LES PR^TRES
Dans la croyance des paysans, les pr^tres sont familiers avec les choses de Vautre monde ; Ms ont mdme du pouvoir non-seulement sur le diahle qu'ils exorciseni, mais sur les morts qui reposent souvent presque sous leurs yeux. Aussi, les presbyt^res, tant qu'ils sont habiteB par le clerg6 ne sant pas, k ma connaissance, hantes ; void une l^gende d'apr^s laquelle il sembleraitque ceux qui ont 6te laicises sont parfois le th^^tre d'appari- Uons :
A Gennes-sur-Seiche, au vieux presbyt^re que les pr^tres habitaient avant la Revolution, deux vieilles femmes virent k Tentree de la cour une longue procession qui leur barra le chemin ; c'etaient tons les pr^tres qui avaient habite autrefois ce presbytere ; les enfants de choeur eux-m^mes n'y manquaient pas. lis psalmodiaient gravement quelque chose. La procession suivit les deux femmes et quand elles passaient un echalier, elle le passait aussi, et la procession ne disparut qu'apres un assez long trajet, pr^s d'un village appele la Forge..
Paul Skbillot, Trad, de la Haute-Bretagne, t. I, p.
prfttre, apr^s avoir remerci6 son r^pondaDt, lui reconomaDde de sortir au plus t6t, ou il lui demaode quelle recompense 11 d^?ire : un enfant ayant r^pondu qu'il ddsirait le Paradis mourut trois jours apres.
223 ; HabasquE) Notions historiqueSy t. Ill, p. 105 ; Revue des Trad, pop., t. VH, p. 214; Govui, Histoires ei Leg. de Chdteaubriant, p. 35; Gh. Fougkres, in Annales de Bretagne, t. XI, p. 670.
Le Clerg6 et les Seigneurs
A tradition, d'accord en cela avec Thistoire, a conserve le souvenir de certains conflits entre le clerge et les seigneurs ; ceux-ci n'etaient pas toujours dps fils respeclueux de Teglise, surtout lorsque leur orgueil et leurs passions ^taient en jeu, et des r^cits populaires les representent comme ayant exerce envers les pr^tres, et surtout envers les moineSj bien des acles de violence.
11 y en avait qui, en mati^re de protocole, se montraient intraitables. On racontait il Saint- Brie uc-des-Iffs qu'aulrefois cette paroisse etait habitue par beaucoup de petits nobles, assez pauvres pour la plupart ; mais aussi fiers que s'ils avaient ete les* cousins du roi. lis tenaient surtout cJt leurs pr6s6ances k Teglise, k tel point que Tun d'eux, outre de ce que le tresorier pr^senlait d'abord le pain ben it k un seigneur qu'il croyait lui ^tre inferieur, tira un pistolet de sa poche, et fit feu sur le tresorier, qui tomba mort et dont le sang arrosa le pain b^nit. Ce meurtre causa beau-
coup d emotion parmi la noblesse et le peuple, et la legende ajoute que Tev^que de Sainl-Malo interdil Teglise pour cent annees.
D'autres seigneurs exigeaient que les pretres ne commencent la grand' messe qu'apres leur arriv^e k Teglise, et j'ai entendu dire dans mon enfance qu'une dame noble d'une paroisse dn canton de Matignon avail demande et oblenu le d^placement d'un recleur qui ne voulait pas se soumettre k celte exigence.
D'apres une legende, qui a cours ailleurs qu'en Bretagne, un pr^tre paya de sa vie ,le fait d'avoir commence I'ofTice divin avant I'arrivde de son seigneur. Autrefois un chapelain venait desservir la chapelle de Caslou, situ^e au milieu des bois de ce nom. Un jour le seigneur de Caslou dit au chapelain : « Toutes les fois que j'arrive ici pour entendre la messe, elle est k sa fin ; apprends que desormais je desire etre attendu. — Mais, repliqua le pr6tre, si je vous attends, les paysans des alentours s'en iront. — Attends, te dis-je, je suis le maitre, n'est-ce pas? que cela ne I'arrive plus ». Le dimanche suivant, le chapelain attendit, longtemps, longtemps, mais ne voyant pas enfm le seigneur venir, il pensa qu'il avait oublie la solennite du jour, ou qu'il avait 6ie ailleurs k Teglise, et il commenga k dire sa messe. II etait k r616vation quand le sire de Caslou arriva ; et furieux, il