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retira à Partenay, où il séjourna ce pendant que le Roy fut à son sacre. Et fut le Roy en dangier d’estre combattu en son voyage, car le duc de Betfort se mist aux champs, à tout .vm. ou .x. mille Anglois, et à Montspilouel rencontra le Roy de France, et luy présenta la bataille. Mais pour ce que Monseigneur le Connestable n’y estoit pas, le Roy ne fut pas conseillé de combattre les Angloys; etceulx qui avoyent mis le Roy en ceste fantaisie contre monseigneur le connestable, en furent moult blasmés par la Pucelle et par les princes et chefz de guerre de l’armée de France, et furent eslongnez de la personne du Roy.
Ce pendant que monseigneur le Connestable estoit à Partenay séjournant, il fit traicter le mariage de son nepveu, monseigneur Pierre de Bretaigne, filz de Guingamp, second filz du duc, et de damoiselie Françoyse d’Amboyse, seule fille et présumptive héritière du vicomte de Thouars. Et pour ceste affaire vint en Bretaigne monseigneur le Connestable, par devers le duc son frère, lequel se accorda au mariage; et monseigneur le Connestable ramena son nepveu à Partenay, où il séjourna longuement avécques sa tante, madame de Guienne, femme de monseigneur le Connestable; et puis après parfirent le mariage.
L’an dessusdict, mille ccccxxix, au moys de juillet, le roy Charles septiesme érigea la seigneurie de Laval en conté, comme il appert par les lettres nombrables de ce petit verset :
Sub Æarolo clams fit rege Laval commitalus.
tamnunt, âpre» que U faj> fut rouroniu, labictr Jeanne la purrlU alla bcoant paria, ait die fut naorée b’ung oiretou ou trairt; et bt là o’en alla tenir garmaott à Compirgnr, et àeo regreto qu’elle fiât en l’églioe Sûiuct- Baequeo bu but lieu.
Après que le roy Charles VII fut couronné roy de France, les habitants de Beauvais, qui neutres s’estoyent tenuz, envoyèrent à Compïègne, où le Roy estoit, luy faire plaine obéissance combien que jamais n’eussent esté Angloys. Et en la fin du moys d’aoust, la Pucelle cuyda prendre la ville de Paris sur les Angloys ; et par la porte Sainct-Honoré, y cuyda entrer avec une bonne bende de gensdarmes françoys; et print le boulevard d’icelle porte, et entrèrent jusque dans l’arrière-fosse, cuidans escheler la ville, ce que faire ne purent, pour l’eaue qui trop grande estoit. Et à celle prise se portèrent moult vaillans, la Pucelle, le sire de Sainct-Valier, le sire de Montmorency et aultres ; et y fut la Pucelle navrée d’une vire par la jambe, et de là tira la Pucelle à sainct Pierre-le-Monstier, et print la ville sur les Angloys. Puis retira la Pucelle environ Paris, accompaignie de messire Geffroy de Sainct-Àulbin, et aultres Escossoys; et rencontra quatre ou cinq cens Angloys entre Paris et Laigny, lesquelz furent par elle et ses gens tous mis à mort ou pris. Delà s’en alla la Pu~ celle tenir garnison dedans Compiègne, où estoyt Guillaume deFlavy, capitaine.
L’&n mil, cçcc, xxx, vers le commencement du moys
JEHANNE LA PLCELLE.
de juing, messire Jehan de Lucembourg, les contes de Han tonne, d’Arondel, angloys, et une moult grande compaignie de Bourguignons, misrent le siège devant Compiègne. Et fut advisé par Guillaume de Flavy, qui en estoit capitaine, que la Pucelle yroit en diligence par devers le Roy, pour recouvrer et assembler gens, affin de lever le siège. Mais celuy de Flavy avoit faict ceste ordonnance pource qu’il avoit jà vendu aux dessusdicts Bourguignons et Angloys la Pucelle. Et pour parvenir à ses fins, il la pressoit fort de sortir par l’une des portes de la ville, car le siège n’estoit pas devant icelle porte. La dicte Pucelle, ung bien matin fist dire la messe à Sainct-Jacques, et se confessa et receut son créateur. Puis se retira près d’ungdes piliers d’icelle église, et dit à plusieurs gens de la ville qui là estoyent, et y avoit cent ou six vingtz petis enfants qui moult désiroyent à la veoir: « Mes enfans et chers amys, je vous signifie que l’on m’a vendue et trahie, et que de brief seray livrée à mort. Si vous supplye que vous priez Dieu pour moy, car jamais n’auray plus de puissance de faire service au Roy ne au royaulme de France. » Et ces paroles ay ouy réciter à Compiègne, l’an mil quatre censquatrevingtz, et xvm, au moys de juillet, à deux vieulx et anciens hommes de la ville de Compiègne, aagez l’ung de .mi. xx. xvn ans et l’aultrede .1111 .xx. vi, lesquelz disoyent avoir esté présens en l’église de Sainct-Jacques de Compiègne, alors que la dessusdicte pucelle prononça celles paroles ( 27 ).
