Comme elle s'était retirée (dans une pièce
voisine), ô roi, où elle décortiquait du riz pour leur nourriture, les coquillages de ses bracelets, s'entre-choquant, faisaient grand bruit.
7. Rougissant alors de ce qu'elle pensait une occupation humiliante, l'ingénieuse (jeune fille) arracha, l'un après l'autre, les coquillages (de ses bracelets) et n'en laissa qu'une paire à chaque poignet.
8. Les deux coquillages continuaient de (s'entre-choquer et de) faire du bruit, pendant qu'elle décortiquait (les grains de riz) ; alors elle arracha
(encore) l'un d'eux (de chaque bras) et l'autre demeura silencieux.
9. Voici l'enseignement, ô (prince) vainqueur de tes ennemis, que je retirai de cette (jeune fille), au milieu de mes courses par le monde, entreprises par le désir que j'ai de le connaître à fond :
I O. Plusieurs personnes dans une maison se querelient ; deux même ont des discussions; le mieux ^ c'est de rester seul, comme le bracelet de la jeune Jille.
1 1 . Il faut concentrer son esprit sur un seul point, une fois maître de son soufHe et de sa posture ; puis l'y maintenir sans relâche, au mo-
yen du désintéressement et de la pratique constante du Yoga.
1 2. Lorsque l'esprit s'est concentré sur ce (point unique) (26), il essuie peu à peu la poussière des œuvres ; puis, à l'aide de la Bonté, qui s'est accrue, il secoue la Passion, les Ténèbres, et n'ayant plus rien à consumer (27) il atteint le (repos suprême du) nirvana.
i3. Alors, la pensée renfermée en soi-même, on ne voit plus rien (de ce qui se passe) au dehors ou au dedans, comme le fabricant de flèches, l'esprit tout occupé de l'arme fqu'il taillait), ne vit pas le roi qui passait près de lui.
14. L'ascète doit vivre (comme le serpent), isolé, sans demeure fixe, vigilant, couchant dans les cavernes, impénétrable dans sa conduite, seul et content de peu.
i5. Entreprendre (de bâtir) une maison est chose très pénible et sans profit pour (l'homme) dont la vie est éphémère; le serpent se glisse dans une retraite construite par un autre et s'y trouve bien.
16. Il est seul le dieu Nârâyana qui, après avoir créé le monde par sa puissance magique, le détruit, lui Içvara, à la fin de (chaque) kalpa, en
se servant de la portion (de lui-même qui est) le Temps.
17. Il est seul encore et sans second, lorsqu'il renferme (en lui) les âmes; qu'il est l'asile de tout l'Univers ; et que, grâce au Temps, sa propre puissance, il régularise les énergies. Pour ce qui concerne le sattva et les autres (gunas), il est l'Adipurusha, le Maître de la Nature et du Purusha.
18. Il est le (Dieu) suprême des êtres élevés ou inférieurs, connu sous le nom de (la Délivrance) absolue; c'est la complète et pure béatitude que l'on ressent aie connaître ; il est exempt d'attributs.
19. A l'aide de la puissance de celui qui a pour âme r(unité) absolue (à l'aide du Temps), agitant sa Mâyà que constituent les trois qualités, il émet, dès l'origine, avec elle, le Fil (c'est-àdire l'Intelligence créatrice), ô (roi) vainqueur de tes ennemis.
20. On nomme ainsi la Manifestation des trois qualités qui émet en tous sens ; sur ce (Fil) est tissé l'Univers et c'est par son moyen que l'Esprit transmigre.