‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 49 sur 69 · LES TEMPLIERS ET LES MOINES ROUGES · texte numérisé non relu

LES TEMPLIERS ET LES MOINES ROUGES

Matignon sans s'y arr^ter, et arriv^rent h la chapelle du Temple de Pl6boulle lorsque la nuit 6tail dej^ close depuis longtemps. Jean fut bien 6tonn6 de voir qu'elle ^tait splendidemenl eclairee ; la porte s'ouvrit d'elle-mdme, quand son compagnon se pr6senta, et il le suivit. Le chevalier se prosterna sur les dalles, et, apr^s y Hve reste longtemps en prieres, il se releva et dit h Jean : « Je suis le grand-Maitre des Templiers, les chevaliers sans peur et sans reproche ; vous m'avez sauv6 la vie sans savoir qui j'etais, et Dieu m*envoyait vers vous pour vous retirer de la voie que vous suiviez; car si jusqu'ici votre bon coeur vous avait rendu moins mechant que vos compagnons,^ vous auriez fini par devenir comme eux. Vous avez beaucoup k expier ; mais votre charit6 vous a d6j^ fait obtenir un peu de mis^ricorde. Voulez-vous retourner dans le monde oh vous vous perdriez encore peut-^tre, ou rester ici k jamais ? » Jean repondit qu'il resterait avec le chevalier. Depuis il vit dans le souterrain qui conduit de la chapelle k lavieille tour dont on voit les mines sur le tertre de Montbran. Quelques personnes Tout apergu lorsque, par les nuits sombres, il quitte sa retraite ignor^e des hommes pour se promener parmi eux. Sa barbe est si longue que, pour pouvoir marcher, 11 lui faut la relever et la mettre sur son tSpaule, et elle est si touffue que Ton dirait qu'il porte un sac

de grains. Souvent la chapelle semble entour^e d'etranges claries ; c'est alors que les spectres des compagnons de Jean viennent le supplier de les prendre en pitie et d*interc6der pour eux.

Quelques representations qui subsistent encore sontrattacheesparlepeuple k ces moinesguerriers: h Garentoir on voit une statue en bois assez fruste^ dite le tombeau des Templiers ; elle est reproduile dans la monographic de Tabb^ Le Claire. A la chapelle Sainte-Catherine en Lizio, que Ton disait avoir ete construite avec les debris d'un prieure de Templiers, deux moines rouges ^talent peints sur un vieux tableau.

Habasque, t. II, p. 351, t. Ill, p. 100, t. II, p. 262, 353 ; Paul Si^.billot, Les Souvenirs historiques en Breta- (jne, t. I, p. 11 ; B. Robidou, Histoire et panorama dhin beau pays, p. 214; Goud^, Histoires et leg, de Chateaubriant, p. 323 ; Regis de l'Estourbeillon, Legendes d'AvcssaCj p. 7, 8, etc. ; Revue des Traditions populaires, t. XII, p 355, t. XIII, p. 591 ; Cayot-Delandrk, Le Morbihan, p. 300.

Les Moines

E souvenir des moines se rattache h un jj certain nombre de lieux-dils, dontquelquesuns sont Tobjet de croyanees l^gendaires.

Dans le bois de la Mare en la Poterie, une bulte k pen pr^s ronde, probablemenl feodale, s'appelle le « chfltteau des Moines » ; le fosse qui Tentoure est souvent a sec, et Ton y voit les traces d'un puits, connu sous le nom de « Puits des Moines *> ; il contient un Iresor, que plusieurs personnes ont essay^ de retrouver, mais jamais elles n'ont pu creuser assez profondement pour Tatteindre ; h chaque tentative il survenait de la pluie et de Torage qui forgait k interrompre les travaux.

De m^me que les chateaux, certaines abbayes passaient pour avoir des souterrains qui, eux aussi, s'etendaient fort loin. A Tr6vron, un p^tre raconta k Bertrand Robidou qu'une anfractuosite creus^e au-dessous de la Roche aux fees de Lehon communiquait avec le monastere de Lehon, k cinq kilometres de 1^.

