‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 27 sur 69 · LA TERRE · texte numérisé non relu

LA TERRE

La terre bdnie ou maudite

^3^^ ANS la croyance populaire, les actes impor- '^^ tanU qui se sont accomplis dans un pays laissent souvent des traces visibles sur le sol, au lieu mdme oil ils se sont passes. C'est ainsi que des bienheureux out, en foulant la terre, communique une ferlilite esceplionnelle aux abords d'un sentier, et m6me k tout le voisinage. L'herbe pousse plus drue qu'ailleurs des deux coles de la B voyelte " que suivait saint VicLor de Campbon, quand il allaiL s'enlretenir avec saint Laumer, et

les champs par lesquels passa la statue de saint Germain, lorsque, port^e centre son gre ^ Matignon, elle retourna d'elle-m^me k son antique chapelle au bord de la mer, ont une r^colte plus abondante que ceux d'alentour.

Ces lieu;c privilegi^s sont toutefols beaucoup plus rares que ceux qui semblenl frappes d'une sorle de malediction. II y a des endroils ou, pour des causes diverses qui tiennent k la nature du sous-sol, Ton remarque des espaces prives de vegetation, alors que tout aupr^s elle est tres active. Les paysans expliquent par des evenements *surnaturels cette particularity dont ils ne peuvent se rendre compte. A Polign^, pr^s d'un canton appel6 le Bout-de-Lande, s'est livr^e jadis une bataille ou le sang a coule en si grande abondance que I'herbe ne peut plus y pousser, non plus qu'k la place oil vint s'abattre, mortellement blesse, le dragon du Theil. Le sol est vou6 k la sterilite sur Templacement oil se dressaient les fourches patibulaires ; il est bon d'ajouter que celles-ci 6taient, en general, plac^es sur des hauteurs, bien souvent k la lisi^re des laodes.

Mais le plus habituellement la partie denudee dessine la forme de la personne innocente qui y tomba, assassin^e par des malfaiteurs, ou tuee au cours des guerres civiles. A Saint-Germain-sur- Ille, a Chevaigne, il y a de ces espaces qui repro"

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duisent rempreinle d'un corps 6lendu : un pr6tre y a et6 fusill^ ; k Saint-M6dard-sur-Ille, on montrc la marque des pieds, des genoux et de la t^te d'un .cur6 qui y fut frapp6 mortellement, alors qu'il portait le boa Dieu ; un peu plus loin, le saint clboire, echapp6 de ses mains mourantes, a aussi laisse une trace ineffa^able.

A la Bouexiere, pr6s Liffr6, un champ ne produil plus de recoltes depuis qu'un laboureur y a bris6, de colere, la statuette d'un saint qu'il avait prise pour servir de contrepoids k sa charrue.

Ailleurs, i'absence de gazon tient k des raisons lout opposees : elle perpetue le souvenir du passage d'^tres surnaturels, paiens ou Chretiens. A Bains, le sentier que prenait saint Convoyon lorsqu'il allait rendre visile k saint Fiacre, restie k jamais st6rile pour attester les promenades du bienheureux. A Saint-Cast, la « passee des fees » vade la Roulette k Tentr^e de lahoule du Grouiri ; sur toute cette bande les tiges des bles sont moins hautes que dans le reste de la champagne ; non loin de 1^, au lieu dit « le Bal des F6es », ou les bonnes dames venaient danser au temps jadis, Therbe ne pousse jamais * .

1. Au bord du Fremur on remarque sur un petit promontoire, au miUeu des plus riches moissons, un siUon vou^ depuis des si6cles a la st^rilit^ ; on Fappelle « la promenade des f6es ». Le peuple croit que ces dames viennent s'y ^battre la nuit, et qu*elles trouveraient fort mau-

La route par laquelle saint Armel traina le dragoa k la rivifere reste nue et aride sans qu'il y croisse aucune herbe.

Le terrain est nu comme une place foul6e aux endroits otx deux fr^res se sont battus en duel.

En quelques pays, des planles, des arbustes m^me, ne viennent plus paree qu'ils ont et6 temoins de drames ou qu'ils ont 6t6 employes k des aetes coupables : dans le bois de la Chouanniere, prfes de Merdrignac, on ne voit pas de foug^re, alors qu'elle est abondante aux environs : avant d'y 6tre tue, un pr^le I'a maudite. A Arbrissel, cette plante ne crolt pas dans certains cbamps, gr^ce k I'intervention de saint Robert d'Arbrissel, qui eut jadis pitie d'une bonne femme k laquelle les six jours de la semaine ne suffisaient pas pour Tarracher. Sur le terriloire de Saint-Quay et de Brain, depuis que saint Quay et saint Melainey ont ete fouett^s avec ses branches, le gen^t ne pent plus pousser.

Paul Sebillot. Petite legende doree, p. 62, 63, 88, 97, 192, 196 ; Revue des Traditions populaires, t. XII, p. 222; Traditions de la Haute-Bretagne, t. I, p. 383 ; Contes de la Haute-Bretagne, t. II, p. 53.

vais qu'on mit en culture un terrain qu'elles aCfeclion- Deut.(HABASQUE, t. Ill, p. 132).

