‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 48 sur 69 · LES TEMPLIEBS KT LES MOINES ROUGES · texte numérisé non relu

LES TEMPLIEBS KT LES MOINES ROUGES

d'alentour ; on dit m^me que les recteurs des paroisses voisines avaient adopte une sonnerie sp6ciale qui conseillait aux gens de faire attention k leurs Mtes et k leurs filles, parce que, comme on disait, les Ploubalay etaient dehors. Parmi eux il y en avail cinq, plus m6chants que les autres, qui partirent pour Malignon, se promettant d'y ranconner les gens. L'un d'eux pourtant n'etait pas enli^rement corrompu et il avail plus d'une fois soigne ceux qu'avaient blesses ses compagnons, ou restitu6 la part du bulin qui lui revenail. Comme ils passaienl par Tregon, ils rencontr^rent un chevalier mont6 ^ur une maigre haridelle, et suivi d'un seul servileur assez pauvrement v6tu. 11 leur demanda quel chemin il fallail prendre pour arriver k Saint-Jacut-de-la-Mer. Au lieu de lui repondre, les quatre coquins Tattaqu^rent h Timproviste, tuerent son valet et s*acharnerent k le frapper lui-meme jusqu'au moment oti il ne donna plus signe de vie. Apr^s avoir pris au maitre et k son servileur ce qu'ils avaient d'argent, ils continuerent leur route, sans s'occuper du cheval qui leur paraissait de trop pen de valeur. Le voleur compalissant resla en arriere de ses compagnons pour rendre les derniers devoirs k ceux

cb^leau de la Roche-Gouyon est appel^ aujourd'hui le Fort La Laltp, et le^ Gouyon de Matiguon en out^t^ poesesseurs jusqu'a la fin du xvii'^ siecle.

qui veoaient d'etre tu6s. II creusa une fosse assez profonde pour contenir deux corps, et il y deposa d*abord le cadavre du serviteur ; mais comme il souievait le chevalier, il s'apercut qu'il respirait encore. II courut^une source qui se trouvait dans les bois de la Villegueury, et en rapporta un pea d'eau, h Taide de laquelle il fit revenir le chevalier. Quand celui-ci eut repris ses sens, il remercia rhomme qui Tavait secouru, et lui conseilla dialler rejoindre ses compagnons. « Non, dit le voleur ; je ne vous abandonnerai pas dans Tetat ou vous ^les ; laissez-moi vous remettre sur votre cheval, je le tiendrai par la bride, et vous conduirai a un endroit oil Ton pourra vous soigner. — Bien grand merci » repondit le chevalier, et quand il se fut souleve k Taide du voleur, il se mit en selle aussi ais^ment que s'il n'avuit eu que vingt ans, et que s'il n'eAt jamais et6 blesse. A peine Thomme de Ploubalay, qui se nommait Jean, eut-il pris la bride du maigre coursier, qu'il se sentil souleve de terre et comme porte, etil put sans nuUe fatigue suivre le galop rapide du cheval. En arrivant k Malignon ilvit sesquatre compagnons que les soldats de M. de Gouyon emmenaient a la Roche-Gouyon pour y ^Ire pendus. « Mon fils, lui dit le chevalier, si vousn'aviez pas ete charitable, vous auriez eu le sort de ces malheureux : que Dieu et la Vierge vous gardent » ! lis travers^rent

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