3C LGGENDES LOCALES DK LA HAUTE-BRETAGNE

Les recits populaires ne sont pas beaucoup plus indulgents pour les moines que pour les Templiers. Quelques-uns les repr^sentent comme peu scrupuleux it regard du bien d'autrui ; un bonhomme qui a achele un beau cochon t la foire va demander Ihospitalit^ k ua couvent de capueins ; pendant la null, on met h sa place un vieil kno dont il est forc6 de se contenter ; mais, peu apr^s, le bonhomme se d^guise, d'abord en fille, puis en m^decin, bat le supi^rieur, el lui exlorque de Targent; les moines de Saint-Jacut volent I'Ane d'un meunier, puis un des fr^res se presenle, la corde au cou, et fait accroire au mailre du baudet que, pour ses p6ches, il avail ele change en dne et que sa peine vient de finir. C'esl la localisation d'un vieux conte qu'on retrouTe en mainls endroits.

Le peuple, d'accord en cela avec Thistoire, attribue aux moines plus de finesse qu'aux seigneurs; et Ton en trouvera plus loin des exemples ; je ne les donne pas ici, parce qu'ils m'ont semble plus k leur place parmi les souvenirs de la f^odalite. La tradition represente les moines comme plus luxurieux que gourmands : c*est ainsi que deux d'entre eux, en expedition galante, sont forces de se refugier Fun apr^s Tautre dans un four, ou ils sont 6louffes. Ici la legende n'est pas localisee, et il ne faut peut-6tre y voir qu'un 6cho des fabliaux du moyen dge.

Des r^cits, que Von retrouve surtout dans le voisinage des anciens couvenls, accusent les moines de rapts de jeunes filles et quelquefois de meurlres.

A Bere, on raconte qu'au temps ou ils habitaient le couvenl de Saint-Sauveur, une jeune fille entra chez eux el ne reparut plus. Le bruit courut que pendant la nuit, elle avait ete enterree sous le clocher ; c*est elle qui revient sous le nom de Bete de B6re et hante les mines du vieux monastere. A Saint-Cast, od, d'apr^s la tradition, il y eut un couvent de moines, ceux-ci avaient enleve sept jeunes filles du pays; quatre avaient 6t6 tuces, et quand on fit une perquisition, on en trouva encore trois qui etaient sequeslre^es. C'est h la suite de cetle d6couverte que les moines furent chassis. Les habitants du Guildo ont comme sobriquet celui de « les Moines du Guildo » ; on pretend que les gens de ce pays descendent des moines, parce que ceux-ci exercaient le droit de prelibation. A Plevenon, des moines de mauvaise vie etaient condamn^s k errer apres leur mort pr6s du tumulus de Chateau-Serin, en expiation des peches qu'ils avaient commis de leur vivant.

it

L'abbaye de Bosquen a laisse une renommee de

richesse que le peuple a traduite par ce dicton :

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De tout c6U que le vent ventait, Bosquen rentait.

On raconte sur ce monasl^re un assez grand nombre d'historietles : jadis, chaque moine devait, comme penitence, embrasser tousles jeudis, le dessous des pieds de six enfaqts. Et pour que les enfants fussent disposes k venir k Tabbaye ce jour-lSi, chacun recevait une livre de pain. Mais la conduite de ces religieux n'6tait pas ioujours aussi ^diflante : un jour qu'ils 6taient a danser, il passa un pr^tre qui portait le Saint-Sacrement ; au lieu de s'agenouiller, comme tout le monde, ils continuerent leur divertissement ; mais la terre s'enlr*ouvrit et les engloutit.

lis passaient aussi pour s'occuper de sorcellerie. Une nuit, ils se demandaient entre eux : « Qu'allonsnous faire aujourd'hui? — II faut, dit Tun, faire mourir toutes les avoines. — Oui, oui, repondirent les autres. » Ils avaient des bouteilldes qui servaient k leurs mal^fices. Ils ordonnferenl k un jeune garcon qui etait leur serviteur, de jeter par la fen^tre une de ces bouteilles. Elles avaient le pouvoir de faire perir tout le monde, les animaux, les gens et les plantes quand on disait : « Berluke ! » Le gargon alia k la fen^tre et dit : K< Berluke! que les avoines meurent cette nuit. » Mais il ne jeta pas tout le contenu de la bouteille. L*un des moines lui dit : « Pourquoi ne Tas-tu pas