Les Landes

ES landed oat occupe jadis de vastes espaces en Haute-Brelagne; k la fin du si^cle dernier, Og6e disait que sur un total de 7,240,000 journaux, 3,000,000, soil prfes de la moitie, ^iaient en landes : maintenant cette proportion n'est restee sensiblement la m^me que dans le Morbihan, alors que pour Tensemble de la province, la superficie des landes est moindre d'un quart. On voit que, bien que fort entamees par la culture, leur surface est assez grande pour former parfois des especes de deserts pierreux, k la vegetation rabougrie, oh se trouvent d'etranges accidents de terrain. II n*est done pas surprenant qu'il s'y soit attache des traditions, lors m6me qu'elies ne sont pas parsemees de ces grosses pierres dont nous parlerons plus loin.

II est probable que Ton a attribu6 k des punitions celestes leur aspect desol6, rin/ertilite de leur sol et la petitesse des arbustesou des planles qui y veg^tent ; mais jusquHci, je n'ai rencontre

1^ Li6geNDES locales DE La tlACTE-tehETAGNE

qu'une seule legende qui rentre dans cet ordre d'idees ; il est vrai qu'elle s*applique 2i une solitude don I la vue est bien faite pour exciter r^tonnement, non par son 6tendue, mais par son singulier aspect.

Autrefois, du temps des f6es, la lande du cap Fr^hel n*etait pas comme aujourd'hui couverte de brousses ; elle 6tait occupee par une grande fermc dont les champs bien cultives rapportaient de belles recoltes. Gr^ce aux fees qui habitaient alors les houles du cap, et qui etaient amies du fermier, celui-ci faisait bien ses affaires. 11 possedait des b^tes magniOques et tons les gens des environs enviaient son sort.

tJn jour, un f^etaud se presenla k la ferme et, voulant savoir si le fermier avait bon coeur, lui demanda la charite. Celui-ci, qui ne le connaissait pas, r^pondit : u Je ne donne rien aux vagabonds, allez vous-en. » L'homme s'en alia sans rien dire, el le lendemain il se presenta k la ferme une vieille femme qui pria le fermier de lui donner quelque chose k manger. « Ah I s'ecria - t - il , croyezvous que je vais nourrir lous les faineants qui se pr^senteront chez moi ? Allez vous-en, bonne femme, je n'ai rien pour vous ! » et comme la vieille ne bougeait pas, il la prit par le bras et la mit k la porte. Mais soudain, au lieu de la pauvresse d^crepile qui marchait clopin dopant, il vit devant

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lui une dame belle comme un jour, qui lui dii : a Puisque tous avez si mauvais cceur, autant vos r^coUes ont ei6 bonnes dans le pass6, autant elles seronl mauvaises dans ravenir» ; puis elle disparut. Depuis ce lemps-lSi, le fermier eut beau retourner ses champs^ ils ne produisirent plus rien ; ses fc^tes maigrirent k vue d'osil et finirent par crever; le fermier et sa famille tomb^rent dans una profonde mis^re et il se repentit, mais un peu lard, d'avoir refuse un morceau de pain aux Kes. D'aprfes une autre l^gende', il refusa de secourir trois voyageurs, et, apres les avoir trait^s de faineants et de vagabonds, il les menaga de les faire mordre par son chien s'ils ne partaient pas au plus vite. Les voyageurs, qui n'6taient autres que J6sus et deux de ses disciples, reit6rerent leur demande, mais le fermier demeura sourd k leur appel. Mors Jesus lui dit : « Puisque tu as le coeur si dur, celui qui I'a donn6 d'aussi belles recoltes te les retire : desormais ni toi ni les tiens ne pourront plus labourer ce coin de terre qui fa toujours donn6 de si beaux produits».

J6sus continua alors sa route avec ses deux disciples. Deux jours apr^s il vint un orage qui d^truisit toute la recolle du fermier du Cap et depuis ii eut beau travailler sa terre, il ne put jamais plus rien lui faire produire ; elle fut envahie par les roQces el les Opines, et il mourut dans la mis^re.

On dit aussi qu'il y avail entre la Lalte etle Gap une for^t que GLargantua d^planta k coups de b^ton.

Les hantises des iandes soat assez nombreuses :

Comme il est parfois assez difficile de se reconnattre au milieu de ces mers de bruy^res etd'ajoncs nains, on croil que c*esl sur leur sol, comme sous le convert des for^ls, que Ton est expose k rencontrer le plus frequemment cetle herbe d'oubli ou d'^ga* rement, qui fait perdre la route k ceux qui ont eu la malechance de marcher dessus.

Nombre de lutins passent aussi pour y avoir leurs demeures, qui sont tant6t parmi les debris de monuments m^galithiques, tanl6t simplement au milieu des brousses. lis n'en sortent gu^re pendant le jour; mais la nuit ils aiment k se promeneraux environs. D'apres le D' Fouquel, lorsque le paysan attarde tegagne sa maison en traversant les Iandes de Pinieuc, au pays de S6rent, il accelere ses pas, car bientut vont s'agiter autour de lui des milliers d'ombres, et mille clameurs confuses, mille notes aigues, murmurees ou chanlees, vont se m^ler k la voix grave ou stridente de la brise. S'il ne gagne pas avant la nuit noire la croix de pierre dressee au bord du sentier qu'il parcourt, si minuit sonne avant qu'il ait recite l^ ses pri^res, il n'echappera point aux follets, qui sorlis k cette heure des grottes druidiques, courent et dansent

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sur les bruyeres et se plaisent k ^garer jusqu'au jour ceux que la nuit surprend au milieu d'eux.

