LES FONDRIERES ET LES MARAIS 1G
On m'a racont^ dans le m^me pays qu'un de ces conduits souterrains avail son ouverture k une distance encore plus grande. 11 y aaupres de Collin6e, un champ qu*on appelle les Kasalores, et qui jadis 6tait en p^ture. Un jour, un taureau qui courait apr^s une vache tomba dans une tourneou^re qui s'y trouve. lis disparurent sous terre, et allerent jusqu'^ une prairie auprfes de Nantes, ou tons deux s'attir^rent sans avoir eu le moindre mal. Le propri^taire de la prairie s'empara des deux Mtes et les garda. Quelque temps apr^s, leur premier maitre se trouva ct passer pres de Nantes, et comme il lui semblait reconnaitre son taureau et sa vache, il se mit k les regarder pendant longtemps. Celui h qui 6tait la prairie lui demanda s'il connaissait ces betes. « Oui, r^pondit Thomme qui s'appelait Pierre Lenormand ; elles sont ti moi. — Ah ! r^partit I'autre ; vous dites cela sans doute pour me les attraper ! — Non, dit Pierre Lenormand, c'est bien vrai qu'elles sont k moi : un jour qu'elles 6taient aux champs, elles ont disparu dans une tourn6ouere. — Eh bien, dit le monsieur, voici une oie et un collier de jonc : mettez-les dans la tourneouere ; si Toie cl iaquelle vous aurez pass6 lecollier vientjusqu'ici,je vousrendrai vosb^tes ». D6s que Pierre Lenormand fut de retour, il jeta Toie dans la tourneouere, etelle vints*attirer dans la prairie aupres de Nantes ; le monsieur, recon-
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naissant que Pierre lui avail dit la verite, lui rendit ses b^tes. Pierre Lenormaad fit mettre une porte sur la lourn6ouere ; mais elle fat enlcv^e, el depuis, quand les vaches s'aventurent h pdturer en eel endroit, elles disparaissent.
C'esi A, un englonlissemenl que Ton attribue une sorte de malediction qui s'altache h une prairie, dite le Pr6-au-Jus. Tout pr^s de cette prairie, que longe la petite riviere TEvran, fut autrefois un 6tang et les eaux lourbillonnaient k un certain endroit. Or une famille enti^re — d'aucuns disenl qu'elle 6tait en voiture — tomba dans cet ^lang, un jour qu'elle passail par le chemin k mi-coteau qui se Irouve au-dessus : cHe s'y noya, et jamais la « toumeou^re » ne rendit ses victimes. Depuis , Tetang fut converti en prairie, mais la tradition veut que le foin qui y pousse ne soit jamais renferm6 sans avoir ete mouille ; m^me par des anuses de secheresse comme celle de 1893, la pluie est toujours venue pendant qu'il etait sur le pr6 Le fait est connu k plusieurs kilometres a la ronde, et quand le besoin d'eau se fait sentir, les laboureurs disent que les fermiers du Vauclerc tardent k faucher leur herbe. Chaque annee on s'interesse h cette fenaison, car Ton serait desireux de voir le proverbe en d^faut ; mais chaque annee celui-ci a raison et jamais, de m^moire de vieillard^ la pluie n'a manqu6 de tomber.
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Les marais et les fcHidrieres, comme IgvS lacs et les ^latgs, recoiivrent aussi des villes ou des edifices qui s'y sont abimes. Suivanl une tradition populaire, le bourg de Soulvache etait autrefois une ville, et Ton montre, au nord du bourg, un petit marais dans lequel elle s'e^t enfoncee, D'apres la legende locale, Teglise primitive du Theil aurait et6 engloutie let ou se trouve encore la prairie de saint Mainboeuf.
A Radenac, le peuple parte de cloches enfouies dans une sorte de fondri^re, non loin de la fontaine de Saint-Armel. Elles sonnent toutes seules pour appeler les fideles k la messe de minuit.
Les abords de certains marais sont hantes : on v voit des apparitions de dames blanches, de lutins et d'esprits malfaisants ; ceux qui avoisinentle lac de Grand-Lieu, sont, suivant les habitants du pays, peuples de farfadets. Les voyageurs qui s'y ^garent la nuit doivent etre assez prudents pour ne pas suivre leslumieres trompeuses que leur presentent ces malins esprits.
Je resume, d'apres un roman de Paul Feval, une
tradition, dont le canevas avait pu lui ^tre donne
non loin de Tendroit 0(1 il a place la scene. La
femme blanche des marais est une noble chd-
telaine qui revient de nuit visiter ses anciens
domaines et glisse sans radeau ni barque sur les
eaux Iranquilles des marais de TOust. Elle est gran-
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de, belle et inajestueuse. Les soirs d^aulomne, quaad Tair est calme et chaud, on la voit parfois grandir et toucher du front les etoiles. Si le vent des nuits se I6ve, fille se met k osciller lentement, puis les plis de sa robe deviennent diaphanes ; la lune perce les longs flots de ses cheveux. Le lieu ou elle se tient d'ordinaire est situe au milieu des marais. Toutpres de \h TOust et une autre riviere croisent leurs courants, ce qui determine un torrent fort dangereux en tout temps, et qui devient lors de la crue des eaux un veritable gouffre ; le jour on le voit de loin bouillonner et lancer vers le ciel une vapeur blanch^tre ou teinte des couleurs de Tarcen-ciel. La nuit on ne voit que la femme blanche. On raconte que la dame Ermengarde de Malestroit, pour sauver son p6re poursuivi par les Frangais, se laissa entralner par le torrent, et y pc^rit ; k sa suite se noyerent ceux qui la poursuivaient montes sur un autre chaland. Depuis cejour elle revient chaque nuil planer au-dessus du gouffre qui fut son tombeau, parce que sa mort fut volontaire el qu'elle sauvaainsi son pere au moyen d'un p^che. Dans un marais pr6s de I'etang de Bossac, en Pipriac, existe un tonneau plein d'or et d'argent qu'on ne pourra prendre qu'en y altelant quatre boeufs d'une blancheurimmaculee ; il (audra aussi que le bouvier ne profere aucune parole avant d'etre sorti du territoire de Bossac. Jadis un