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jel^e loule entiere ? — Ah I r^pondil-il, si elles ne meurent pas toules, on pourra recommencer. — C*est vrai, » dit le moine. Mais le gar^on avail une autre id(5e ; la nuit, quant tout fut k repos, il prit le reste de la bouteill^e, et le repandit en disant : « Berluke ! que tous les moines meurent ! » Et eeux de Tabbaye moururent cette nuit-m^me.

•A la fin du si^cle dernier, le prieur de Bosquen 6tait sorcier ; il montait sans 6ehelie sur la tour de r^glise et il predisait Tavenir ; un jour qu'il y 6tait grimpe, il se mit k songer, et il dit : « Dans quelque temps, nous serons persecutes, et la forme du gouvernement changera. » Un des moines qui I'entendit lui demanda : « Cela durera-t-il longtemps? — Dix^ douze ans, » r6pondit-il. Mais il ne vit pas cette periode de troubles. Un jour qu'il ^tait k se promener dans le jardin, un des moines dit k un de ses camarades : « Tu vois bien le gros prieur qui se prom^ne ; je parie que dans huit jours, il sera mort ! » Cela arriva en effet ainsi qu'il I'avait dit.

Bosquen est aujourd'hui en ruines, el les moines n'y sonl plus revenus ; mais les fermiers qui leur onl succ^de n'ont jamais fail de bonnes affaires ; les ^curies ont M maudiles par les moines, et il arrive toujours des accidents aux chevaux.

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Les ermites jouent un rMe considerable dans les contes populaires du pays bretonnant ; il n'en est pas de m^me en Haute-Bretagne, oti je ne les -ai jamais retrouv^s comme h^ros, mSme ^pisodiques^ de contes populaires. Sans doute, ils y ont 6te moins nombreux, et ia vie 6r6mitique semble y avoir cess6 presque compl^tement k une 6poque d^j^ lointaine.

Leur trace est moins effacee dans les traditions locales. Quelques-uns des personnages delo. Petite Ugende dor4e^ saint Viau, saint Guillaume, saint Fiacre et saint Couturier ont vecu coQime des ermites. Un certain nombre de lieux rappellent le souvenir d'anachorfetes. Deux communes, Tune pres de Loud^ac, I'autre non loin de Rennes, s*appellenl TErmitage ; k Messac, on montre les mines de THermitage de BoBuvres. A Trans, surlebord du ruisseau de TErmitage, et k une petite distance de la source de I'Ermile, au milieu de la for^t de Villecartier, existe la Pierre de TErmite, aujourd'hui renvers^e, et les sabotiers disent que de temps en temps, on voit aupr^s un ermite qui vient y dire ses prieres.

Une tradition de la Loire-Inf^rieure attribue k un erniile du temps passe une sorte de puissance d'exorciste : il tua, en faisant le signe de la croix, un sorcier fameux qui habitait sur les bords de la Divate pr^s de la Boissiere, une grotte

que Ton monire, et que hante encore son ombre.

La chapelle du Tertre Mix, h Tentree du bois de Monthorin, en Louvign6-du-D6sert, doit son nom et son origine k un seigneur du pays, nomm6 Alix, qui aurait, dans une parlie de chasse, lu6 involontairement un de ses amis. Dans son desespoir, il s*adressa k un saint ermile qui habitait la forel de Fougeres, qui lui eonseilla de se retirer du monde, et de passer le reste de ses jours dans la retraite. C'est alors qu*Alix fit construire ce petit oratoire au pied du dernier ch^ne de la for^t, et il y v6cut jusqu'^ sa mort dans les exercices de la pri^re et de la penitence. L'^corce de ce ch^ne est r^put6e dans les campagnes comme 6tant douee d'une grande vertu febrifuge, et o'est k cette croyance plusieurs fois s6culaire, que cet arbre est redevable des nombreuses mutilations dont il porte les traces.