Cest pour mettre fin k ces apparitioas et aussi pour servir de points de repere aux voyageurs, qu'on avait eleve au milieu des landes, et en gen6ral sur un point culminant, des croix de granit, comme celle dont il est question ci-dessus et celle de la Lande de Brun en Plemy, autour de laquelle r6daient, sans pouvoir s'en approcher, des possedes qui auraient ete deiivres, s'ils avaient r^ussi h la toucher de la main.

Les ombres de ceux qui y furent victimes d'accidents ou qui tombferent sous les coups d'assassins, aux ^poques oCi la security 6tait si precaire, se montrent aussi sur certaines landes. Ceiles d'Herbignac (Loire-Iuferieure) 6taient parcourues la nuit par Tami Courtais, fant6me de dix pieds de haut, qui poussait des cris lugubres ; celui qui avait I'imprudence de lui repondre 6tait assure de perdre la vie ; les garennes de Saint-Suliac etaient hantees par Jeanne Malobe, filandi^re de nuit, qui allait lessiver son fil au dou6 de Vorvaye, etcourait ensuite qk et 1^ en agitant sa quenouille. Peu d'ann^es avant la Revolution, il y eut deux batailles de chats sur les landes du Mene et sur ceiles de Meslin. La lande de Longue-Raieen Saint M'hervon 6tait le th6toe de diverses apparitions; un homme qui n'y croyait pas, s\ rendit la nuit : il enten-

7G LilGENDES LOCALES DE LA HAUTE-BRETAGNE

dit distinclemeat le son d'une petite clochette comme celle dont on se sert h la messe, et il vit s'avancer vers lui un pr^tre sans t6te, rev6tu de ses oriiements sacerdotaux. De chaque c6le etaient des cierges allum^s que portaient des mains invisibles. Sur les landes, aux environs de Paimpont, on voyail un pr^ti*e recouvert de la chasuble, pr^t h dire la messe, avec des cierges h ses c6t6s. Les gens avaient beau courir ^ perdre haleine, le pr^tre 6tait toujours aupr^s d'eux. lis firent dire des messes pour le repos de TAme du revenant, et ils ne le revirent plus.

C'esl aussi sur les landes que viennent faire penitence, sous forme de papillon, les&mesqui n'ont pas trouv6 place ailleurs, au sortir de la maison 0(1 elles ont quitt6 leur enveloppe morteile.

Revue des Traditions populaires, t.XH, p. 353; Fouquet. Legendes du Morbihan, p. 47 ; Girault de S' Fargeau. Diet . de la Loire-Inferieure ; Elvire de Cerny. S^ Suliac, p. 216 ; Revue des Traditions populaires, t. IX, p. 225; A. Grain. Geographic dllle-et-Vilaine, p. 472 ; Paul S^- BiLLOT. Traditions^ t. II, p. 299.

Les pierres d, 16gendes et les buttes

artificielles

I oiT que leiir presence k rendroit oti on les voit r6sulte dephenomenes geologiques, soil qu'elles aient el6 erig^es de main d'homme, les grosses pierres 6veiilent chez les paysans, que leur masse ou leurs dispositions frappent d'etonnemenl, des idees assez semblables. C'est pour cela que je r^unis ici les unes et les autres.

Celte partie de la tradition populaire a et^ bien etudi6e en Haute-Bretagne, sans que la-matiere en soil 6puis6e. J'en ai parl6 avec detail au commencement du premier volume de mies Traditions et Svperstitions ; depuis M. P. B6zier a public Vlnventaire des Mdgalithes de V Ille'et-Vilaine et son supplement ; M. Pitre de Lisle le Dictionnaire archeologique de la LQire-InfMeure, Je vais essay er de resumer, d'apr6s les 7 ^ 800 pages de ces ouvrages, les croyances que le peuple de nos campagnes professe h regard de ces monuments, en laissant toutefois leur developpement k pen pres entier^

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des 16gendes qui sonl typiques ou qui se rapportent k des fails dont on ne trouve gu^re les similaires.

II n'est pas rare de rencontrer, surtout en certaines contr6es k peu pres incuUes^ d'6normes blocs dont le nombre et les dimensions sont fails pour surprendre: beaucoup ont6t6jetesl^parGargantua qui, au cours de ses voyages, les trouvait g^nanls dans ses souliers ; c*est pour la m^me cause que Ton voit lant de grosses pierres sur la lande de Cojou en Saint-Just, et que deux mille cailloux, haul de qualre k sept metres, pars^meut celle du Haul Rrambien, en Pluherlin, dans le Morbihan francais. Les Jelins, espfeces de nains lr6s petils, mais d'une force prodigieuse, se sonl aussi amuses k en jeler dans les champs. On pretend m6me k Sainl-Suliac, que c'est pour cela qu'on leur a donn6 le nom qu'ils y portent.

