‹ Légendes locales de la Haute-BretagneChapitre 66 sur 69 · LEGENDES ROMANESQUES · texte numérisé non relu

LEGENDES ROMANESQUES

On relrouve, sur un autre point assez eloigne de la Bretagne, le souvenir d'une avenlure qui finit d'une fagon moins heureuse. Une tradition locale dit qu*au sud de Bains existait jadis un chMeaufort : le chateau du general Malatan. Les vieilles femmes du pays parlent encore d'une jeune chatelaine qui demeurait, il y a bien longtemps, sur ces sommets, d'une H^ro visit6e, chaque soir, par un Leandre inconnu, surprise un soir par son p^re et precipitee avec son amant du haut du rocher dans la riviere.

Quelques l^gendes, qui, sans doule, ont ete plus nombreuses, racontent les punitions terribles inflig^es par les seigneurs aux epouses qui avaient trahi la foi conjugale. Celle qui suit rappelle singuli^rement Thistoire, celebre au moyen ^ge, de la dame de Fayel et du sire de Coucy. II est possible qu'elle provienne de cetle source ecrite, ce sombre drame ayant ele populaire dans tous les chMeaux de France. Quoi qu'il en soil, dans le voisinagedu lieu, oil, dit-on, elle se passa, on redit encore Thistoire tragique de la dame de Tournemine.

Un seigneur de la Hunaudaye ayant ele trompe par sa femme, fit tuer son amant, lui enleva le coeur, et Tayant fait accommoder par son cuisinier, le servit k sa femme. Celle-ci trouva le plat excellent et en redemanda plusieurs fois, Son mari lui dit alors : « He bien, madame, ce que vous trouvez

si k voire RoAl, c'est le coeur de X.. qui pour vous a perdu la vie. — « Tr6s bien, monsieur, lui r6pondit-elle, je vous remercie d*avoir compris que ce coBur ne pouvait apparlenir qu'a moi ; je Fai trouv6 si exquis que je ne saurais plus gotiler a riea autre chose sur terre ». Elle eut le courage de se laisser mourir de faim ; elle fut enterr6e pr6s de r^lang du ch5.teau, et Ton montre le lieu de sa sepulture : chaque anu^e, k Tanniversaire du jour ou fut tue son amant, on voit la terre s'affaisser et il se produit une sorte de trou, plus long que large, qui rappelle la forme d'un cercueil. C'est la dame de Tournemine qui quitte alors sa tombe pour aller rejoindre son amant dans les bois de Vaumadeuc, et lui jurer une fid61il6 ^ternelle. Soa absence dure trois jours. Au bout de ce temps la terre redevient droite comme de eoutume, parce que la dame est revenue dans son tombeau.

Ce n'est pas le seul drame de ce genre que la tradition ratlache k ce chAteau tragique : Au temps jadis, il y avait k la Hunaudaye une dame de Tournemine, dont la beaute 6tait renommee dans toute la Bretagne. Mais tout-^-coup, en proie a un mal inconnu, elle se mit k d^perir, et son mari, dont elle 6tait tendrement aimee, fit voeu de faire un p^lerinage en Terre Sainte si Dieu lui accordant la guerison de sa femme. Celle-ci revint pen apres k la sanle, et le baron de Tourne-

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mine se prepara k accomplir son voeu ; mais comme il ne voulait pas exposer sa femme aux fatigues d'un si long voyage, il resolut de partir avec un seul ^cuyer et de la laisser au chMeau. Au moment des adieux, il lui dit : « J'emporte ce crucifix que nos levres ont baise ; jurez-moi sur ce Christ que, durant mon absence, vous ne franchirez jamais le seuil de notre demeure ». La dame fit le sermenl, et elle tint d'abord fidelement sa promesse. Mais la renoramee de la dame de Tournemine avail franchi les limites de la Bretagne, et le roi de France en ayant entendu parler, desira contempler cetle merveille de beaut6. II envoya des messagers au chi)iteau de la Hunaudaye pour dire au seigneur qu'il d^sirait le voir k sa cour avec son Spouse. La dame r^pondit que son mari etail absent ; mais le roi, ayant appris de ses messagers que la dame de Tournemine etail vraiment incomparable^ envoya une escorle de seigneurs pour lachercher. La chatelaine, tr^s flattie de cette attention du roi, oublia son sermenl et vint k la cour, ou elle passa trois mois au milieu des f^tes et des succes de toute sorte. Au bout de ce temps, elle pensa que le p^leriuage de son mari touchait k sa fin, el f

