LE ROI ET LE RAKSHASA I I
faisait les frais du sacrifice en était appelé le père; il n'y avait que les Deux-fois-nés, c'est-àdire les trois castes privilégiées, qui eussent le droit d'adresser ainsi leurs hommages à la divinité. Un Çûdra qui eût osé le faire eût été considéré comme un sacrilège et puni en conséquence. Les Dieux hindous n'aimèrent jamais les petits, ni les pauvres.
(6) Le monarque, possédé du Râkshasa, ajoute à la liste de tous ses mérites ce fait qu'il n'y a point de veuves dans son empire. Les femmes dont les maris venaient à passer de vie à trépas étaient toutes assez vertueuses pour ne point leur survivre. Elles étaient toutes des Satis qui montaient sur le bûcher funèbre et se faisaient incinérer vivantes avec leurs morts bien aimés.
Il observe encore, et ce ne sont pas des détails à négliger, que chez lui les Brahmanes gardent leur rang. Parmi eux, il n'y a «i trompeurs^ ni voleurs; les sacrifices offerts par leur moyen sont tous légaux. Nul d'eux ne consentirait à prêter son ministère à un Çûdra, quelque riche dakshinâ qu'il lui offrît. Fort de tous ces avantages, comment pouvait-il penser qu'il eût quelque chose à redouter des Râkshasas ?
ADHYAYA XCl
I. Utathya dit: Parjanya répandant la pluie et le roi pratiquant ses devoirs : voilà ce qui fait la prospérité (d'un pays) et rend les peuples heureux.
3. Le blanchisseur qui ne sait pas enlever les souillures des habits, ni nettoyer leurs taches,
3. C'est le Çûdra, membre de la quatrième caste, qui, au milieu des Brahmanes, des Kshatriyas et des Vaiçyas, demeure lié à ses œuvres multiples (sans pouvoir purifier son karman) (i).
4. Le travail (servile est le lot) du Çûdra, l'agriculture celui du Vaiçya, le port du sceptre celui des princes; la continence, l'ascétisme, (la
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récitation) des mantras et la vérité : telle est la part des Brahmanes.
5. Le Kshatriya qui sait corriger les moeurs et les fautes des autres comme on nettoie des vêtements, est leur père, leur Prajâpati (2).
6. Le Krita, le Tretâ, le Dvâpara et le Kali, 6 taureau des Bhâratas, tous (les yugas) dépendent de la conduite du roi ; le roi est dit le yuga même (3).
7. L'ensemble des quatre castes, les Védas, les quatre modes de vie, tout est troublé sous un roi insensé.
8. Les trois feux, le triple Véda, les sacrifices et les dakshinâs, tout est troublé sous un roi insensé (4).
9. Le roi est le créateur des êtres et leur destructeur; s'il est fidèle à ses devoirs, il les crée, sinon il les détruit.
10. Les femmes du roi, ses fils, ses parents, ses amis, tous ensemble sont dans la peine sous un roi insensé.
1 1 . Les éléphants, les chevaux, les vaches, les chameaux, les mulets, les ânes, lorsque le roi est infidèle à ses devoirs, tous les êtres languissent.
12. La force fut, dit-on, créée par Dieu pour la faiblesse,ô Mâmdhâtri !La faiblesse est donc une grande chose, puisque tout a en elle sa raison d'être (5).
i3. La création l'honore ; les êtres sont sa famille ; aussi, lorsque le monarque est oublieux de ses devoirs, tous s'afBigent, ô roi !
14. Le regard du faible, de l'ascète et du serpent, je l'estime extrêmement redoutable; n'affronte donc point le (regard du) faible.
i5. Sache, ô mon fils! que tu ne dois jamais mépriser le faible, de peur que ses regards ne te consument avec ta famille.
16. La race de celui que le faible consume ainsi ne saurait prospérer en rien, (ses regards) l'ayant dévorée jusque dans sa racine ; n'affronte donc point (les regards) du faible.
17. La faiblesse est certes plus puissante que la force et même que la force additionnée à la force ; de la force consumée par la faiblesse il ne reste plus rien.
18. Le (faible, lorsqu'il est) méprisé, battu, irrité, s'il ne trouve personne pour le retirer (des mains de son royal oppresseur et le venger de lui), le châtiment céleste atteint le prince (coupable).
19. O mon fils ! ne te pose pas en ennemi du faible pour le dévorer, de peur que ses regards ne te consument, comme un feu (qui ronge) les entrailles.