Dans le canton de Maure, une grande lande s'appelait la Lande de haul et avail au milieu une pierre giganlesque que Ton designait sous le nom de Pierre droiie, EUe elait, la nuit, le rendez-vous des sorciers qui dansaienl alentour leur sarabande effren^e. C'elail aussi pres d'elle que le vieux meneur de loups r6unissail ses animaux pour leur indiquer la conlree qu'ils devaient devaster le lendemain et le Iroupeau qu'ils devaient d^vorer. On racontait toutes ces histoires aux veillees d'hi-

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ver, el on ajoutait qu'un jour une vieille femme, que personne ne connaissait, p6n6tra dans ce desert. Elle portait dans son lablier un t^norme rocher, et cependant elle marehait prestement sans se soucier de son fardeau. Elle paraissait d^cid^e k fourair encore unelongue route, lorsqu'en passant dans les ajoncs, le filet de son tablier se rompit et la pierre tomba par lerre. « Ah ! s'^cria la vieille, ce n'etait cependant pas ici que je voulais te laisser; mais je vais retourner chez moi changer les attaches de ma devantiere, et je viendrai te reprendre pour te porter tu sais bien 0(1. ». II parait que la vieille demeure loin , car elle n*est pas encore de retour.

Les menhirs, surtout ceux quiaffectent la forme de piliers, el qui parl^sedistinguent nettement des autres grosses pierres, sont les batons de Gargantua, ses instruments, des roches jetees par lui ou par d'aulres h6ros discoboles ; il en est que le diable a laiss^s sur place pendant qu'il s'occupait de la construction du Mont Saint-Michel ; d'autres ont 616 deposes par des fees bd,tisseuses, plus rarement par la Vierge. Quelques-uns sont tomb6s du ciel ou sont sortis de terre pour mettre fln k des luttes fraticides.

A Tcndroit oCi s'elevele menhir du Champ-Dolent fut, il y a bien longtemps, livree une bataille terrible : le sang coulail en si grande abondance qu'il

80 l6gendes locales de la haute-bretagne

faisait tourner le moulin d'en bas; cette pierre immense surgit pour s^parer les deux fr^res qui allaient se massacrer. Non loia de 1^, a Plerguer, la Pierre du Domaine sortit da sol k la fm d'ua combat saoglant oQ il ne restait plus en presence que deux guerriers ; ils cess^rent leur duel, et, s'^iant interroges, ils reconnurent qu'ils ^laient frferes.

L'imagiuatioD aidant, des menhirs isoI6s, mais plus souvent ceux qui sont group^s d'une certaine fa^on, des blocs naturels d'aspect quasi anthropomorphe repr6sentent des personnages p^triO^s pour n'avoir pas observe le repos dominical : c'est ainsi que furent punies les danseuses que Ton appelle les demoiselles de Langon, qui se voient sur la lande de ce nom, des chasseurs et leur meute k Plesse, k Gu(5men6-Penfao et k Tr6horenteuc.

En Ille-et-Vilaine etdans les C6ies-du-Nord, des menhirs que Ton cite, quelquefois aussi des blocs naturels, vont chaque annee, pendant la messe de Noel, se d^salterer dans les ruisseaux du voisinage.

Plusieurs dolmens sont ToBuvre des f^es qui en apportaient les materiaux dans leurs tabliers. Gargantua, le semeur de rochers, le grand b^lisseur megalithique, intervient aussi dans leur construction. On raconte dans la Loire-lnf6rieure qu'il \oulut autrefois jeter un pont d'une lieue de long par dessQS la riviere de Loire ; pour cela il s'en

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fut qu^rir de grosses roches dans le bas pays de Retz et vint les poser 1^, en ayant soin de les piquer debout pour les mieux retrouver. Mais quand il revint les pierres avaient pris en terre, et jamais il ne put venir h bout de les arracher. De colore, il jeta 1^ toute sa charge de cailloux, p61e-m^le les uns sur les autres, et oncques depuis le grand pont de Loire ne s'est b^ti.

Dans ce meme pays, un jeu du geant sert h expliquer la disposition de groupes megalithiques oil se voient des menhirs et des dolmens pen distants les uns des autres. Un bonhomme raconta h M. Pitre de Lisle que le menhir qui se dresse pres de Donges s*appelait la Galoche de Gargantua, et qu'autrefois la graude table du dolmen, qui est maintenant k quelques cents pas de 1^, elait posee sur le bout de la galoche et lui servait de piece. Mais il arriva que Gargantua, passant un jour au paysde Retz, avisa de I'autre rive cette gigantesqueamusette et se mit en devoir de I'abattre. II prit pour cela ses palets, qui sont des meules en pierre de grison, trois fois lourdes et grosses comme nos meules de moulins, et les fit voler par dessus la grande lieue d'eau saumA^tre qui coule en cet endroit. S'ils tomb^rent croix ou pile, on n'en sait rien encore, mais un fait bien certain, c'est qu'au dernier coup la pierre fut enlevee de dessus la ga- Joche, puisqu'on la voit maintenant juste k Ten-

droit oil elle est tomb^^, et que le palet Vint s'a* battre bien loin de 1^, (out au beau milieu de la Gagnerie du Prieur.