elle se h^ta de revenir k la Hunaudaye ; mais elle ful bien surprise lorsqu'en y arrivant elle vit son seigneur qui rattendait sur le pont-levis du chateau, et qui lui dit d*une voix terrible : a Madame,

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vous avez failli k vos sernoents ; j'ai ici droit de haute justice et je pourrais vous faire mourir comme la derni^re de mes vassales. Mais je me souviens que je vous ai aimee, et je ne veux pas votre mort, mais votre salut. Suivez-moi ». II la conduisit dans une chambre toute tendue de noir comme un caveau mortuaire, et sur la muraille duquel on voyait un Christ : « Voici, lui dit-il, le logis que je vous ai prepare, et devant ce crucifix qui a recu votre serment, vous implorerez le pardon des fautes dont vous avez k r^pondre devant Dieu et devant moi, votre seigneur et votre epoux». Et la dame dut finir ses jours dans les larmes et dans le repentir, enfermee dans cetle lugubre chambre dont elle ne sortit que morle.

D'apres une tradition locale des environs de Josselin, Beaumanoir habitait le chMeau de Carhuel, peu 6loign6 du champ de bataille de Mi- Voie. A la Ville Danne, habitait un de ses parents, et Beaumanoir, croyant que sa femme voyait avec plaisir les assiduit^s de ce jeune homme, le tua, puis enferma sa femme dans une prison dont on montre encore les mines. Ayant plus tard acquis la certitude de Tinnocence de Tinfortunee chatelaine, il la retira de prison, pour Tepouser de nouveau au pied des autels.

Vers le commencement du si^cle dernier, M. de Trecesson se tenait dans son pare, k TaffAt des

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braconniers ; il f ut tout-2i-coup surpris par un bruit et des lumi^res lointaines. 11 monta sur un arbre et s'y tint cache. Bienlot il vit s'avancer une liliere, d'oii deux hommes masques Orent sortir une jeune femme eploree et en costume de mariee. Apres avoir adresse beetle jeune femme les plus sanglants reproches, les deux hommes Tenferm^rent dans un cercueil qui fut descendu dans une fosse creus^e par leurs gens ; puis la terre retomba sur Tinfortun6e et le cortege s'^loigna. M. de Tr^cesson se h^ta d'aller au chateau chercher du secours. On retira de sa tombe la viclime encore vivante, mais elle ne put que rouvrir un instant les yeux et expira presque aussitdt, sans avoir pu donner aucun renseignement. Les plus consciencieuses investigations de la police d'alors rest^rent sans r^sultat. Jusqu'en 1789, lacouronnede mariee et le bouquet nuptial de la dame enterree vivante purent ^tre vus deposes sur Tautel de la chapelle du chateau de Tr^cesson.

On dit qu'aux mines du chSiteau de Coetquen, revient une dame blanche ; c'est Tombre d*uiie jeune marquise qui, enfermee il y a longtemps dans Tune des tours du chateau, y mourutmiserablement de faim. J'ai souvent entendu parler, sans beaucoup de precision, de cette legende, qui n'a pas 6te, k ma connaissance, I'objet d'une discussion critique. Le recit le plus circonstancie est celui de

