‹ Légendes révolutionnaires (volume 2)Chapitre 50 sur 81 · Une action entreprise à contretemps ne · texte numérisé non relu

Une action entreprise à contretemps ne

réussit pas ; tandis que, si elle est faite à temps, elle est très profitable à son auteur.

96. Si je te délivre avant l'heure, j'aurai tout à craindre de toi. Ainsi, mon ami, attends le moment (de la délivrance) ; à quoi bon cette impatience ?

97. Quand je verrai leCandâla venir, les armes à la main, j'achèverai de couper les mailles, dans le péril qu'alors nous courrons tous deux.

98. A ce moment-là, lorsque tu seras délivré, tu grimperas sur l'arbre, sans songer à autre chose qu'à sauver ta vie.

99. Tu t'enfuiras ainsi craintif et tremblant, et pendant que tu escaladeras les branches (du figuier), moi je regagnerai mon trou.

100. A ce discours intéressé du rat, le chat qui désirait sauver sa vie (au plus vite) fit une réponse insidieuse, digne de sa grande finesse.

loi. Comme il s'était empressé de remplir ses engagements et qu'il s'était conduit avec douceur et obligeance (à son égard), Lomaça dit au rat qui, lui, ne se hâtait pas (de dégager sa parole) :

102. Les gens de bien, dans leur affection, n'agissent pas à l'égard de leurs amis, comme tu le

fais à mon égard, moi qui sans retard t'ai soustrait au péril.-

io3. De ton côté, tu devrais en toute hâte m'obliger, à ton tour. Encore un effort, ô mon sage (ami), et nous sommes sauvés tous deux.

104. C'est sans doute parce que tu te souviens de notre précédente inimitié que tu traînes en longueur. Réfléchis qu'en faisant ainsi le mal, tu abrèges ton existence.

io5. Si autrefois j'ai commis par inadvertance quelque faute (envers toi), il ne faut point garder de ressentiment; pardonne-moi et secours-moi.

106. Au chat qui lui tenait ce langage, le rat prudent, qui était versé dans la science des castras, fît cette excellente réponse :

107. Après t'avoir entendu, ô chat, parler dans tes intérêts, écoute-moi parler dans les miens.

108. L'amitié basée sur la crainte et qui ne peut être conservée que si la crainte l'accompagne, il faut agir à son égard comme avec le serpent de la bouche de qui on retire sa main.

109. Celui qui ayant fait un pacte avec un puissant, ne se tient pas sur ses gardes, verra cette alliance tourner à son préjudice, et non à son avantage.

iio. On ne contracte pas alliance, ni amitié avec le premier venu (sans motif), mais c'est l'intérêt qui rend les gens amis ou ennemis.

1 1 1 . Les intérêts s'unissent aux intérêts, comme les éléphants (domestiques) aux (éléphants) sauvages; tandis qu'on ne regarde plus celui qui a fait ce que l'on attendait de lui.

112. Aussi en tout doit-on laisser quelque chose à faire. Maintenant, tu es saisi de crainte à l'approche du jour.

11 3. Tu ne songes pas à me dévorer, tune penses qu'à t'échapper du filet. J'ai coupé (avec les dents) un très grand nombre de mailles ; il n'en reste plus qu'une.

114. Je la trancherai d'un seul coup de dent, sois tranquille, ô Lomaça. Pendant qu'ils conversaient ainsi tous deux et que tous deux étaient dans cette position

1 15. Critique, la nuit s'écoulait au milieu des frayeurs de Lomaça. Alors, à la pointe du jour, un être hideux, noirâtre,

116. Les hanches épaisses, l'aspect féroce, escorté d'une meute de chiens, les oreilles raides comme des conques, une bouche énorme, sordide, le regard farouche, apparut.

1 17. C'était le Candâla Parigha; il était armé. En le voyant pareil à un messager de Yama, le chat, l'esprit terrifié,

118. Dit (au rat) dans son épouvante : « Que vas-tu faire maintenant?» Tous deux étaient glacés d'effroi à cette apparition terrible.

119. A l'instant, l'ichneumon et le hibou perdirent tout espoir, malgré la force et la ruse qu'ils apportaient dans cette lutte (d'un nouveau genre).

1 20. Ils se voyaient impuissants à rompre de force le pacte salutaire que, dans leur intérêt (commun), avaient conclu le chat et le rat.