Les noms le plus souvent donnas aux dolnaens rappellent la croyance, non encore compl^tement eteinte, d'apres laquelle ils furent 6rig6s ou habites par des fees, donl les gestes sont tres apparent^s k ceux de Margot la F6e, dont il sera question plus loin, et qui avaient souvent de grosses pierres pour demeure ; certaines appellations, comme celles de la Table Margot k Pordic, montrent m^me assez nettement la parents. Ils 6taient, comme les autres m^galithes et les pierres h legendes, Tobjet d*une sorte de crainte quasi-religieuse, et Ton n'en approchait pas volOntiers la nuit, de peur de voir les fees qui y dansaient des rondes, ou les lutins qui les hantaient. Des noms caract^ristiques, que Ton rencontre surtout dans le sud 4e la Haute-Bretagne, le chateau des Poulpiquets k Questembert, la Maison des FoUets h Saint-Grave, indiquent que des nains y demeuraieut. C'est probablement k ce dernier endroit que se rapporte la singuliere legende qui suit, recueillie par M, C. Herpin non loin de 1^, k Rochefort-en-Terre.

Un jour une servante, qui elait quelque pen sorci^re, 6taitall6e puiserde I'eau k la fontaine de Brambien ; elle n'en revint jamais, et k sa place

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^on vit sortir de la for^t une femme qui lui ressemblait k s'y m^prendre, et portait sur sa t^te Timmense pierre qui couronne le dolmen appel^, dans le pays, la Maison des Follets. Ce fardeau ne Temp^chait pas de filer, tout en marchant, mais au lieu de Gler du lin, elle filait des lutins et ees lutins, elle les cachait sous la pierre qu'elle etait allee querir k la maison des follets. Quant k ces lutins, ils profitaient du moment 0(1 les paysans ^taient aux champs pour voler leur beurre, leur lait, leurs moutons, leurs petits enfants. C'est ainsi qu'un des fr6res de Malaboeuf, le conteur de M. Herpin, fut vol6 par les lutins et k sa place la servante d^posa dans son « b^re », un des petits lutins qu'elle filait au fuseau.

D'apr6s Verusmor, les Poulpiquets de Questembert etaient tr^s petits, leur tete n'avait gu^re que la grosseur d'une orange, plusieurs ^talent veins, et ils etaient tr^s d^bauch^s. lis ne quittaient leur maison que la nuit pour aller danser autour des monuments megalithiques et jouer des tours aux paysans. Celui auquel ils se divertissaient le plus consistait k exposer dans des lieux apparenls, sous pr^texte de les secher au soleil, de beaux ecus neufs. Celui qui y touchait 6tait frapp^ imm^diatement de mort. Un jour un paysan saisit un vieux matou et le jeta de loin sur le tas de monnaie ; Tanimal tomba raide ; mais

aussiUM les 6cus perdirent lear 6bloaissanie lumi^re et reprireot I'^clat ordinaire de Targent ; il s'en approcha, et ne ressentant aucuD mal, il les emporta chez lui.

A Roz-sur-CouesnoD, de petils hommes pas plus gros que le pouce, vivaient sous lerre, dans un lieu dit la Maison des Feins, ou M. B^zier suppose, avec assez de vraisemblance, qu^il y avail autrefois un dolmen, comme k Tress^, oii un de ces monuments, celui-l& habits par des f^es, est connu sous ce mdme nom.

Au' Gh^tellier une s^rie de rochers naturels forme une sorte de petite grotte, et les paysans disent que lors des changements de temps, on voit de la fum^e s'6chapper d'entre ces pierres: c*est 1^ que le diable vient faire cuire ses gaieties et Ton montre la pierre sur laquelle ii depose sa a tuile ». Suivant d'autres il y fait de la fausse monnaie pour acheter ceux qui se vendenl k lui.

Bien que cet ouvra^e Iraite surloul des 16gendes, et que j'aie parle aiileurs avec details des superstitions prehistoriques, je crois devoir signaler ici une pratique, assez frequemment conslatee, qui, en g^n^ral, s'applique k des blocs naturels plut6t qu'^ de veritables m^galithes : pour se marier plus* vite, des jeunes lilies montaient sur le haul des pierres el se laissaient glisser tout du long ; quelques groupes ont m^me des

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noms qui rappelleut ce rite assez singulier ; ce sont les « Roches Ecrianles », de eerier =glisser. Quelquefois les croyantes faisaient k la pierre Toffrande d'un morceau d'6toffe ou d'un ruban.

Les tumuli, qui ne se distinguent pas toujours facilement des mottes f(5odales, passent pour recouvrir les restes de personnages importants ou pour rec^ler des tresors ; celui de Duretal pr^s La BouiiUe, d'apres VAnnuaire des Coles-du-'Nord de 1869, a ete construit pour garder une barrique d argent qui se trouve en son centre, comme sous la Butte aux Blaireaux en Messac, et la Butte de Baron k Guipry ; la lerre dont ils sont formes ne diminue point, et si Ton en prend pour la mettre dans les champs elle porte malheur aux recoltes. Au reste, de m^me que les menhirs et les dolmens, il est dangereux de les detruire.

