‹ Légendes provençalesChapitre 19 sur 28 · NOSTRADAMUS · texte numérisé non relu

NOSTRADAMUS

Les clochers d'Avignon bourdonnaient dans les airs

EtTAngelus du soir épandait ses concerts.

Sombre comme l'instant qui précède l'orage,

Et roulant en son cœur quelque penser sauvage.

Dans une rue obscure un étranger marchait :

Une stupeur muette à ses pas attachait

Ceux d'une femme au pâle et désolé visage

Où d'un sort de tempête on voyait le ravage.

Tout son être frémit comme au bord d'un cercueil

Quand le noir inconnu l'arrêta sur le seuil,

Le formidable seuil d'une austère demeure :

a Où me conduisez-vous? — Dans les murs où Ton pleure!

— Grâce ! pitié ! — Vengeance ! et silence ou la mort 1 S'il vous faut un secours, invoquez le remords. Mais invoquez tout bas I » La femme convulsive Se révolte et veut fuir le bras qui la captive; Mais une main de fer la dompte. Au chevalier S'ouvrit deux fois le seuil du funèbre moûtier. Et, la seconde fois, il sortait, seul ; la joie, Comme l'œil plein de sang d'une bête de proie Dont linstinct s'est repu de palpitantes chairs, S'enflammait sur sa face en sinistres éclairs ; Et sa voix flétrissait d'une parole infâme L'amour, la trahison et le nom d'une femme.

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