‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 41 sur 81 · CI · texte numérisé non relu

CI

(3) VII X, 10. L'Ours et l'Amateur des jardins.

(4) Çl. S6.

Malheureusement cette pensée est comme noyée dans un déluge de paroles, et perdue au milieu du récit et de ses longueurs. Un véritable écrivain n'eût pas manqué de l'accentuer et de lui donner du relief; mais l'auteur quel qu'il soit de cette vaste épopée fut moins habile qu'infatigable. Voici une nouvelle sentence également juste et pittoresque, mais pareillement égarée dans un dédale où l'on a peine à la retrouver:

« On traverse sur une planche une rivière large et profonde. L'on fait passer la planche et l'on passe avec elle (i).»

Autant le style de notre auteur est lâche et diffus dans les descriptions et, en général, dans les narrations, autant il est concis et ferme dans les sentences.

Le rat de Vyâsa est plus prudent, peut-être, que celui de La Fontaine. Il attend, pour couper la dernière maille du filet et rendre son ennemi à la liberté, l'arrivée du chasseur, car à ce moment le chat, tremblant à l'approche de ce dernier et pressé de sortir du piège, s'enfuira en toute hâte, sans songer à autre chose qu'à sauver sa vie (2).

(i) Çl. 62.

(2) Çl. 98.

Le chat cependant blâme la lenteur que met le rat dans son travail. Il Taccuse d'ingratitude et lui rappelle qu'en faisant ainsi le mal il abrège son existence (i).

Pratâp observe ici que la vertu prolonge l'existence, mais que le péché, la méchanceté l'abrège, c Vérité que l'on rencontre presque à chaque instant, ajoute-t-il, dans les livres saints de l'Inde. »

Il aurait pu remarquer aussi que,dans la circonstance présente, si le rat s'était laissé persuader par le chat, il eût probablement payé de sa vie sa bonne action, en dépit des Ecritures mentionnées par lui. Mais il préféra la prudence à la magnanimité et il ne s'en trouva pas plus mal. Il savait que l'amitié basée sur la crainte disparaît avec le péril qui lui donna naissance (2].

Cependant la nuit se passe. Le hibou et l'ichneumon qui n'attendaient, pour dévorer le rat, que l'éloignement du chat, leur ennemi, sont rentrés dans leurs trous. Le narrateur, oubliant qu'il les a déjà fait battre en retraite, une première

(i) CI. 104.

(2) Cf. Çl. 108.

fois (i), donne de nouveau ce détail (2) qui d'ailleurs a bien son importance. Le rat, n'ayant plus d'autre adversaire que le chat et voyant venir le Candâla, donne le dernier coup de dent si longtemps désiré de Lomaça qui, sans perdre une minute, grimpe à la cime du banian, pendant que lui, Palita, trotte au plus vite vers son trou.

Le chasseur, trouvant son piège rompu et vide, s'en retourne comme il était venu.

Il semble que l'apologue pouvait finir là. Mais non, l'auteur le recommence, ou mieux le continue.

Lomaça, en effet, interpelle, du haut de l'arbre, Palita, blotti au fond de sa retraite souterraine, et s'efforce de lui persuader que deux amis comme eux ne pouvaient se quitter comme cela, sans même s'être dit un mot d'adieu (3). Il fait appel à toute son éloquence féline pour le décider à sortir de sa retraite; c'est en vain. Le rat qui, sans doute, était un vieux routier et qui avait autant d'expérience que le rat voyageur de La Fontaine

(i) çi. 88.

{2) Çl. 121.

(3) Çl. 126.

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en avait peu, lorsqu'il rencontra l'huître entrebâillée (i), fait la sourde oreille.

Il soupçonne son nouvel ami de vouloir déjeuner à ses dépens.

Lomaça s'indigne d'un pareil soupçon. Il affecte de ne rien comprendre à cette méfiance trop justifiée du prudent Palita qui termine l'entretien en l'avertissant que le Candâla le guettait toujours. Lomaça effrayé s'enfuit, pendant que Palita rentre au fond de son trou.

Bhîshma, comme morale de son long apologue, invite son royal neveu à se montrer toujours plein de réserve et de circonspection, à l'égard d'autrui. Il conclut par cette parole passablement égoïste : Ilfaut, suivant les circonstances, s'unir à ses ennemis et rompre avec ses alliés (2).

Machiavel n'eût pas désavoué cette politique.

(1) YIII, 9.

(2) çi.207.

igS

ÇANTI PARVAN

ADHYAYA CXXXVIII

1 . Yudhishthira dit : Tu m'as montré, ô taureau des Bhâratas, combien est excellente (la sagesse qui consiste; à prévoir Tavenir ou à tirer parti du présent, et combien funeste est la négligence.

2. Je désirerais savoir, ô taureau des Bhâratas, la prudence (nécessaire à) un roi pour ne pas succomber sous les coups d'ennemis qui l'environnent.

3. {Je parle d'un roi) soucieux de ses devoirs et de ses intérêts et versé dans la science des castras sacrés. Je te le demande, ô le meilleur des Kurus, réponds-moi.

4. Un roi environné d'ennemis nombreux, comment doit-il se conduire ? Je désire que tu m'instruises à fond et suivant les règles,là-dessus.

5. Un roi est tombé dans une situation critique ; des ennemis nombreux le pressent de toutes parts et s'efforcent de le détruire dans son isolement, (pour se venger) d'anciennes vexations.

6. Attaqué de tous les côtés par de puissants adversaires, comment, faible, sans auxiliaire et seul, résistera-t-il ?

7. Comment se fera-t-il des amis et des ennemis, ô taureau des Bhâratas. Quelle conduite tiendra-t-il entre ses ennemis et ses amis ?

8. Si un ami déclaré devient son ennemi, que peut faire un homme pour être heureux ?

9. Qui doit-il combattre ? Avec qui s'allierat-il ? Comment sortira-t-il du milieu de ses ennemis, quelque puissant qu'il soit ?

I o. De tous les problèmes, celui-là est le plus important, le plus difficile. Personne ne peut en indiquer la solution ; il est malaisé de trouver quelqu'un qui puisse l'entendre.

11. (Je ne connais que toi) Bhîshma, fils de Çantanu, l'allié de la vérité, dont les sens sont domptés. C'est pourquoi, ô magnanime, dis-moi tout.

12. Bhishma dit: Cette question te sied, ô Yudhishthira ; (ton) bonheur en dépend. Ecoutemoi jusqu'au bout, mon fils; (c'est un) secret (qui sert) dans l'adversité, ô descendant de Bhârata.

1 3. L'ennemi devient ami, et l'ami, par contre,

disparaît (pour faire place à Tennemi). En vertu du concours des circonstances, la voie (de Thomme demeure) toujours incertaine.

14. Ainsi l'on contractera alliance ou l'on ftra la guerre, suivant le temps et le lieu, en ayant soin de discerner ce qu'il convient de faire ou d'éviter.

i5. Il faut toujours s'allier, après réflexion, avec des gens sages et poursuivant l'utile ; l'on s'unira à ses ennemis eux-mêmes; (de cette façon) l'on sauvegardera ses souffles (vitaux), ô descendant de Bhârata.

16. Celui qui est assez insensé pour ne jamais se réconcilier avec ses ennemis, n'atteindra aucun but et ne réussira point, ô descendant de Bhârata.

17. Mais celui qui se réconcilie avec son ennemi et qui rompt avec un ami, suivant que ses intérêts le demandent, obtient de grands résultats.

18. On Raconte à ce propos une ancienne légende : c'est le dialogue, sous un nyagrodha, entre un chat et un rat.

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