20. Les larmes qui tombent des yeux de malheureux, inculpés faussement, détruisent les fils et les troupeaux de leurs accusateurs.
2 1 . Si (le méchant) n'est pas puni dans sa personne, il Test dans celle de ses enfants, ou des enfants de ses fils, ou de ceux de ses filles ; le péché fait attendre son fruit, comme la vache (son veau).
22. Lorsque le faible opprimé ne trouve pas de défenseur, un châtiment terrible, envoyé par la divinité, atteint (le roi qui manque ainsi à son devoir). »
23. Lorsque les sujets, contraints (par la nécessité), mendient comme les Brahmanes, ils détruisent aussitôt le roi, sous cette forme de mendiants.
24. Lorsque, dans un pays, les nombreux officiers du roi se conduisent malhonnêtement, c'est un grand crime dont le roi se rend coupable.
25. Lorsqu'ils commettent des exactions, par ruse (ou par violence), sous l'empire de la cupi-
dite) malgré les plaintes de leurs victimes, c'est un grand malheur pour le roi.
26. Un grand arbre pousse et se développe; les êtres y trouvent un abri ; mais, si Tarbre est détruit par la hache ou par le feu, Tasile qu'il leur offrait, ils ne l'ont plus.
27. Lorsque, dans un empire, on pratique avant tout la loi ou les rites religieux, on proclame (ainsi) la vertu du roi; mais, si l'on commet l'injustice par suite d'un égarement criminel, soudain le bien disparaît devant le mal.
28. Lorsque les méchants (tourmentent) les bons à la connaissance du roi, celui-ci est châtié par Kali ; mais, quand le roi dompte les indisciplinés, son empire alors prospère.
29. Le roi qui honore ses ministres comme il convient, et qui les emploie dans les conseils et les combats, accroît la prospérité de son empire et rétend pour toujours jusqu'aux limites du monde.
30. Le prince qui, apprenant un acte vertueut ou une bonne parole, en récompense (l'auteur), acquiert un mérite infini.
3i. Le prince qui ne mange qu'après avoir partagé (sa nourriture avec d'autres), qui ne mé-
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prise pas ses ministres^ qui refrène l'orgueil du puissant, accomplit ce que l'on appelle le devoir d'un roi.
32. Etendre sur tous sa protection dans ses discours et ses actes, aux dépens de sa personne et de son fils même : voilà ce qui s'appelle le devoir d'un roi.
33. Le prince qui partage sa nourriture avec les infirmes et qui leur rend ainsi leurs forces, remplit c'e que l'on appelle le devoir d'un roi.
34. Protéger ses sujets, éloigner les brigands, vaincre dans le combat, cela s'appelle le devoir d'un roi.
35. Ne pas épargner celui qui commet le mal, dans ses discours ou dans ses actions, fût-ce son ami, c'est ce qui s'appelle le devoir d'un roi.
36. Le prince qui protège les voyageurs comme ses enfants, qui ne trouble pas l'ordre, accomplit ce que l'on appelle le devoir d'un roi.
37. Offrir des sacrifices avec foi, et les accompagner de dakshinâs(6), ne point se livrer au favoritisme ou à la haine, voilà ce qui s'appelle le devoir d'un roi.
38. Essuyer les larmes des afBigés, de ceux qui n'ont pas de protecteurs, des vieillards, et
rendre le peuple heureux, voilà le devoir d'un roi.
39. Accroître la puissance de ses amis, diminuer celle de ses ennemis, honorer ses proches, voilà le devoir d'un roi.
40. Défendre la vérité, faire volontiers et constamment des dons en terre, honorer ses hôtes, voilà le devoir du roi.
41. Le roi qui établit dans son empire des récompenses et des châtiments prospère en ce monde et dans l'autre.
42. Le roi est Yama, ô Màmdhàtri, pour les gens de bien; s'il refrène ses sens, il devient le Seigneur suprême; sinon il tombe (dans l'enfer) (7).
43.. Combler de bienfaits les Ritvijs, les Purohitas, les précepteurs, ne point les mépriser, mais les honorer comme il convient, c'est le devoir du roi.
44. Yama gouverne tous les êtres sans distinction; c'est ainsi que le roi doit faire: ses sujets doivent être gouvernés suivant la loi.
45. Le roi est assimilé en tout à (Indra) aux mille yeux; ce qu'il estime être le devoir, c'est le devoir, ô taureau des hommes.