Le P. franciscain Francois de Gpnzague relatait en 1387 une ancienne I6gende d'apr6s laquelle un ermite, nomme Pierre, aurait vecu sur Tile de Cesambre, n'ayant que deux corbeaux pour toute compagnie. Jacques Doremet, apr6s avoir transcrit le passage latin du general des franciscains,ajoule : « Et est vray que quand on tue vn de ces corbeaux, soudain vn autre revient en la place du mort, et si tons deux meurent ou sont tuez, k I'instant deux autres sont substiluez, et sont forts

familicrs et privez avec les freres ; voire aulanl que si c*estoient poulies ou chappoQS. » Ginquanle ans plus tard Jordan, I'auteur des Voiages historiqucs de i Europe^ constatait cetle meme croyance, qui me paroist, disait-il, fabuleuse, quoique les geas du lieu me Taienl doan6e pour chose certaine : Uq corbeau et une corneille sont danscette Isle, dont le nombre n'augmente jamais-; lorsqu'ua des deux vient h mourir, lous ceux qui sont aux environs y accourenl pour prendre possession de la place vacanie, comme d'un heritage ; et comme ils n'ont pas encore connoissance de la Loi 6crite, ni du Droit canon, encore moins de la g^nealogie . de leurs anc^tres pour les laisser aux plusproches parents, il s'allume une guerre entre eux fort sanglante; il en reste beaucoup surla place, quantite de blesses ou de poltrons se sauvent en terre ferme, el en fin le plus fort demeure victorieux et paisible possesseur de I'lsle le reste de ses jours. A regard du survivant, on ne m*a pas su dire si en perdant sa compagne il perdait ses droits, et s'il falloit qu'il mesurdt encore son bee et ses serres avec ses envieux.

A Saint-P6tan, une ancienne cbapelle, maintenant convertie en ferme, 6tait Toratoire d'un ermite qui y fut inhum6 ; lorsqu'on aplanit le sol pour faire la place en terre battue, on trouva son cr^ne et on le porta k Tossuaire de la paroisse. La

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null suivante, on entendit dans la maison les bruits les plus etranges et Ton vit des lumieres; la meme chose se produisit les jours d'apres.Un des fermiers pensa que Termite voulait revenir dans son ancienne demeure ; on alia rechercher le cr^ne et depuis les bruits ont cess6.

La petite lie Notre-Dame en Saint-Jouan des Gu6rets, 6tait encore habitue en 1800 par deux penitents que la tourmente r^volutionnaire y avait oubli^s. lis etaient v^tus d'un froc gris, ceints d'une corde et vivaient d*aum6nes. Quand les brouillards couvraient la Rance^ lis sonnaient la cloche sans relAche pour avertir les bateaux d'eviter les 6cueils. Les bateliers de Saint-Suliac, de Pleudihen et de Dinan, ne manquaient jamais, par piete et par reconnaissance, en passant devant la chapelle, de chanter h plein gosier un cantique en I'honneur de la sainte Vierge ; ils conflaient en meme temps au courant une botte de paille, de foin, une btiche ou un fagot, et le courant portait ces presents vers nie. Les ermiles allaient les ramasser dans leurs criques, et plus tard les vendaient ou en faisaient I'^change sur le continent. Sous I'Empire, un seul moine vivait sur Tile Notre-Dame, il etail vieux et infirme; il disparut, vers 1814, sans que Ton ait pu savoir ou il etait pass6.

Paul Sebillot, Traditions et Superstitions, t. I, p. 143;

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R. llOBiDou, Hisloire el panorama d'an beau pays, p. 330; Revue lies Trad, pop., I. XI. p. 633; Paul S^billot, Conies rfe pritres et de moines, Palerme, p. i, 5 ; Goude, Lcycndes du pays de Chdteaubriant, p, 35, 297; Paul Si>.BiLLOT. Tra't., I. (, p. 340; Blason populaire des Culesdu-Sord, p. 13; Trad, et Sup., 1. 1, p. 336; Petite (dgende dorec, p. 51. S3, 03, 133 ; A. Obain. Giographie de llUect- Vilaine. p, 4t ; OoSe, Did. de Bretagne ; L. MaupillS, notice sur LouviQui-du-ttiscrt, in Mi'^m. Soc, arch, de I'lllc-et- Vilaine, t. XI; Joiio.N dbs Lo.ngrals, Jacques Dorcmet, p. 97 ; Hevue dcs Trad, pop., t, Xlli, p. 358 ; Elvihe ukCkb.nv, Saint-Suliac, p. 162.

