‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 53 sur 69 · LE CLER6E ET LES SCIGNEUKS · texte numérisé non relu

LE CLER6E ET LES SCIGNEUKS

vait brav6, se pr^cipila dans la cour du ch&teau, saisit ua coq qui s'y trouvait, Tapporta au moine et lui dil : « Tue ce poulet comme tu voudras 6tre tu6, et je le jure que lout ce que tu feras sur lui je te le ferai sur loi. — Vous le jurez? dil le moine. — Oui, je le jure. » Alors le cordelier enfou^a un doigl dans le derrifere du coq, le relira, se le mil dans la bouche el regarda bien en face le marquis en disanl : » Vous ferez cela? » Le seigneur de la Roche-Giffard, malgr6 sa colore, ne pul s'emp^cher de rire, el s'6cria ; « Non. Tu es plus fort que moi ; je n'aurais jamais eu pareille id6e. Je le fais gr^ce pour celle fois ; retourne h Ion convent et ne t'avise plus de prendre mes lievres. »

Celte legende, ou le mauvais r61e esl allribue ' h un ch^lelain huguenot, se rattache ^ une serie assez repandue de r^cils qui mettent en presence un haul et puissant seigneur, enloure de ses familiers et de ses domesliques, el un simple moine : celui-ci, qui joint k la finesse proverbiale des gens d'eglise, un pen de Tastucepaysanne, echappe aux pieges qui lui sonl lendus, et, finalemenl comme dans les deux anecdotes qui suivenl, il se lire de Tepreuve k son avantage ; loutes les sympathies des conleurs sonl ^videmmeul pour la ruse el la presence d'espril qui triomphenl de la force.

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Uq moine alia au logis d'un noble, et on le retint k dtner. Un pen avant le repas, le cuisinier lui dit ; « On va vous passer un petit cochon de lait h. d^couper ; faites bien attention ; comme vous lui ferez, 11 vous sera fait 9. Quand on passa le plat au moine, il se dit : <r Si je lui coupe une jambe ou un morceau quelconque, les seigneurs vont vouloir me decouper la m^me chose ». Et il remarqua que le petit cochon de lait 6tait plein de sauce ; il trempa son doigt dans le ventre du petit cochon et se mit k le sucer. Et les nobles ne lui firenl rien.

Un moine qudteur, la besace sur le dos, vint un jour frapper k la porte du chateau de Lorges ; le due 6tait de joyeuse humeur, et la vue du moine lui sugg^ra Tid^e d'une mauvaise plaisanterie. II nt amener une jument que nul encore n'avait pu parvenir ^ dompter, et intima Tordre au religieux de monter sur cette bete. Le moine parut tr^s effray^, il tourna longtemps autour de Tanimal et fut sur le point d'attraper plusieurs ruades, ce qui chaque fois, provoquait ies eclats de rire de Tassistance. Mais tout a coup sautant sur la jument qui se cabrait, il lui presse les flancs, la force k passer pres du due, remercie ce dernier du riche present qu'il a bien voulu lui faire, puis, sans attendre la reponse, part comme un trail sur la jument; le moine 6tait uioi ancien dragon.

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Paul SftBiLUir, Conies de la Haule-Bretagne, I. II, p. 322; L. DE ViLLEfis, in Revue des Trad. pop. t. XII, p. 362; P. Bf.kier, Supplement a I'lnventatre des M^galithes de ViUe-et-Vilaine, p. 90; Guillotin de Corson, ReeiU historiques, p. 99-101 ; Lulaurens de la Barbe, Nouveaux fantomes bretons, p. 173, Revue des Trad. pop. t. XII, p. 137 ; IIABA90UE, Notions kktoriques, t. Ill, p. 3S ; Paul S^BILLOT, Trad, de la Haule-Bretagne, t. I, p. 357; A. Oral'*, in Revue des Trad. pop. t. I, p, 195; Paul S^billot. Conies de pritres et de momes, p. 23; B. Jollivet. Les Cates-du-Nord, t. I, p. 343.

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