‹ Légendes provençalesChapitre 21 sur 28 · L'EXPIATION · texte numérisé non relu

L'EXPIATION

Ainsi cslangori et sec de fascherie il trépassa. >'OSTRADAMUS.

Quatre fois, dans leur cours, les changeantes saisons

Avaient du saint preau reverdi les gazons ;

Le moine errait toujours triste, mais sa tristesse

N'était plus la sauvage et profane détresse

Dont l'orageux murmure, épouvantant ces lieux,

Ebranlait sourdement l'écho religieux.

On le voyait toujours pensif et solitaire,

Jamais sinistre ; et nul du règlement austère

A son corps pénitent n'infligeait mieux le poids ;

Plus fervente à l'autel ne montait nulle voix ;

TRICLINE 1 i 3

Lorsque c'était à lui d'aller, quêtant l'aumône ,

Parcourir les hameaux et les manoirs, personne

De vœux et de présents, de bénédictions.

N'apportait au retour d'aussi riches moissons ;

Car des frémissements de sa mondaine flamme

Le divin repentir avait guéri son âme.

Ses pas n'évitaient plus le mystique pilier;

Il y venait souvent gémir et supplier;

Et^ quand il avait bien arrosé de ses larmes

La place où, succombant sous de perfides charmes ,

Sa jeunesse faillit, on le voyait , le soir.

Moins triste à la chapelle et plus calme au dortoir.

Aux dernières lueurs d'un froid soleil d'automne , n exhalait un jour sa plainte monotone :

« Ah ! ce n'est point pour moi que je viens te pHp.r, Mon Dieu! car j'aurais beau gémir, m'humilier. Et macérer ma chair, mon offense et trop grande Pour que jamais sur moi ta clémence descende ! Mais, grâce pour les jours que d'un voile de sang Ma vengeance a couverts ! pour le sein frémissant D'inassouvis désirs et de pensers de vie Oh. j'ai plongé le glaive, où j'ai versé la lie ! Oh I pitié pour ces feux que ma main irrita ! Pour le blasphème impur que mon crime excita 1 S'il faut qu'à ton courroux une âme s'abandonne. Prends pour l'éternité, prends la mienne et pardonne

if

Et son corps tout fiévreux ruisselait de sueur, Et sa tête heurtait la pierre avec douleur.

Les ombres cependant tombaient noires et froides ; Ses membres frissonnants au vent devenaient roides ; Mais «=:es pleurs moins amers coulaient plus abondants, Et sa lèvre exhalait des soupirs moins ardents. Car il avait ouï quelque douce parole De Celui dont la voix fortifie et console.

A l'office du soir il manquait. Etonné , Le gardien , le cherchant, le trouva prosterné Dans le cloître désert, sans parole et sans vie. Il comprit que son âme au ciel était ravie, Car l'éternel sommeil répandait sur ^es traits Un calme souriant qu'on ne leur vit jamais.

Quelques mots, les derniers de sa triste écriture, Près du pilier fatal fixaient sa sépulture ; Par ses frères en pleurs ce vœu fut accompli : Et sous l'arceau biblique il dort enseveli.

Avant ce jour de deuil et de paix , une femme Dans un autre couvent à Dieu rendit son âme ; Et les cœurs que sa vie avait terrifiés Par ses derniers moments furent édifiés.

TRICLINE. 115

On crut voir cette nuit, sous l'if du cimetière^ Deux clartés, couronnant une funèbre pierre, Sur Thumide gazon un moment s'arrêter, Y confondre leur flamme et dans les cieux monter.

Oh ! sans doute la mort, par le pardon suivie , Avait réuni ceux que sépara la vie !

Sans doute, l'Éternel, source de tout amour, Ensemble les admit dans le divin séjour !

Vous avez , ô mon Dieu ! des grâces ineffables De clémence et d'oubli, trésors inépuisables ! Si bas que dans le mal son erreur l'ait fait choir. L'homme se doit toujours garder du désespoir ; Par un vrai repentir, l'âme la plus sordide Peut se régénérer comme la chrysalide, Car de votre immuable et sainte majesté L'attribut souverain est justice et bonté I . . .

L'ENFANT ET LA BOHEMIENNE

t.àcisieme e DIT! or;.

REVUE PAR l'auteur

L'ENFANT ET LA BOHEMIENNE

Page 1