On y voil la nuit d'etranges apparitions de revenants ou de dames blanches ; du tumulus de Crehen sortait une lavandi^re qui allait laver son linge k lArguenon. La legende qui suit dohne une id6e des hantises diverses qui s'attachent ^ ces buttes, qu'elles soient prehistoriques ou qu'elles ne remontent qu'au moyen ^ge.

A Guipry, une motte feodale, la Butte de Baron, dite aussi Danse des Dames, etait autrefois hant(§e par des femmes vetues de blanc, qui y dansaient

desrondes pendant toute la longueur des nuits en chantant le refrain :

. Nous danserons dimanche, dimanche, Nous daoserons dimanche.

Si un voyageur attarde avail le malheur de m^ler sa voix k celles des danseuses, ii 6tait incontinent, et sans savoir comment, porte sur le haut de la butte et enchain^ dans la ronde : les dames le gardaient et toutes les nuits il dansait, jusqu'Si ce qu'un autre passant, aussi imprudent que lui, vint le remplacer. Beaucoup de chercheurs de pain, pris ainsi, ne sont jamais revenus.

Cette butte etait aussi le sejour de fees espiegles qui s'amusaient k jouer des tours aux gens attardes qui passaient par 1^ en revenant des foires. Si un paysan cessait un instant de faire attention k I'animal qu'il ramenait, celui-ci disparaissait lout k coup pour se montrer, quelques minutes apr^s sous un rayon de lune, tant6t k droite, tant6t k gauche, sur le sommet d'un tertre ou dans le fond d'une coulee. Lass6 de ces courses, le paysan s'endormait, et le lendemain, k son reveil, il voyait sa bete paissant pres de lui. D'autres fois les f^es substituaient une chevre au cheval que montait le fermier, ou bien arrive k la porte de son stable, il s'apercevait que I'animal qu'il tenait en laisse 6tait un chien, un chat ou ua oi-

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seau, qui disparaissait subitement. Apres s'^tre exlenu^ k rechercher sa Wte, s'il renlrail k la maisoD, il la trouvait tranquillement couch^e dans son ^curie. Souvent une fee accostait le voyageup egar^, le pilotait jusque chez lui k travers la lande et s'asseyait ^ son foyer : mais quand le paysan revenait apr^s avoir lir6 un bon coup de cidre au petit fausset pour le lui offrir, elle avail disparu.

fx

La plupart des grosses pierres, que ce soient des roches naturelles ou des megalithes veritables, passent, comme presque tous les endroils remarquables, pour recouvrir des tresors.

A Besne, dans la Loire-Inf6rieure, celui qui pourrait creuser juste au milieu de Tespace compris entre trois menhirs d^couvrirait une grosse somme d'argent ; k Luitr6, un menhir garde un tresor considerable : un merle vient tous les cent ans, pendant la nuil de Noel, soulever la pierre et le mettre k decouvcrl, mais il ne pent soutenir que pendant un instant ce pesant fardeau, et Timprudent qui se risquerait k ce moment serait certainement ecras6. A Dompierre-du-Chemin, une pierre myst^rieuse cache Tentr^e d'un palais feerique, qui renferme d'immenses richesses. En se pr^sentant avec une baguette de coudrier k la

main lejourde la Saint-Jean, au moment oti le soleil darde ses premiers rayons, on pourrait jouirde ee merveilleux spectacle ; mais il serait dangereux de tenter de prendre quelque chose, car un dragon veille, pr^t^ d^vorer celui qui ferait mine d*y toucher. Les Beillons de Fouesnard, k Langon, sont des rochers naturels sous lesquels sont enTouis des tr^sors : des inscriptions cabalistiques pr^cisentTendroit ou ils sont ; mais on ne pent les d6chiffrer qu'apres avoir fait un pacte avec le diable. D'apres le dire des paysans de Saint-Just et des environs, des louis d'or sont caches sous la Gree de Cojou.

De m^me que tons les autres, les lr6sors m6galithiques sont difGciles k se procurer : lorsqu'on creusait autour du Gres Saint-Meen, la cave faite pendant Ic jour se fermait, chaque nuit ; d'autres sont gard^spardesanimauxfantastiquesoupar des personnages surnaturels, dont Tapparition est terrifiante ; des flammes sorlent de terre ; enfin il ne faut ouhlier aucun des rites presents, dont le plus habituel consiste k garder, pendant toute Top^ration, un silence absolu.

Jadis les pierres poussaient en Haute-Bretagne : mais depuis qu*elles ont ele conjur6es elles ne profitent plus ; il y a^pourlant des exceptions: ^ Janze, k Bourg-des-Comptes, dans la for^t de Haute- S6ve, on croit encore que plusieurs opt Qonserv^

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ce privilege. En certains points, de la Loire-Inf^rieure, les gens du pays n'admettent pas que les menhirs aient ^t^ places debout de main d'homme ; pour eux ce sont des rochers qui ont pouss^.

Les pierres qui diminuent sont plus rares :

cependant la lune mange peu k peu le menhir du Champ-Dolent, et il s'enfonce insensiblement et progressivement en terre, d'un pouce tous les cent ans ; le jour 0(1 il disparattra (out k fait sous le sol sonnera Theurc du jugement dernier.