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Bertrand Robidoa, qui etait n4 a peu de distance du cMteau. Void, abreg^, ce qu'il raconte. Daus la premiere moitie du XVllI* siecle, les parents du marquis de Co^tquen avaient et^ furieux de le voir 6pouser une riche el charmante bourgeoise de Nantes. Pendant une absence du marquis, son intendant, gagn^ par ses freres, mit aupres d'elle sa propre Olle. Elle lui administra un breuvage qui la rendit comme morte ; on deposa dans une ch^sse une grosse bAche, et lenlerrement eut lieu avec toute la pompe desirable. Cependant la dame, en etat de lethargie,avaitetedescendue dans le souterrain de la grosse tour, ou Tintendant lui apportait chaque jour un peu de pain el d'eau. Mais Tintendant ayant ^te poignarde dans la for^t parce qu'on le soupconnait de vouloir tout reveler au marquis, la dame mourut de faim dans la basse-fosse de la lour. On ajoute que pendant la Revolution des soldats etant descendus dans le fond de la grosse tour,y virent le squeletle d'une femme ayant encore au doigt I'anneau d'or ou etaient graves son nom et celui de son epoux ; Ton dit qu'en 1808, en faisant des fouilles dans la chapelie des Jacobins de Dinan, on trouva dans le caveau des sires de Coetquen, une ch^sse oti etait un morceau de bois envelopp^ d'^toupes, el rinscription portait que c'^tait celle de la dame de Coetquen.

Sur la margelle d'une fontaine qui coulo non loin

Ll^GENDES ROMANESQUES ^Oo

de la chapelle de Sainte-Croix, on lisait, U y apeu

d annees, profond^ment graves dans le granit, les

mots FoNS Amoris. La pierre a 6t6 maladroitement

chang^e et rinscription d^truite ; mais la tradition

qui la rattache au souvenir d'uue histoire roma-

nesquesubsiste toujours. Contrari6danssesprojets

de manage avec une simple ouvri^re, ni6ce du

prieur de Sainte-Croix, h laquelle il donnait chaque

soir un rendez-vous aupres de la fontaine pour y

^changer des fleurs et y former des reves de bon-

heur, le fils d'une des families bourgeoises de la

Josselin, tombamalade et mourut de consomption.

Au moment oU Ton se disposait k descendre le

cercueil dans la fosse, ouverte devant la porle de

la petite 6glise^ Tamante, eperdue, folle de douleur,

accourt. Aveuglee par les larmes, elle chancelle, et,

en tombant, se brise la tempe sur Tangle de la

bi6re, oil est enferme le corps de son ami, qu'elle

va bient6t rejoindre dans la tombe. Alors qu'une

pluie d'orage vient raviver la couleur des rousses

moisissures qui recouvrent de leurs plaques irr^-

guli^res les dalles du porche, si vous demandez

aux vieillards du faubourg voisin d'oti elles pro-

viennent, ils vous r^pondronl que ce sont les traces

de la blessure de Marie Bigar6.

L'ancien convent des Catherinettes est situ6

dans la Haute-Voie k Dinan ; on voit encore

son portail de la Renaissance dont la partie sup^-

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rieure est orn^e de delicates sculptures ; en regardant avec un pen d*atlention on apergoit, poussant enlre les pierres, tout pres d'une statue de la Viorge, un eglantier. II existe deux legendes sur Torigine de oat arbuste qui est tres vigoureux, en depit de la mince couche de terre vegetale qui le nourrit. Voici celle que M. Jean Even, maire de Dinan, a recueillie de la bouche du proprietaire actuel de la maison. Ce rosier aurait ete plante par un fr^re de S'-Jean de Dieu, bien avant la Revolution. 11 offre ceci de particulier, que sur le m^me tronc toutes les fleurs d'un c6t6 sont blanches et tres doubles, toutes celles de I'autre cole sont simples. Les freres de S'-Jean de Dieu, en riionneur de la tradition, ont demands au proprietaire de leur donner des boutures ou des ^cussons; pendant de longues anodes on leur en a remis, mais aucun n*a jamais pris.

Une de mes tantes, qui appartient k une tr^s ancienne famille de Dinan, m'a donn6 une version differente, qu'elle connait depuis son enfance (elle a 78 ans). C'est, k quelques details pr^s, celle que je me souviens d'avoir entendue vers I860, quand j*etais elfeve du college communal de cett.e ville. Autrefois, avant la Revolution, unejeune fille de Saiut-Malo aimait un jeune homme de Dinan.

lis s*etaient promis de s*6pouser ; les parents refuserent leur corisentement, parce que le jeune

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