LBS QUALITÉS D*UN ROI I
roi, mais il ne les emploiera pas à contretemps, car alors, ce ne serait plus de l'habileté, ni de la finesse. La ruse, les stratagèmes lui sont fortement recommandés, en temps de guerre, où d'ailleurs tout est permis par la loi hindoue, pour se débarrasser d'un ennemi. Encore une fois, il convient de pratiquer habilement l'habileté, sous peine de voir celle-ci dégénérer en une maladresse toujours préjudiciable.
Il est bon de donner aux malheureux des paroles de consolation ; il est mieux encore de les soulager effectivement; le prince manquera d'autant moins à ce devoir qu'il lui est relativement plus facile de le pratiquer.
Le roi devra continuer sa protection à celui qui continue d'en avoir besoin. Que servirait à ce dernier d'avoir été soutenu dans sa faiblesse, une partie de la route, par un bras fort, si ce bras lui retire son appui qui pourtant lui est indispensable, et l'empêche ainsi, en le laissant tomber, d'atteindre le but de son voyage ? Â l'indigent il donnera non de quoi tromper sa faim, mais de quoi l'apaiser.
1 1 . Avant de frapper, le roi devra s'assurer que ses coups atteindront un ennemi, un coupable ; il ne faut pas que, par ignorance ou par étourderie, il s'expose à blesser un ami, ni un innocent.
Pour ses ennemis, il les détruira sans pitié ; surtout il ne s'avisera point de pleurer leur mort.
I06 LES QUALITÉS d'uN ROI
Cette dernière prescription nous paraît viser tout . spécialement Yudhishthira auquel s'adresse Bhîshma. Les Pândavas et les Kurus ou Kauravas étaient cousins, mais des cousins ennemis qui se faisaient depuis longtemps une guerre acharnée. Ce qu'il y a de piquant, c'est que Bhîshma, l'oncle des Pândavas et des Kurus, qui combattait dans les rangs de ces derniers, était blessé à mort et couché sur les flèches mêmes dont il était transpercé. C'est donc sa mort qu'il recommande à Yudhishthira de ne point pleurer, non plus que celle des Kurus tombés, comme lui, sur le champ de bataille, le Kurukshetra^ et cela malgré leur parenté.
Le roi devra se courroucer parfois ; il faut que ce soit à bon escient, d'autant que sa colère est plus terrible et ses effets plus désastreux pour ceux qui en sont l'objet.
Dans toute autre circonstance, il pratiquera la douceur. Il aura soin, par suite, de réserver sa rigueur à ceux qui l'auront offensé. Je ne vois pas dès lors que la clémence fasse partie des trente-six vertus royales, mais peut-être est-elle la trente-septième !
Bhîshma promet à Yudhishthira la félicité, ici-bas et là-haut, s'il acquiert les qualités royales qu'il vient de lui énumérer ; tandis qu'il s'expose à périr, également dans ce monde et en l'autre, s'il les néglige.
Yudhishthira profite de l'avis et devient un roi