‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 19 sur 81 · Lorsqu'il brûle de son ardeur dévorante · texte numérisé non relu

Lorsqu'il brûle de son ardeur dévorante

L^ORIGINE DE LA ROYAUTÉ 8l

les méchants qui se trouvent en sa présence et qui l'ont trompé, alors le roi est le (dieu du) feu.

43. Lorsque le roi, dans ses courses, voit tous les êtres et sème sur ses pas le bonheur, il est alors le (dieu du) soleil.

44. Lorsque, dans sa colère, il détruit par centaines les hommes pervers, leurs fils, leurs petits-fils et leurs proches, il est (le dieu de) la mort.

45. Lorsqu'il refrène tous les méchants par de sévères châtiments et qu'il accorde ses faveurs aux gens de bien, il est alors Yama.

46. Lorsqu'il comble de richesses ses serviteurs, qu'il enlève des objets précieux de tout genre à ceux qui lui nuisent;

47. Qu'il donne ou qu'il retire à chacun ses biens, le roi joue alors dans le monde le rôle de Vaiçravana.

48. Il ne blâmera point le prince, l'homme vertueux, dont les œuvres prospèrent, qui aspire à la juste (récompense de ses mérites), qui ne se plaint point en l'absence du maître.

49. Celui qui agit à rencontre du roi ne saurait être heureux, fût-il son fils, son frère, son ami, un autre lui-même.

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5o. Un brasier allumé, (même) activé par le vent, épargne (toujours) quelque chose, mais (la colère du) roi n'épargne rien.

5i. Tout ce qui appartient au roi, il faut éviter d'en approcher, même de loin; l'on doit se garder comme de la mort de toucher aux biens du roi.

52. Le simple contact d'un objet qui appartient au roi tue comme le Kûta la gazelle. Le sage aura autant de soin des biens du roi que de sa propre personne.

53. Ceux qui s'emparent d'un objet qui appartient au roi tombent dans un enfer immense, formidable, sans fond, où ils perdent conscience d'eux-mêmes (et séjournent) longtemps.

54. Le roi est, par excellence, l'homme fortuné, le Monarque, le Souverain, le Kshatriya, le Maître des êtres, le Protecteur des hommes ; à celui que l'on décore de ces titres qui refuserait ses hommages ?

55. Aussi celui qui désire vivre en refrénant ses passions, maître de lui-même et de ses sens, ayant le culte de la sagesse et du souvenir, cet homme de bien recherchera la protection du roi.

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56. Et (de son côté) le roi honore celui qui est reconnaissant, sage, étranger au vice, sincèrement pieux, vainqueur de ses sens, ferme dans le devoir, d'une conduite sûre et de bon conseil.

57. Il s'appuie (à son tour, en le prenant pour ministre, sur cet homme) d'une piété éprouvée, qui n'oublie point les bienfaits reçus, qui connaît son devoir, dont les sens sont apaisés, qui est plein de bravoure, magnanime dans ses actes, sachant ce qui est défendu (et l'évitant).

58. La science rend l'homme orgueilleux, le roi le rend modeste; celui que poursuit le (courroux du) roi, comment pourrait-il être heureux? (Au contraire) le bonheur est le partage de celui que le roi protège.

59. Le roi est le cœur de son peuple, il est (pour lui) la voie la plus sûre (du salut), sa félicité la plus grande. Les hommes de bien qui se réfugient sous sa sauvegarde conquièrent ce monde et l'autre, ô prince.

60. Le roi qui a gouverné la terre avec empire, vérité, amour, et offert aux Dieux de somptueux sacrifices acquiert une gloire (immense) et le ciel lui est pour toujours assuré.

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61. Ainsi instruit par (le fils d') Angiras, l'excellent roi du Koçala s'appliqua en héros à la protection de ses sujets.

NOTES

(i) L'ombrelle était, par excellence, l'insigne de la souveraineté dans l'Inde ancienne.

(2) Le taureau étant le symbole de la force, cette expression veut dire ici le plus puissant des Bhâratas, des guerriers de la tribu de ce nom.

(3) C'est le sens le plus rationnel que nous avons pu trouver à ce passage difficile. Cf. Bôhtiingk, art. vârtâ.

ADHYAYA LXIX

1. Yudhishthira dit: D'un côté le port du sceptre (i), de l'autre le roi, tous deux étant réunis, quelle est l'influence de l'un sur l'autre, indiquele moi, ô mon aïeul.

2. Bhfshma dit: Grande est l'importance du port du sceptre, je vais te l'enseigner, ô roi des Bhâratas, rriéthodiquement, en termes précis avec ses causes. Ecoute- moi.

3. Le port du sceptre retient dans leurs devoirs les quatre castes (2). Pratiqué par le Maître, suivant l'équité, il les écarte de l'injustice.

4. Les quatre castes, affermies dans leurs obligations respectives, sans mélange des conditions, la tranquillité, œuvre du port du sceptre, la sécurité des peuples.

5. Les efforts que font les trois castes (supérieures) pour se maintenir strictement dans leurs droits, voilà ce qui procure aux hommes une félicité complète, sache-le.

6. L'âge est-il l'œuvre du roi ou le roi l'œuvre de l'âge? Tu n'en dois pas douter: c'est le roi qui fait l'âge (3).

7. Lorsque le roi pratique, suivant l'équité, dans toute son étendue, le port du sceptre, le Kritayuga règne alors.

8. Durant le Kritayuga, l'on ne voit partout que la justice et non l'injustice. Le cœur de l'homme, quelle que soit sa caste, ne se plaît pas à l'injustice.

9. Les sujets amassent des richesses et les conservent, il n'y a pas de doute. Tous les rites védiques sont pleins d'efficacité (4).

10. Toutes les saisons deviennent propices, sans intempéries; les hommes acquièrent la perfection du ton, de l'attitude, de l'intelligence.

11. Point de maladies, alors, point de morts prématurées; point de veuves, ni de malheureux.

12. La terre devient féconde sans labours (5), elle produit des moissons (abondantes) ; écorce.

LE Roi ET LE fORT DU âCBt^TRE 87

feuilles, fruits, racines, (tout, dans les arbres,) se développe avec vigueur.

i3. Point d'illégalités, la loi (et la loi) seule; tels sont, ô Yudhishthira, les caractères du Kritayuga.

14. Lorsque le roi ne pratique le port du sceptre qu'aux trois quarts, négligeant le reste, c'est alors l'âge Tretâ.

i5. Une part d'injustice accompagne trois parts (de justice) ; la terre, pour produire les plantes, a besoin de culture.

16. Lorsque, négligeant l'autre moitié, le roi ne pratique plus qu'à moitié le port du sceptre, l'âge alors s'appelle le Œ>vâpara,

17. Deux parts d'injustice accompagnent deux parts (de justice); la terre, même à force de labours, n'est plus qu'à demi productive.

18. Lorsque le souverain abandonne complètement le port du sceptre, pour opprimer sans mesure ses sujets, c'est l'âge Kali,

19. Dans l'âge Kali, l'injustice (atteint) sa plénitude; la justice ne se retrouve plus; dans toutes les castes, les cœurs s'écartent du devoir.

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