‹ Légendes pour les enfantsChapitre 5 sur 28 · SO · texte numérisé non relu

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de l'église cent sous d'or, pris sur les droits de douane que lui payait chaque année la ville de Marseille. Les agents du roi , à mesure que le payement se faisait, devaient acheter de l'huile et la remettre aux envoyés de l'église. 11 lit placer, en face, de l'autel , une cassette d'argent pour recevoir les aumônes offertes par les tîdèles, et qui devaient être ensuite distribuées aux pauvres de la main même des prêtres , afin que , selon le précepte de l'Évangile , ces aumônes demeurassent secrètes , et que le Dieu tout-puissant, qui voit toutes les choses cachées, les rendît au centuple dans le ciel. Il ordonna qu'annuellement, d'un mois de septembre à l'autre, il enverrait lui-même à cette cassette cent sous d'or, et voulut que ses fils et tous les rois francs ses successeurs n'oubliassent jamais d'y faire porter chaque année le même nombre de sous d'or. C'était aux pauvres seuls que ces cent sous devaient être distribués, et nul n'en devait rien détourner: car il voulait que, tant que durerait le royaume, moyennant cette offrande des rois et ce qu'il plairait à Dieu d'y faire ajouter par d'autres personnes, les pauvres et les voyageurs trouvassent toujours là de quoi se soulager. Outre de nombreux et riches domaines qu'il donna à la basilique des bienheureux martyrs , il concéda aux moines qui priaient Dieu dans cette église le tribut annuel de cent vaches que lui payait le duché du Mans, ahn qu'ils prissent

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plaisir à invoquer pour lui le Seigneur et les saints martyrs.

Il commanda en même temps à saint Éloi qu'il forgeât une grande croix pour mettre derrière le maître autel de l'église, la plus riche et la plus habilement faite qu'il pût l'imaginer. Le saint homme la fit telle , avec l'aide de Dieu , de pur or et de pierres précieuses, que l'œuvre fut regardée comme la plus rare des merveilles.

Saint Éloi qui, dit toujours la chronique, était entouré de mendiants comme une ruche de mouches, ne s'était jamais éloigné des voies du Seigneur; mais il avait quelquefois sacrifié au monde: dans les derniers temps de la vie de Dagobert, il s'était tout à fait séparé , et saint Ouen aussi , de ce monde si dangereux. Ils vivaient dans la retraite en attendant qu'ils devinssent, saint Éloi, évêque de Noyon , et saint Ouen , évêque de Rouen , ce qui arriva après la mort de Dagobert. Saint Éloi , en cette retraite, vit son habileté croître chaque jour, et il en consacra toutes les ressources aux travaux de l'orfèvrerie religieuse. C'est par ce moyen qu'il donna à la basilique de Saint-Denis une parure sans pareille. Il faut voir dans les livres -de ceux qui ont raconté l'histoire de la basilique quelles furent les belles choses qu'il imagina, comme le tombeau des saints , un dôme à colonnes , tout de marbre , d'or et de pierreries, comme l'autel avec sa boiserie

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rehaussée de feuillage d'or, et décorée de fruits de perles.

Mort de Dagobert.

Dagobert avait trois fils qui, tous les trois, après lui, sont montés sur le trône : Sigebert, né en 630, Chlodowig II , né en 634 , et Thierry III. Le nom de Dagobert, en langue franque , signifie brillant comme le jour; Sigebert signifie brillant par la victoire ; Chlodowig signifie illustre guerrier, et Thierry brave parmi le peuple.

A la suite du grand festin durant lequel l'ermite et saint Amand avaient parlé, une maladie de langueur s'était emparée de Dagobert; mais les soins de ses amis prolongèrent sa vie de quelques années. Il était rentré tout à fait dans les chemins de sagesse et de justice. Le royaume était heureux. Tout à coup on vit dépérir le roi : il s'arrêta , à cause de sa faiblesse, dans sa métairie d'Épinay-sur-Seine , et, le 19 janvier 638, il rendit l'âme à Saint-Denis où il s'était fait transporter.

Un peu avant de mourir, lorsqu'il eut congédié ses amis , Dagobert avait fait venir ses chiens et les avait caressés doucement: « Il n'y a si bonne compagnie qui ne se quitte, y leur dit-il. Par un article de son testament, Dagobert les léguait à saint Éloi.

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avec prière de les soigner tonte leur vie et de ne les plus mener à la chasse. Saint Éloi accomplit religieusement la volonté du roi.'

Funérailles de Dagobert.

Aussitôt que le roi fut mort, commença la cérémonie des funérailles. On avait coutume , en ce temps-là, de tenir prête pour l'heure de la mort une statue du roi, faite de bois et de cire, parfaitement bien peinte, de grandeur naturelle, et vêtue de la même manière que le roi s'habillait en santé. Cette effigie, pendant trois jours et trois nuits, représentait le roi défunt et recevait les hommages de ses serviteurs. On prit donc la statue royale , on la leva le matin, on la mit dans la chambre du Conseil, on la promena dans le chariot du roi, et on lui servit les plats qu'aimait Dagobert.

