune, mais elle s'enfuit, des que Thomme approche Tendroit oil elle se Irouve. Car sur lui elle n'a plus de pouvoir, grSice h rintercession de Marie.

En revenant sur les galets des greves, le cortege trouva un corps inattim6 que les flotsyavaient depose depuis son passage. L'on s'en approcha, et chacun reconnut le jeune marin de la Landriais, le fianc6 de la jeune fille qui, faisant chaque jour la Iraversee de la Ranee h la nage, avait p6ri dans le Irajet, et que la F6e en fuyant avait jet6 comme une derniere vengeance sur les pas du clerge qui le fit enlever et transporter en terre benite.

L'on ne voit plus la Fee que bien rarement, mais Ton garde son souvenir. On donne encore k cette grotte le nom de Grotte-^s-Chiens, parce que Ton y entend toujours comme des grognements de chien suivis d'aboiements lointains.

Suivant une autre legenderecueillie^Saint-Suliac, au lieu meme du Bee Dupuy, par M. Henri Harvut, cette grotte s'appelle aussi le Trou aux Jetins ; la bonne femme qui la lui raconta tenait de son grand'pere que les Jetins etaient des petits hommes, hauts d'un pied et demi, qui sortaient tons les soirs de leur trou pour s^amuser dans la cam-

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