‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 64 sur 69 · LES PERSONNAGES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LES PERSONNAGES POPULAIRES

D apres les deux r6cils qui suivent, rapparition se serait monlr^e peu apres renterremenl de M. de Pontbriand. Suivant une l^gende populaire, rapportee en 1850 par J. Bazouge, un soir d'hiver, M. de la Garaye revenait d'une longue chasse ; il avail a peine fait quelques pas dans la grande avenue, lorsqu'il se vit en face d'un cavalier blanc tout en feu, mont6 sur un cheval etincelant de flammes etranges. Le myst^rieux personnage dit au chasseur : « Comte de la Garaye, si tu veux ^tre heureux, cessecette vie frivole ; fais servir au soulagement des pauvres les barriques d'or et d'argenl qui sont dans les caves de ton chMeau, et Dieu taccordera de longs jours de felicite dans ce monde et dans Tautre. C'est ton parent et ton ami, mort il y a peu de temps dans tes bras, qui vient te donner cet avertissement ». Et le brillant cavalier disparut avec sa monture. Le caricaturisle L6once Petit, originaire de Dinan, m*a raconl6 comme une tradition courante dans son enfance, que le beau-frere de M. de la Garaye lui apparut, et qu'il paraissait tout en sueur : une goutte de cette sueur 6tant tomb^e sur la main de M. de la Garaye, elle le bnila comme de Teau bouillanle. C'est k Tendroit ou se passa cette scene qu'il fit bAtir la chapelle qui existe encore.

Comme si tons ces averlissements ne suffisaient pas, la l^gende populaire en a encore ajoutt5 d'au-

tres. Madame de la Garaye, ne ponvant avoir d'enfant, avail adopts une ni^ce. Quand elle atteignit dix-huit ans, ses parents donn^rent une fete magnifique, oCi fut invitee toute la noblesse des environs. Au milieu dubal se presentaun inconau qui murmura des paroles d'amour aux oreilles de la jeune fiUe ; elle consentit k suivre son danseur, qui n'6lait autre que le diable, el il Temporta, s'en allanl en fum6e et en feu qui consuma Taile gauche du chMeau. Suivant Madame de Genlis, la fille adoptive de M. de la Garaye mourutsubilement au milieu d'un bal. Voici enfin une autre version qui m'est communiquee par une dame de mes amies : Un soir ou il y avail une grande f^te au chMeau, un anc^tre de M. de la Garaye apparut pendant un repas somptueux. A sa vue, une dame, k laquello le chdtelain faisait une cour assidue, mourut de peur, et les autres convives se dispers^rent epouvantes. Com me preuve de son passage, le morl posa la main droile sur la table ou elle 6t une profonde briCilure. C'est k la suite de cet ^venement que La Garaye se convertit.

On racontait en outre que peu de jours avant la transformation de M. de la Garaye, un etranger portant le costume religieux viut frapper^ la porte du chateau ct demander Thospitalite pour la nuit. Comme M. de la Garaye vivait tr^s retire depuisla mort de son beau-frere, on Tenvoya pr(5venir de

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cetle visite. 11 regut le pelerin avec politesse et le conduisit a la salle h manger ou les restes d'un repas somptueux couvraient encore la table. Le pelerin mangea et but avec avidity, puis il raconla qu'il 6tait Espagnol, et qu'il allait s'embarquer a Brest pour retourner dans son pays, apres un voyage au tombeau de Saint-Thomas de Canlorbery. Lorsque Madame de la Garaye se fut retiree, le pelerin, rest6 seul avec le comte, lui proposaune partie d'eeart6. La table de jeu fut apport6e pres du feu ; le pelerin jeta de Tor sur la table, el gagna treize parties de suite. Le comte, impatient^ de son regard sarcastique, jeta ses cartes sur lu lable en exigeant que son partner enfitautant; tousles atouts de la quatorzieme partie se trouvaient dans la main de son h6te. En repoussant les cartes, M. de la Garaye en fit voler line qui tomba sous la table, et en se baissantpourlaramasser, il vitque son bote avait uu pied de cheval. Se rappelant alors les dernieres paroles de M. de Pontbriand, il porte la main k son front ; mais le coup de minuit sonna, et il n'achevait pas le geste, quand il vit le pelerin rire d'une facon satanique ; M. de la Garaye fit le signe de la croix, la robe du pelerin tomba et Salan se montrant k lui dans toute sa laideur lui dit : « Comte de la Garaye, la partie etait belle et je I'ai perdue ! » Et s'elangant vers le foyer, il se precipila dans les flammes et disparut

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dans un lourbillon de fumee, en laissant le salon impregne d'une odeur sulfureuse.

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