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LA DECEPTION

Un moment refoulé dans ses déserts de sables, Le croissant redressa ses pointes formidables; Des chrétiens chaque jour le bras s'affaiblissait ; Dans ce brûlant exil leur âme languissait.

Un secours arrivé du rivage de France Leur rendit cependant la force et respérance ;

TRICLINE. 105

Prompt à la confiance autant qu'au désespoir Pour fêter ses amis, le soldat, jusqu'au soir, Déployant sa joyeuse et bruyante énergie.

Prolongea dans le camp la fraternelle orgie.

Fuyant ce vain fracas, trois jeunes chevaliers

S*assi|^ent a l'abri d'un groupe de palmiers

Dont le front pavoisé de guirlandes fleuries

Dessinait sur l'azur de vertes broderies

Et dont les fruits vermeils dans l'ombre étincelaient.

Grappes d'or d'où le miel et l'ambre distillaient ;

Des buissons diaprés de fleurs et de verdure

Se courbaient en épaisse et riante ceinture

Et cachaient cet asile aux regards importuns.

Respirant d'un beau soir le calme et les parfums

Longtemps les chevp.liers révèrent en silence ;

Mais soudain : « Landry, toi qui nous reviens de France.

S'écria le plus jeune, as-tu pas dans Tesprit

Quelque fait singulier, quelque piquant récit

Qui puisse de l'exil égayer la tristesse ?

— Certes, répond Landry, dans l'extase et l'ivresse

Où me plonge l'aspect de ces brillants climats.

Aux frivoles propos je ne songerais pas ;

Mais, puisque tu le veux, je vais de ma mémoire

Faire jaillir pour vous quelque joyeuse histoire :

Savez- vous qu'Avignon, la pieuse cité,

Est aujourd'hui le temple où rit la volupté ?

i06 LÉGKNDES PROVENÇALES.

Dans ce temple, séjour des plus folles délices,

De ses galantes mœurs étalant les caprices.

Une femme à l'esprit subtil, aux traits charmants

Compose en action de lucratifs romans.

On dit que son histoire est des plus singulières :

Arles la vit longtemps se morfondre en prières;

Mais voilà qu'un beau jour, dans le cloître voisin,

La dévote a séduit un moine son cousin ;

Le jeune défroqué, dans son ardeur rebelle.

Est devenu Tépoux de l'amoureuse belle;

Puis, sans doute agité par de pieux remords,

Avec vous de lEurope il a quitté les bords ;

Et pendant que Loys guerroie en terre sainte... »

Mais un fracas soudain a fait trembler l'enceinte Comme un tigre affamé s'élance sur un daim , Fondant sur le conteur qui se débat en vain, Un sombre chevalier le saisit à la gorge, Fait plier ses genoux, le terrasse et l'égorgé ; Son regard égaré flamboie autour de lui. . . . Mais en nommant Loys les chevaliers ont fui.

Et Loys, que dévore une ardeur vengeresse, Descend au bord des flots promener sa détresse ; Un nom, son désespoir, un souvenir maudit.

Comme un disque de feu roule dans son esprit

TRICLTNE. 107

Sa pensée élabore un projet formidable, Et son corps épuisé s'affaisse sur le sable

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