Tu pratiqueras soigneusement la longani
mité, la sagesse, la force, la prudence; tu distingueras toujours entre ce qui est bien et ce qui est mal pour les êtres.
47. La bonté à Tégard de tous les êtres, la libéralité, TafTabilité, la bonne administration des villes et des campagnes, voilà ton devoir.
48. Un roi qui manque d'expérience ne saurait (bien) gouverner son peuple : c'est un bien lourd fardeau, mon fils, que la royauté, et difficile à porter.
49. Le roi qui sait tenir le sceptre avec sagesse et fermeté est digne de gouverner; mais il n'en est pas digne s'il le tient d'une main faible et inintelligente.
50. A raide(de ministres) bien doués, de bonne famille, habiles, dévoués, d'une grande expérience, tu connaîtras toutes les pensées (de tes sujets), même celles des ascètes vivant dans les forêts.
5i. Puis, tu sauras quel est le suprême devoir de tous les êtres, chez toi ou chez les autres, la loi ne te sera pas inconnue.
52. Le devoir est supérieur à l'intérêt et au désir. Dans ce monde et en l'autre, le (roi) qui pratique le devoir est heureux (8).
53. Ils quittent femmes et enfants (pour suivre le roi), les hommes qui sont bien traités (par lui). La bonté à l'égard des gens, la libéralité, l'affabilité,
54. La vigilance, la droiture: tel est pour un roi le moyen d'être prospère. Ne t'écarte jamais de cette ligne de conduite, ô Mâmdhâtri.
55. Un roi doit examiner soigneusement les côtés faibles de son ennemi et les siens; il doit cacher les siens à son ennemi et attaquer celuici sur ses points faibles.
56. Ainsi agirent Vâsava, Yama, Varuna, et tous les Rishis royaux. Suis leur exemple.
57. Pratique cette conduite observée par les Rishis royaux, grand roi ; engage-toi avec ardeur dans cette route divine, ô taureau des Bhâratas.
58. Le roi, fidèle à son devoir, ô Bhârata, les Dieux, les Rishis, les Pitris, les Gandharvas, à la grande gloire,célèbrent ses louanges en ce monde et en l'autre.
59. Bhishma dit : Mâmdhâtri ainsi instruit par Utathya, ô Bhârata, suivit sans hésiter ses enseignements et soumit la terre à son empire unique.
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60. Et toi, grand roi, imite Mâmdhâtri, accomplis ton devoir et régis la terre, tu obtiendras de séjourner dans le ciel (9).
NOTES
(i) Le Çûdra qui ne sait pas purifier son karman en le détruisant, est assimilé au blanchisseur inhabile qui ne parvient pas, malgré ses efforts, à enlever les taches des vêtements qu'on lui donne à nettoyer. Le texte insinue qu'il s'agit de la teinte rouge qui souille les habits blancs, ou de la teinte blanche qui déshonore les habits rouges ; dans le premier cas, il s'agit d'enlever le rouge et dans le second de lui rendre, au contraire, tout son lustre. Un mauvais roi est cet inhabile blanchisseur.
(2) Le prince qui réforme les mœurs de son peuple et corrige les abus est assimilé à un blanchisseur, habile cette fois, qui enlève les souillures des habits qui lui sont confiés. Bien plus, on le donne comme un autre Prajâpati, un second créateur.
(3) Non seulement les quatre âges dépendent du joi, mais le roi est chacun d'eux ; il est pour son peuple l'âge d'or, d'argent, de bronze ou de fer, suivant qu'il est excellent, simplement bon, médiocre ou mauvais. La royauté, chez ces anciens
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peuples, étant absolue, le prince disposant à son gré des biens et de la vie de ses sujets, il y a beaucoup de vrai dans l'expression pittoresque du poète. (Cf. suprà, 86).
(4) Les trois feux sont le gârhapatya, le dak^ shinâgni et Vâhavanîya, comme l'explique la glose. Le premier est le feu domestique, celui que l'on allume chez soi en l'honneur de Dieu ,* le second est le feu du sud; le troisième, celui de l'est.
(5) L'éloge que le poète fait ici de Isl faiblesse et de ses droits est particulièrement remarquable, surtout lorsque Ton observe que généralement, chez les peuples antiques et peut-être aussi un peu, hélas ! chez les peuples modernes, la force prima presque toujours outrageusement le droit.
D'après Utathya, le puissant est né pour le faible, non le faible pour le puissant; le roi pour le sujet, non le sujet pour le roi. Cette conception est vraiment belle; pourquoi fut-elle si longtemps méconnue ?
La glose rappelle que la protection du faible est le principal moyen de sanctification pour le roi ; par elle il acquiert de grands mérites, tandis que, s'il néglige la tutelle du petit, le prince se rend gravement coupable et se damne irrémédiablement.