Les Religieuses

E r6le des religieuses dans les recits populaires de la Haute-Bretagne est extr^mement petit : elles interviennent, comme personnages ^pisodiques seulement, dans Irois contes qui ne sont pas localises : I'une est marraine d'un enfant que son p^re a vendu au diable ; d'autres, pendant un orage re^oivent. ^ defaut de pr^tre d, bord, la confession des malelots, pour savoir quel est celui qui, coupable, attire la temp^te sur le navire ; dans le troisieme, une religieuse, lasse d'altendre son entree en Paradis, se prete k une ruse qui la fait y p^netrer aussit6t.

Un seul r^cit a une. intention satirique, pas bien mechante : on pretend que c'est une bonne soeur qui, n'ayant rien h faire, inventa les puces pour se distraire.

A Saint-Donan, le Pont-aux-Nonnes est ainsi

nomme, parce qu'un beau matin, le diable s'y

posta pour attendre une jeune nonne de Saint-

Ponanqui avaitcoutume dele traverserchaque jour

pour aller entendre la messe k Teglise du Foeil. II esp^rait bion en faire sa proie ; maisil avail comptd sans la prc^sence d*esprit de la jeunc fille, qui lui opposa un signe de croix et le precipita dans la riviere. Voyant Satan se d6battre dans I'eau, les autres diables^ temoins de sa d^faite, en rirent beaucoup, dil-on.

Paul Skbillot, Contes des paysanSy p. 213 ; Contcs dcs marinSy Palerme, p. 39 ; Litt. oralCy p. 211 ; Trad, etsvp. t. II, p. 304 ; B. JoLLivET, Les Cotes-du-Nord, t. i, p. 00.

Lie;s Frdtres

ES conleurs populaires traitent le clerg^ secu- 1 lier avec beaucoup plus d'egards que les

moines ; les pr^tres sont bien les h^ros d'un certain nombre de fabliaux dans le goAt de ceux du moyen dge, comrae le « Pr^tre et la Meuni^re, la « Baguette du soldat », etquelquesautres que Ton pent lire dans mes Conies de pretres et de moines (Palerme, 1895, num^ros 3, 4, 5, etc.) ; plusieurs recits fac6tieux leur allribuent un r61e assez plaisant, parfois un peu ridicule ; mais lorsqu'il y a une intention satirique, elle n'est pas bien m6chante au fond.

Un assez grand nombre de Idgendes parlent de pretres revenants : k Saint-Cast un ancien vicaire se promenait la nuit en chantant sur les Mielles ; pr^s du chdteau de Bienassis un autre lisait son br^viaire dans Tallee des Ch6noliaux ; j'ai entendu citer bien d'autres endroits ofi avaient lieu de semblables apparitions ; ces pretres sont condamn^s k une penitence posthume, en raison de p^ch^s

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commis pendant leur vie, et surtout parce qu'ils n'onl pas dit les messes qui leur avaient ei6 payees. C'est pour cela sans doule que I'on voyait sur le pont Tinguy, pr^s de Matignon, uu autel avec uu prMre qui semblait y dire sa messe ; dans des carri^res abandonn^es pr^s de Saint-Meloir de Pl^lan, h la nuil close, un prStre demandait la charile aux passants, et il devait revenir jusqu'^ ce qu'on lui eiit donn^ le prix d'une messe.

Les vieillards de Tantique bourgade de B^re racontent encore que chaque nuit, des que les derniers coups de minuit ont cess6 de se faire entendre dans le donjon du chdteau, les cierges s'allumenl d'eux-m^mes dans Teglise ; un pretre de Tautre monde commence une messe funebre, k laquelle assiste la foule muetle et press6e des Simes en peine, et alors malheur au profane qui se hasarderait k troubler le nocturne mystere ! La B^te de Bere garde les portes de la vieille eglise, pr^te k faire un mauvais parti au curieux indiscret.