Quant la pucelle acompaignie de.xxv. ou.xxx. ar-
chers fût sortie hors de la ville de Compïègne, Flavy, qui bien sçavoit l’ambusche, fit fermer les barrières et la porte de la ville. Et quand la Pucelle fut en ung quart de lieue, elle fut rencontrée par Lucembourg et aultres Bourguignons ; si les advisa plus puissants, et s’en retourna à course, soy euydant sauver dedans la ville ; mais le traistre de Flavy si luy avoit fait clore les barrières, et ne voulut luy faire ouvrir les portes. À celle cause fut la Pucelle par les Bourguignons à l’heure prinse aux barrières de Compiègne et par eulx livrée aux Angloys. L’an dessusdiet.cccc.xxx, au signe de Gemini, comme il uppert par les lettres nombrables de ce petit verset :
JSunc cadit in geminis Burgundo vincta Puella .
Et pource que par la justice des hommes celui de Flavy ne fut pugni de ce cas, Dieu le créateur, qui ne vealt délaisser un tel cas impngni, permist depuis que la femme d’icelluy de Flavy, nommée Blanche d’Anurebruch, qui moult belle damoiselle estoit, le suffoqua et estrangla par l’aide d’iing sien barbier, alors qu’il estoit couché au lit, en son dhastel de Tfeel en Ardenoys; dont depuis en eut grâce du roÿ Chartes septiesme, parce qu’elle prouva que sondessusdict mary avoit entreprins de la faire noyer.
Quant la Pucelle fut entre les mains de messire Jehan Lucembourg, il la garda quelque peu de temps, et puis la vendit aux Angloys, qui luy en donnèrent grant prix. Et les Angloys la menèrent à Rouen, où elle fut en prison et damnent traictée.
JEHÂNNE LÀ PUCELLE.
Tantost après la prinse de la Pucelle, le conte de Vendosme, lieutenant du roy de France, et le seigneur de Boussac, mareschal de France, levèrent le siège devant Compiègne, qui, par sept ou huyct moys y avoit esté.
L’an dessusdict, mil.cccc. xxx, au moys de febvrier, trespassa le pape Martin V, comme il appert par les lettres de ce verset :
Martinus quintus februo cecidit nece vinctus.
Etau moys de mars prochain ensuivant, fut le pape Eugène, un. couronné, comme vous pourrez retenir à mémoire par les lettres nombrables de ce verset:
Quarto cui licuU claves dédit Eugenio Mare.
Comment lû&im 3eljantu fut injustement eonîmmnée à
tout bruslée an marché fre'ttüuen, on est présentement
relise 0ûinct-inicljel.
Les Angloys firent faire le procès de la Pucelle à Rouen, et sous couleur de justice, sans touteffoys que en elle ilz eussent trouvé vice, macule, ne crime quelconques; mais pource que publiquement elle portoit habit d’hommes, jaçoit ce qu’elle leur eût dit et déclaré qu’elle le faisoit affîn que les hommes avec lesquelz luy estoit force de fréquenter pour les affaires du royaulme, ne prenissent en elles charnelles ne lubriques fantasies. Tout ce néanmoins ilz la firent par ung Angfloys, évesque de Beauvais <2&) > con-
dampner et déclarer hérétique ; et par leur juge séculier fut condampuée à estre brûlée au marché de Rouen, où à présent est l’église de monseigneur sainct Michel.
Avant, toutesfoys, que luy prononcer sa sentence, fut de rechef esprouvée et interroguée devant divers juges en plusieurs consistoyres, enquérans plusieurs choses touchant la foy et loy de Jésu-Christ; car ilz f cuidoyent que Charles, roy de France, eust pri ns celle femme instruicte par art magique. Et pour tant qu’il eust erré en la foy catholique, par quoy le tenoyent indigne de tenir le royaulme ; et combien qu’ilz n’y eussent trouvé que toute saincteté et vie chrestienne. Néanmoins, plusieurs par flaterie, comme est la coustume de aulcuns, pour complaire aux dicts Angloys ennemys, s’efforcèrent surmonter la Pucelle, tant par fallaces de sophisterie que aultrement, combien qu’elle mistfoy avec tout ce qu’elle avoit faict.
Et doncques ils l’accusoyent à l’examen du Sainct- Siége apostolique, remonstrant que ils ne debvoient estrejuges et parties. Toutesfoys, tout ce ne luy valut ne empescha que ilz ne parfeissent leur cruelle et injuste entreprise; car envers les tyrans ont tousjours esté maulvais conseilliez, qui, par inique affection ou flaterie aveuglez pour la grâce des princes acquérir, ont procuré la condamnation des justes preud’hommes, et les ont faict pugnir comme pécheurs et malfaicteurs ; car à ce où ilz voyent le couraige des princes et tyrans, par tous moyens se appliquent à leur complaire. Par aio&i mourut la