César, Hercule et Bellérophon, qui se faisaient vieux, mais qui portaient bien leur vieillesse, furent induits en erreur lorsqu'ils virent cette efhgie de leur maître; ils jappèrent joyeusement. Ce spectacle fil pleurer les serviteurs du roi.

A quoi bon essayer de peindre la douleur des Parisiens lorsqu'ils apprirent la mort du roi , la douleur des moines de Saint-Denis, et celle des

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porteurs de sel qui , suivant le droit de leur corporation, portèrent le corps du roi de son lit de mort jusqu'en sa tombe? Sur cette tombe, on a longtemps admiré un bas -relief qui représentait une scène miraculeuse. C'est ici le lieu de rappeler ce qui se passa peu de temps après la mort de Dagobert, et d'invoquer le témoignage des Grandes Chroniques de France, conservées avec l'oriflamme dans le trésor de la basilique de Saint-Denis.

La vision de messire Jean le solitaire.

En ce temps-là Ansouald, évéque de Poitiers, était allé en Sicile. Sur sa route, il rencontra une île qu'habitait un saint homme nommé Jean. Ce saint homme le reçut avec une grande charité. Ouand ils eurent longtemps parlé de la joie du paradis , le saint homme ermite lui demanda , puisqu'il venait de France, de l'instruire de la vie et des mœurs de Dagobert, roi des Franks. Quand le bon vieillard eut entendu ce que l'évéque lui dit, il commença à témoigner une grande joie, disant que ce n'était donc pas une folle vision qu'il avait eue, et il lui raconta la merveilleuse scène dont il avait été témoin. « Un jour, dit-il, que je m'étais couché sur le bord de la mer, à côté d'un tamarin, pour repo.ser

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mes membres fatigués par l'âge et le travail , un homme qui avait une chevelure blanche vint à moi, me dit de me lever sur-le-champ et d'implorer la miséricorde de Notre -Seigneur Dieu pour l'àme de Dagobert, roi des Franks, qui, à cette heure même, trépassait. Comme je me préparais à lui obéir, je vis en la mer, assez près de moi, une troupe tumultueuse de diables qui emmenaient dans une nacelle l'âme du roi Dagobert qui venait de trépasser ; ils la battaient , la tourmentaient et la menaient droit vers la chaudière qui est cachée dans les flancs sulfureux du mont Etna. L'âme criait et appelait sans cesse trois saints du Paradis : saint Denis de France, saint Maurice et saint Martin. Presque aussitôt je vis des foudres jaillir du ciel, et descendre les trois glorieux saints, vêtus de robes blanches.

« Je leur demandai avecgraiid'peur qui ils étaient; et ils me répondirent qu'ils étaient ceux que Dagobert avait appelés, Denis , Martin et Maurice , qu'ils venaient pour le délivrer des tourments de l'enfer et qu'ils allaient le porter dans le sein d'Abraham. En effet , ils se jetèrent sur les démons qui disparurent; ils prirent l'âme délivrée et la portèrent dans le royaume de la joie éternelle. »

Ainsi fut accomplie la promesse de monseigneur saint Denis le martyr.

Nous croyons sans peine que si saint Denis a fait une promesse à Dagobert, il l'a tenue; et, ravi de

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savoir l'âme du roi en jouissance des voluptés du ciel autant que désireux de clore cette histoire qui , aujourd'hui encore, est attestée par les vieilles chroniques, par la sculpture du tombeau de Dagobert à Saint-Denis et par un fauteuil du Musée des Souverains , nous dirons seulement ce qui suit :

Dagobert, de noble mémoire, Était un prince généreux.

C'est quelque chose pour sa gloire Que son nom, qui se fait si vieux, Reste si jeune, et que l'on chante Encore aujourd'hui ses exploits.

D'où vient cette gloire éclatante?

D'oîi vient que Franks et que Gaulois

De ce monarque redoutable

Ont conservé bon souvenir?

11 aimait la chasse et la table

Et ne pouvait se soutenir

Le soir, au sortir de l'orgie.

11 fut impie et fut cruel.

Est-ce que c'est déplaire au ciel

Que de boire de l'eau rougie?

Que d'être sobre en ses festins

Et de n'aller tous les matins

Chasser le cerf ou bien la biche?

Faut-il enfin, pour être riche

De renommée en l'avenir.

Dans les mêmes erreurs venir,

Imiter en tout ce sauvage

Et trè. -emporté Dagobert?

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Non ; mais il faut être assez sage Quand on est roi (ce qui vous perd) Pour croire qu'un prince peut rire En même temps que gouverner, Qu'on double souvent son empire Lorsqu'en riant l'on sait régner, Qu'un sceptre rude par soi-même Sur les petits frappe trop tôt, Et que tout roi qui veut qu'on l'aime Doit être un peu roi d'Yvetot.

Le peuple vous en tient grand compte Et sa voix jusques au ciel monte.

Et puis Dagobert eut l'esprit

(Voyez un peu comme il finit)

De faire à temps sa pénitence.

Le tout n'est pas comme on commence

Le principal est de finir.

C'est ainsi que le repentir

Est la vertu par excellence

Et celle qui dans la balance

Doit le plus de place tenir.

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