Mais la 16gende la plus r^pandue est celle oil le pretre, oublieux ou coupable, est condamnd k revenir k minuit dans sou eglise, rev^tu de ses ornesacerdotaux et pr^t k dire la messe, jusqu'^ ce qu'il ait trouve un vivant pour la lui r^pondre ; pour ne citcr que la Haute-Bretagne j'en ai public cinq versions, Conies populairesy t. L p. 275, Literature orale de la Haute-Bretagne j p. 192, Notes sur les

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traditions (trois recits), p. 7, qui ont el6 recueillies dans le canton de Matignon et k Lancieux, et Ion nomme les eglises oCi ont eu lieu ces messes nocturnes ; la Revue des Traditions populaires^ t. X, p. 577, a donne un court r6cit des environs de Montfort. Voici la legende qui 6tait populaire ci Lamballe k la tin du si6cle dernier, et e'est Tune des plus anciennes de la Haule-Bretagne qui nous aient 6le conserv6es par T^criture.

Un ouvrier de Lamballe 6loit dans Tusage d*aller chaquesoir faire sapri^re dans telle^glise. Unjour, il s'y rend, s'agenouille, prie et le sommeil le surprend ; il s'endort ; l^eglise se ferme, la nuit s'avance, tout dort dans Lamballe, le silence r^gne : une heure du matin sonne, I'ouvrier s'eveille. II est facile de se faire une idee des diverses impressions qu'une situation pareille pent faire sur un homme par etat pen instruit, imbu de pr^juges, et dont Tdme timoree est en consequence ouverte k

toutes les illusions fantastiques tremblant,

respirant k peine, il ecoute, une porte s'ouvre, c'est celle de la sacristie, il regarde. C'est un pr^tre qui s'avance ; il marche lentement, une bougie est dans ses mains, sesyeux sont^teints, ses joues sont d^charn^es, une pdleur livide est sur son front ; il marche, ses pieds sont nus, il monfe a Tautel en silence, les cierges s'allument, il se rev^t de ses habits sacerdotaux. C'est la messe qu'il

£iO L^GENDES LOCALES DE LA HAUTE-BRETAGNE

va dire. Avant de commencer, il se retourne : « Au nom du Dieu viYaot, dit-il, d'une voix sepulcrale, si quelque 6tre respire dans cette ^glise, qu'il s'approche el vienne m'aider au sacrifice. » L'ouvrier stup^fait, interdit et fr^missant, crut entendre la voix de I'Eternel ; il se l^ve, s'avance. Le pr^tre commence, Touvrier se prosterne el la c^remonie s'ach^ve. A la derni^re benediction : Que Dieu vous b6nisse, lui dit le fant6me, vous m'ouvrez aujourd'hui la porte du s^jour ^ternel. II y a vingt ans que la malice des hommes m'a conduit au supplice. Le Tout-Puissant m'a recu dans sa gvkce et, pour Texpiation de quelques p6ches de ma vie, il \oulut que je vinsse chaque nuit d, pareille heure dans cette 6glise, jusqu'^ ce que je trouvasse queiqu'un pour me servir la messe. Sa volonte sainle s'est accomplie. Adieu, v^nerez les pretres du Seigneur, et ne me suivez pas. » II dit et disparut. Le jour vint, Touvrier sortit. L'histoire se repandit bientot, on la crut. {Voyage dans les ddpariements de la France, par les citoyens La Vall(^e et Louis Brion, 1794, C6tes-du-Nord, p. 37) '.

1. Ces deux noma soot encore port^s par plusieurs personnes a Lamballe et aux environs, et il est possible que Tun des auteurs l*ait entendue raconter dans son enfance. J*ai supprim^ les ri^flexions qui accompagneDt et parfois coupent ce r6cit, 6crit par un sceptique, qui le rapporte en disant que c'est une com6die orgauisde par les pretres. Dand les autres versions recueillies en Haute-Bretagne, le

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