Ce n'est pas la seule pierre fatidique de notre region. Plusieurs dictons assurentque notre globe p6rira quand tomberont certainesquel'on nomme. On dit k Pleine-Foug^res :

Quand la Roche-Biquet tombera Le inonde Dnira ;

Et k Dompierre-du-Chemin ;

Quand la Pierre D^goutianie tombera Le jugement viendra.

Paul Skbillot. Gargantuan passim ; Revue des Traditions popul aires , t. XII, p. 502 ; P. Bezier, Inventaire, p. 30; Paul Sebillot. Trad,, t. I, p. 35,30, 32, 5; Pitre DE l'Isle. Fouilles du dolmen du GrandCarreau vert, 1886; Fouilles du tumulus de la Roche ; Nantes, 1881 ; P. Bezier. Inventaire, p. 48, 109. Supplement, p. 32, 12, 105; Paul Si^BiLLOT. Trad., 1. 1, p. 48-51; Pure de Lisle du Dreneuc. Sain^-iYazaire, p. 13; P. Bezier. Inventaire,

90 L^GENDES LOCALES DB U BAUTE-BRGTAGNE

p. 77-81; Supplement, p. 78, 104, 119; Pall SftfliLLOi. Traditions, t. I, p. 42; Paul S^billot. Additions aux coutumes, etc., p. 30; Traditions, t, I, p. 31; Pure de Lisle. Stations paieolithiques de la Loire-lnfiTievre, 1878, p. 8 ; P. BfiziEH. SuppUment, p. 15, Inv. p. 52, G7, 83, 106.

Les Emprelntes

Q^ es empreintes que les fees lerrestres ont lais- ^ aZS sees sur les rochers, sans ^trebienrares,sont, k ma coDnaissaoce, surtout frequentes dans la partie qui avoisine le massif du Men6 (C6tes-du- Nord). A Plemet, une petite cavit6, k droile J'un rocher qui affecte la forme d'un fauteuil grossierement taiile, est la marque du coude d'une fee ; au Gouray, au lieu dit le Cas-du-Rocher ou rH6te (maison) des f6es, on pretend voir le pied des Margot, les clous de leurs sabots, leur lit, leur oreiller ; non loin du bourg de Saint-Glen, limitrophe du Gouray, on montre des objets analogues, et on les retrouve sur le tertre de Crokelien, ainsi que sur d'autres collines du Gouray, que Ton assure avoir ete naguere la residence de fees locales ; k la Martiniere, commune de Peaulx (Loire-Inferieure)> une 6norme entaille sur un rocher a 6t6 faite par la scie des fees, qui leur tomba des mains au premier chant du coq, alors qu'elles construisaient le pdnt de Saint-Martin.

02 LilGENDES LOCALES DE LA HAUTE-BRETAGNB

Quaot au diable c'est par douzaines que la Iradition populaire enregistre ses traces : A Bazouges-sous-H6de, sa sangle est marquee sur un menhir par une rainure ; sur la face oppos^e son dos a produit un creux ; lam^me l^gende s'attache k un autre menhir dans la m^me commune^ k une pierre en Dinge, k une Epaul^e du Diable k Parign6, k une pierre du Diable ^ Louvign6-du-D6pert. Dans I'Ue d'Herreu (Loire-Inferieure), od Ton remarque un grand nombre de roches dont la surface est couverte de bassinset de cercles, Tun d'eux est appel6 la Cuisine du Diable, et les habitants y voient les marmites, les poelons et le lit oCi il eouchait.

Dans le nord-est de rille-et-Yilaine, les pierres k bassin portent le nom g^n^rique de « chaises du diable » et c*est k lui qu'iis doivent leur forme : k Louvign6-duDesert, il se metamorphose en bouc pour s'asseoir sur Tun de ces sieges; au Tertre-Girault en Saint-Briac, ilvient aiguiser ses outils sur un rocher k 6cuelle.

Les creux d'un bloc naturel a Plerguer, dit « le Chateau du Diable » porte les empreintes d'une main ouverte, de la partie sup^rieure d'une lete humaino et d'un poing, et elles constatent I'effort que fit Satan lorsqu'il essaya de Temporter pour construire le grand Mont. Lorsque le diable s elan- 9a de Beaufort en Plerguer k Mireloup pour se ren-

LES EMPRGINTBS 9^

dre au Mont-Dol et de 1^ au.Mont S'-Michel, il fit UQ tel effort que le rocher en garda la trace de son pied : c'est la cutette d^une pierre h bassio ; le pied du diable au Mont-Dol marque un autre de ses ^lans. Dans la commune de H^non, au lieu dit le Gas Margot, un talon, profond<§ment marqu^, est dii au diable qui, pour franchir la vallee, frappa tr^s fortement du pied sur un rocher.

