‹ Légendes populaires de la France, précédées d'une introductionChapitre 15 sur 20 · JEU ANNE LA PUCELLE · texte numérisé non relu

JEU ANNE LA PUCELLE

pleust à la dame suplier son fils que il luy donnast aydeet secours contre ses ennemys mortels et adversaires, en manière que il lespeust chasser hors de son royaulmeet icelluy gouverner en paix. Et s’il n’estoit fils du roy et le royaulme ne luy apartenist, que le bon plaisir de Dieu fut luy donner patience et quelques possessions temporelles pour vivre honnorablement en ce monde. Et dit le Roy que à ses paroles que portées luy furent par la Pucelle, il congneut bien que véritablement Dieu avoit révélé ce mistère à ceste jeune pucelle, car ce que elle luy avoit dict estoit vray, et jamais homme aultre que le Roy n’en avoit riens sceu.

Comment après le parlement be 3eljanne la pucelle le Roy commanba qu’on eust a faire le commanbement be la biffe Jeljanne touchant le faiet be la guerre; et comment elle fut IjabtUée et armée; comme aussi miraculeusement elle rnooya quérir son espée a oainete jfiatljerine be lierboyo.

Incontinent que Jehanne la Pucelle eust achevé son propos, le roy se leva et fit approcher de luy ses gens, et leur dit et commanda que ils eussent à faire et poursuyvir touchant le faiet de la guerre tout ce que Jehanne la Pucelle leur diroit ; car il estoit délibéré de y besongner par son conseil, dont les princes et seigneurs qui là estoyent, furent moult esbahyset non sans cause, car ce mistère passoit leur entendement. Et fut la venue de la dessusdicte Pucelle par devers le Roy en la première sepmaine du moys de

mars, l'an mil CCCCXXVIII, comme il appert par les lettres nombrables de ce petit verset :

Applicat ad Karolum sub piscibus ausapuella.

On demanda à Jehanne la Pucelie en quel estât elle vouloitestre habillée? Ellerespondit qu’elle voulait estre armée de bon et dur harnois ; et vouloit avoir grande compaignie degensd’armes soubz saconduite. Et requit au Roy qu’il luy pleust envoyer uug de ses armuriers en une église de Touraine, qui estoit fondée de madame saincte Katherine, où y avoit eu aultresfoys grant cours et voyage de pèlerins; et que entre les ferrailles des prisonniers qui s’estoyent recommandez à saincte Katherine, l’on trouveroit une espée qui par la grâce de Dieu long temps avoit esté en icelle église; et en ceste épée y avoit de chascun costé quatre fleurs de lys empraintes. Laquelle chose luy fut accordée; et en luy demandant se elle avoit oncques esté en ce lieu, elle respondit que jamais elle n’y avoit esté, mais bien sçavoit par révélation divine ceste espée y estoit, et par le moyen d’icelle espée elle devoit lever le siège d’Orléans, combattre les Angloys, et mener le Roy oîngdre et couronner à Rains.

Après lesquelles paroles, pour ce que l’on entendoit certainement que le voyage dont elle parlait estoit saincte Katherine de Fierboâs, fut de par le Roy ung armurier envoyé celle part, lequel trouva l’espée entre les ferrailles qui en icelle église estoyent; €t u ’y avoit espée quelconques marquée de la dessus j

JEUAMNE LA P(jCELLE.

dicte marque que celle-ià; et la porta au Roy, lequel U fit bailler à Jehanne k Pucelle, et la fit armer comme ung homme d’armes de pié en cap; at eu son hamoys très bien se manioit et avoit bonne contenance. Si fut ordonné par le conseil de Jehanne la Pucelle, que l’on allast avitailler ceux qui dedans Orléans estoyent, qui lors estoyent affamez. Et pour ce faire se mist aux champs la Pucelle à bannière desployée, accompaignée du bastard d’Orléans, de La Hire, du seigneur de Lore, de messine Robert de Baudricourt, et aultres seigneurs et gens de guerre que le Roy avoit ordonnez pour estre souhz sa bande; et malgré les Angloys elle fit conduire et mettre par deux fois force vivres dedans la ville. Et fit mettre à mort tous les Angloys qui y furent trouvez; de son espée elle enoccit plusieurs. Et le lendemain priât le boulevert de la ville que les Angloys tenoyeut, et une autre bastille où furent occis trois capitaines anglais, c’estassavoir, le seigneur de Moulins,le mifort de Pommays, et messire Guillaume Glacidal (26), principal gouverneur du siège, et d’aultres jusques au nombre de. V. cens et plus. Et à ceste prise se porta k Pucelle aussi vaillamment que capitaine ne homme d’armes qui fut en 1a bende, bien qu’elle y fut navrée d’un vireton au bas de la jambe ; mais bien tost elle fut saine et guérie. Le jour d’icelle conqueste, le conte de Salbery, lieutenant-général du roi d’Angleterre es dictes parties, estant en une tour qui est sur le pont d’Orléans, fut soudainement tué et mis à mort dung trait de canon venant de l’Hostel de la Ville;

et réputoit-on ce coup avoir esté fait divinement, car l’on ne peust jamais sçavoir qui bouta le feu au canon dont la pierre saillit.

Comment par le moyen et aybe be labiftc Jrfyannc, le otégc

fut leoé bt beoant Crleano, et aultreo meroetlleo be la-

btrte ÿucelle.

Quant les aultres capitaines anglois, c’est assavoir le seigneur de Talbot, le conte de Suffort, le seigneur d’Escalles, et messire Jehan Fastol accompaigné de quatre mille Angloys, estans en iceluy siège, veirent comme Jehanne la Pucelle les touchoit de près, doubtant que ce fut chose divine, car Angloys de leur propre nature sont moult supersticieux, voyant aussi que le comte de Salbery estoit occis, ilz se désemparèrent du siège, et se retirèrent au bas pays du Maine, tirant en Normandie partie d’eulx; aultre partie se retirèrent aux garnisons des places qu’ilz tenoient sur Loire et en Beaulse.

Ceste Pucelle estoit moult saige et prudente, et disait-on qu’elle estoit inspirée divinement; car posé qu’elle ne fut point au conseil des capitaines, si sçavoit-elle bien leurs délibérations et conclusions aussi bien que si elle y eust esté présente, lesquelles jamais n’estoyent mises à exécution, si elle-mesmes n’en avoit faict l’ouverture, dont les capitaines s’esmerveilloyent moult; et si n’eust esté que toutes ses entreprises estoyent à louer, et venoyent à l’honneur du Roy et du royaulme, l’on eust contre elle grande-

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