121. L'ichneumon et le hibou s'étaient alors retirés dans leur trou. Le rat (finit de) couper le filet (qui retenait) le chat.

122. Le chat délivré se réfugia dans l'arbre; tandis que, sorti de la situation périlleuse où le (tenait la présence de) son redoutable ennemi,

123. Palita s'enfonçait dans son trou, Lomaça était grimpé sur une branche. Le Candâla prit son trébuchet et l'examina en tout sens.

1 24. Frustré dans son attente, il quitta aussitôt ce lieu et regagna sa hutte, ô chef des Bhâratas.

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125. Alors délivré de toute crainte, et tiré de ce grand péril, Lomaça, se tenant au sommet de l'arbre, dit à Palita blotti dans son trou :

1 26. Sans m'avoir dit une parole (d'adieu), tu t'es soudain plongé (dans ton trou) ; qu'as-tu à craindre de moi, je ne puis oublier que je te dois mon salut?

127. Je t'ai accordé ma confiance et tu m'as sauvé la vie ; maintenant que nous pouvons jouir de notre amitié, que ne viens-tu vers moi ?

1 28. Celui qui s'étant fait précédemment des amis, les néglige ensuite, ne les retrouve plus, grâce à sa folie, au moment du danger et dans le malheur.

1 29. Tu m'as rendu, ami, le plus grand service que tu me pouvais rendre. L'amitié qui nous lie, pourquoi ne pas en jouir ?

1 30. Tous mes amis, mes parents et mes alliés, tous seront pour toi pleins d'égards, comme des disciples à Tégard d'un maître aimé.

1 3 1 . Et moi, je te comblerai de prévenances, ainsi que tes amis et tes parents. Qui donc (serait assez ingrat) pour ne point vénérer celui qui lui rendit la vie?

1 32. Sois désormais mon maître et celui de ma

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maison. Tous mes biens sont à ta disposition.

i33. Sois mon conseiller, ô mon ami, guidemoi comme un père. Tu n'as rien à redouter de moi, j'en jure par ma vie.

134. Ton intelligence te rend l'égal d'Uçanas, tu nous as vraiment conquis par la puissance (de ton entendement). Doué de l'énergie des mantras, tu m'as rendu la vie aujourd'hui.

i35. Â ces paroles extrêmement doucereuses du chat, le rat, dans sa science profonde des mantras, répondit d'une voix calme, en termes pleins d'à-propos :

1 36. Tout ce que tu viens de me dire, ô Lomaça, je l'ai compris : écoute maintenant ce qui me semble opportun de te répondre.

137. Il est bon d'éprouver ses amis et de connaître ses ennemis; dans ce monde les sages estiment cela très délicat.

i38. Il est des amis qui ont l'air d'ennemis et des ennemis qui ont l'air d'amis. Lorsque les gens s'allient les uns aux autres, on ne sait s'ils agissent par amour ou par haine.

139. Nul n'est essentiellement ennemi ou ami d'un autre; c'est la force des circonstances qui décide de l'amitié ou de l'inimitié.

LE CHAT ET LE ftAT 2Ï'J

140. Celui qui voit ses intérêts attachés à la vie, ou sa perte subordonnée à la mort d'un autre, reste son ami jusqu'à ce qu'il en juge autrement.

141. Non, il n'existe pas en soi d'amitié ferme ou d'hostilité durable; mais l'intérêt fait l'ami ou l'ennemi.

142. L'affection se transforme en haine, lorsque changent les circonstances; de même la haine en affection; l'intérêt personnel : voilà ce qui domine.

143. Celui qui se confie en ses amis,qui se méfie de ses ennemis et qui, sans égard pour son intérêt (personnel), s'adonne à la joie,

144. Â l'affection ou à la haine, n'a point de pondération dans l'esprit. Il faut se méfier des gens soupçonneux et ne point trop se livrer aux gens[confiants. Le danger, né de la confiance (mal placée), détruit jusque dans les racines.

145. C'est l'intérêt qui donne un père, une mère, un fils, des oncles maternels, des neveux, des alliés, des parents.

146. Un père, une mère abandonnent un fils aimé (jusque-là, mais) tombé (i). On ne sauvegarde que soi-même. Considère la puissance de l'intérêt personnel.

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147. Ta conduite est digne d'éloge, toi qui, plein de sagesse, à peine échappé (au danger), cherches (le moyen d'assurer) le bonheur de celui qui fut ton ennemi, il n'y a pas de doute.

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