Au village de la Routoire, commune de Pl^my, pr^s Moncontour, plusieurs rochers Emergent du milieu d*uQ pre. Deux d'entre eux portent chacun une empreinte de pied de grandeur diff^renle. Dans leurs ebats nocturnes, Mourioche et sa fille ont ras6 la terre de trop pr6s et out touche ces rochers, y laissant cetto double empreinte. Mourioche est un lutin proteiforme, tr^s populaire en Haute-Bretagne. (Cf. Sebillot. Traditions, I. I, p. 162). Ordinairement il a une forme animate ; c'est la premiere fois que j'entends parler de sa fille.

La barrc blanchd.tre qui se d^tache tr^s visiblement sur le ton gris du granit de Pierre-Longue en Saint-Samson, pr^s Dinan, est la marque d'un coup de fouet dont le diable cingla ce beau menhir un jour qu'il etait en colere.

94 L^GENDES LOCALES DE LA HAtTE-BRETAGNE

Bien des personnages sacr^s ont laisse sur des rochers la trace de leur passage : k Iffendic, une pierre h bassin est connue sous le nom de Pas de Saint-Martin ; k Pierne, on voit le pied de Tun des moines qui transporlaient le corps de saint Guingalois (Guenol^j ; h Guiguen est Tempreinle de la main du saint moine Pierre Morin ; k Saint- Viaud, les pieds du saint, son bd.ton, son livre, son br^viaire ; pr^s Moncontour, on montre les pas de la Vierge et du petit J6sus.

D'autres bienheureux, en prenant leur 61an, ont profond6ment grave leurs pieds dans le rocher, comme saint Michel au Mont-Dol et saint Valay, pr^s de Dinan.

Une tache blanche sur un rocher pr6s de Moncontour a et6 form(§e par une goutte de lait de la Vierge.

Non loin du petit ruisseau le Due, pres d'un endroit appele les ChMeaux, dans la banlieue de Ploermel, on montre Tempreinte que laissalepied de saint Armel, quand il precipita la guibre dans ce ruisseau ; une autre version Tattribue ^Gargantua, qui en a d'ailleurs laiss6 bien d'autres.

A 1500 metres du bourg de Saint-Jacut-du-Mene, on remarque sur un rocher une sorte de depression qui ressemble k un pied d'homme. Gargantua monta dessus et fit un effort pour s'6lancer sur une autre pierre, ^trois kilometres plus loin. Son pied

LES EMPRClINTES 9

y est reste grav6, ainsi que sur celle qu'il atteigbit en sautant. C'est en prenaQt son elan pour aller h Jersey qu'il y laissa sur un rocher pr^s du fort La Latte la marque de ses pieds qu'on y voit encore ; a la lisiere du bois du Meurtel, aussi en Pl^venon,, une autre empreinte lui est attribute.

A Bains, on montre sur les rochers, pr^s du passage de Boro, les sabots du coursier d'un seigneur de Bains, Rouarday Joue-Rouge, sorte de g6ant qui, partant pour la croisade, frauchit cet espace d'un seul bond de son cbevai.

Sur les confins de Doinpierre et de Luitr6, un groupe de rochers est d^sign^ dans le pays sous le nom de Sauf-RoUand. Ce sont deux 6normes masses de quartzite s^parees par une vallee, au fond de laquelle coule un petit ruisseau, appel6 la Canlache. On dit qu'un cavalier l^gendaire aurait frauchi Tespace de cent metres, et Ton montre gravies sur lapierre, les traces d'un pied de cheval. L'abbe Bucheron a public cette legende avec les details romanesques dans le Magasin Univcrsel, 1836-7, p. 195. M. P. B^zier a recueilli dans lepays, la legende qui suit, ou le nom de Rolland a 6te substitu6 arbilrairement k celui d'un autre personnage ou d'un heros anonyme.

Roland venait de guerroyercontre lesSarrasins, et il rentrait dans ses domaines oti Tattendait impatiemment sa dame. Au lieu de suivre le chemin

96 LilGENDES LOCALES DE LA BADTG-BRETAGNfi

ordinaire, ce qui robligeait k faire unlong detour, il voulut, pour abreger sa route, fraochir le ruisseau de la Cautache. Son 6cuyer, cherchant a Ten dissuader, lui fit observer que son cheval etaii trop fatigu^ pour franchir d'un bond le precipice qui se trouvait devant lui. Roland ne tint pas compte de cette observation, et, pour prouver que son vaillant coursier ^lait encore plein de force et de vigueur, il T^peronna ^nergiquement en criant : « Pour Dieu I » Rapide comme T^clair, le cheval franchit Tespace.

Roland le fit tourner bride et s'ecria : « Pour la Vierge ! » et pour la seconde fois, le cheval passa, rapide comme le vent, au-dessus du vallon.

« Pour ma dame ! » s'6cria Roland. Le coursier s'^langa pour la troisieme fois, mais ses pieds gliss^rent sur le bord de Tabfme, et, dans leur chute, cheval et cavalier Irouvferent la mort au fond du ravin.

Non loindu Saut-Rolland est la Pierre D6gouttante, ainsi nomm^e parce qu'elle distillecontinuellement des gouttes d'une eau transparente qui tombent dans un bassin creuse profond^ment dans le flanc du rocher. D'apr^s une tradition, ces gouttes d'eau sont les larmes de la dame du paladin qui, inconsolable et invisible k tous les yeux, pleure son bien-aime jusqu'^ I'heure du Jugement.

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